Rentrée littéraire 2007



Le Rwanda, 10 ans après

» Titre : La stratégie des antilopes

» Auteur : Jean Hatzfeld

» 
Editeur : Seuil (23 août 2007)

» 
Genre : Récit, enquête

» 
Public :

A tous ceux qui veulent comprendre le Rwanda d'hier et d'aujourd'hui.

» Résumé :

Après "Dans le nu de la vie" et "Une saison de machettes", Jean Hatzfeld clôt sa trilogie consacrée au génocide rwandais par "La stratégie des antilopes". Une nouvelle fois, le grand reporter est parti recueillir les témoignages des différents protagonistes d’avril 1994. Dans son premier récit, il interrogeait les victimes ; dans le second, les bourreaux. Cette fois-ci, les uns et les autres sont réunis : dix ans après ces terribles événements, l’état rwandais décide de libérer 10 000 Hutus coupables d’avoir participé au génocide, en vue du procès de réconciliation. Dans la forêt de Kayumba, seulement une vingtaine de personnes (sur 6 000) ont survécu aux chasses à l’homme de 1994. Elles racontent leurs courses éperdues dans la forêt, poursuivies par les cris et les machettes. Elles racontent également le retour de ces "voisinants" qu’elles ont vu en train de tuer sans état d’âme dix ans plus tôt et qui, aujourd’hui, rasent les murs.

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L'avis de la rédaction :

Après ses deux magistraux premiers opus consacrés au Rwanda, Jean Hatzfeld persiste et signe dans le genre de l’enquête littéraire. Une nouvelle fois, son récit prend aux tripes. Sans aucun jugement moral, il relaie les témoignages des bourreaux comme des victimes. Dans un français teinté d’emprunts belges et de néologismes propres aux Rwandais, ces derniers racontent, avec une simplicité désarmante, leur participation à l’entreprise d’extermination. Les poux, la peau cloquée, le pagne relevé jusqu’au ventre pour courir plus vite, le manioc déterré et mangé cru… On a droit à tout le quotidien de ces vingt rescapés, ce quotidien qui a été celui de 6 000 Tutsis dans la forêt de Kayumba. Inversement, on découvre, avec horreur, combien il était presque viscéralement naturel pour ces Hutus de découper à la hachette leurs amis d’hier.

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Passages marquants du livre :

"Au fond, qui parle de pardon ? Les Tutsis, les Hutus les prisonniers libérés, leurs familles ? Aucun d’eux, ce sont les organisations humanitaires. Elles importent le pardon au Rwanda, et elles l’enveloppent de beaucoup de dollars pour nous convaincre. Il y a un Plan Pardon comme il y a un Plan Sida, avec des réunions de vulgarisation, des affiches, des petits présidents locaux, des Blancs très polis en tout-terrain turbo." (p 25)

"La rapidité était primordiale, mais le moral aussi. Dès le matin, si tu t’élançais sans entrain, tu avais perdu la partie. La façon de sprinter, d’esquiver, de sauter n’était plus la même. Il fallait accrocher des jeunes qui te chauffaient le moral. Celui qui perdait espoir, ça se voyait qu’il allait mourir dans la journée ou le lendemain". (p 53)

"La difficulté, souvent l’incapacité à parler de l'expérience à autrui, à la partager avec qui ne l’a pas vécue. Voilà, entre autres, ce qui distingue, de façon bouleversante, le comportement des protagonistes d’un génocide." (p 94)


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