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La nuit s'assombrissait, des chants de victoire soudain emplirent les rues de Soweto - ville pauvre d'Afrique du Sud située au sud-ouest de Johannesburg. C'était la première fois que je voyais ma ville aussi colorée, avec autant de drapeaux de notre pays, autant de joie et de bonne humeur de la part de mes voisins habituellement aigris et ayant l'air grave, autant de chaleur humaine et de solidarité qu'en ce jour de finale de Coupe du Monde de Rugby 2007. Dans notre pays, le Rugby est un sport national, et on a toujours supporté notre XV même dans ses pires périodes. Mais l'engouement qu'avaient les habitants cette année dépassait mes espérances. Mêmes les jeunes filles, communément habituées à se préoccuper de leurs études ou de leurs enfants, se sont mises à chanter les louanges des Springboks. Nous nous étions tous regroupés devant le bar de l'" African Shebeen ", seul bar où l'on pouvait voir la retransmission du match. Tout le monde avait le sourire aux lèvres, les grands comme les petits. L'atmosphère était électrique, l'euphorie nous gagnait un peu plus à mesure que les secondes passaient. On avait, en l'espace d'une soirée, oublié notre condition misérable, nos problèmes et nos malheurs. Nous étions tous fixés devant l'écran de télévision un peu délabré, mais qui, malgré tout, continuait de fonctionner.

Je m'étais installé au comptoir, attendant mon ami d'enfance Duma. Le coup d'envoi sonna à 20h précise. Nous étions contre le XV de France. Une équipe redoutable. Mais j'étais confiant, et tout notre peuple avait confiance en nos joueurs, d'autant plus qu'ils avaient battus les Walabi en demi-finale 42 à 36. Je ne cessais de fixer l'écran de télévision, peur de rater ne serait-ce qu'une seconde de jeu. Puis le premier essai arriva enfin, mais du côté français. Un vieillard qui regardait la scène au bout de la salle criait sa peine et sa révolte. Une des serveuse vint à son secours car, pris entièrement dans sa colère passionnée, il en avait oublié qu'il ne pouvait presque plus marcher sans aide et tombait sous les yeux de ses voisins de table. Elle réussit néanmoins à éviter une catastrophe en aggripant le bout de son col de veste. Elle l'aida à se relever et à s'asseoir de nouveau, même si le vieillard ne cessait de ruminer sa colère toujours un peu plus grande. Une petite fille fort mignonne le regardait avec stupéfaction. Cette agitation terminée, je me remis à contempler le jeu de nos Boks. Et quel jeu ! En quelques minutes ils réussirent à dominer l'adversaire, et tentaient une intrusion dans le camp français à l'aide de chandelles qui avaient déjà auparavant porté préjudice aux Français. La défense française devenait de plus en plus fébrile, je sentais la récompense arriver à grands pas. Tout à coup, on entendit un fracas abominable du bar en provenance de nos bidonvilles...

 

Jennifer, 18 ans, Asnières (92)


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