Plus que deux heures à attendre,
un frisson envahit tout mon être. Mon cœur palpite, mes mains se crispent, je
parviens à peine à avaler ma salive.
Mon dernier match remonte à plus de
trois ans déjà. Le public était debout et hurlait de plaisir. J'entends encore
des fans crier mon nom, des femmes pleurer. Je me vois portant le ballon, traversant
le Stade de France et marquant un superbe essai. Les enfants me regardaient avec
des étoiles plein les yeux. J'étais leur héros. Les journalistes se battaient
pour obtenir une exclusivité, ils épiaient chacun de mes gestes et attendaient
le moindre dérapage. Paris-Match avait acheté à prix d'or les photos de mon mariage.
Thierry Ardisson m'avait reçu cinq fois à son émission " Tout le monde en parle".
Alice et moi menions une vie très médiatique et très jet-set.
J'étais Sébastien
Hermelin, membre du prestigieux XV de France.
Moins d'une heure à attendre
et je me retrouverai à nouveau dans les vestiaires. J'essaie de me concentrer
sur ma lecture. Impossible. La pression est plus forte que lorsque je jouais au
Stade de France. Mes plus fidèles amis rugbymen seront dans les tribunes. Je ne
peux pas, je ne dois pas les décevoir. Ne pas craquer, surtout ne pas craquer.
Après un an et demi de souffrance, d'espoir, de désespoir et d'entraînement intensif,
je me sens enfin prêt...
Gwennola, 34 ans, Bracieux
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