Adaptation d'une pièce
de théâtre, Grande École a l'audace
de privilégier un langage d'une grande qualité
littéraire au service d'un sujet difficile,
l'entrée dans l'âge adulte, et
les rapports de sexe entre jeunes gens. Voyeurisme
esthétisé ? Mode du sexe chic à la
Catherine M. ? Non,
parce que le film, comme la pièce
avant lui, pose la question essentielle de
tous ceux qui arrivent à l'âge des choix et
des engagements : que vais-je faire de
ma vie ? Quelles sont les concessions que
je suis prêt à faire pour jouer
la comédie de l'existence ?
Six personnages tentent
de répondre à cette question,
chacun avec leurs hésitations ou leurs
certitudes propres. Cinq d'entre eux viennent
d'intégrer la prestigieuse HEC, le
sixième est un jeune arabe, ouvrier
sur le campus. Mais les clichés d'opposition
entre jeunesse bourgeoise et ouvrière
s'arrêtent là. Comme le précise
Jean-Marie Besset (lire
son interview), l'auteur de la pièce
de théâtre de laquelle est tiré
ce film, le sujet du film n'est pas à
chercher dans cette direction, l'intrigue
véritable est romantique et psychologique.
Le film est d'abord le récit d'un apprentissage,
celui du sentiment amoureux. Paul [Grégori
Baquet] est saisi
d'un coup de foudre d'amitié pour Louis-Arnault
[Jocelyn Quivrin]
qui est son colocataire sur le campus d'HEC.
L'amitié se transforme peu à
peu en un sentiment plus trouble et Paul en
vient à hésiter entre ses sentiments
pour Agnès [Alice Taglioni], sa petite
amie et son attirance pour Louis-Arnault,
une attirance qu'il ne peut s'empêcher
de reporter sur Mécir [Salim Kechiouche].
Se rendant compte de cette évolution,
Agnès tente de la contrer en mettant
Paul au défi de passer à l'acte.
C'est une tragédie des temps modernes
au sens littéraire du mot, chacun des
personnages a un destin, et chacun obéit
à celui-ci, fatalement.
C'est bien son aspect de tragédie classique,
sa qualité littéraire, la hauteur
de son texte, qui font tout l'intérêt
de ce film adapté du théâtre.
L'une de ses actrices principales, Elodie
Navarre (lire
son interview), qui joue Emeline,
la petite amie de Louis-Arnault, s'enthousiasme
de cette originalité par rapport au
courant général : "La difficulté
particulière de ce film (...) est d'être une
adaptation d'une pièce de théâtre : le texte
est donc celui d'une langue habile et soutenue
(...) Notre rôle, à nous les acteurs,
était de parvenir à rendre fluide un langage
ardu". C'est un parti pris de Robert
Salis d'avoir voulu "ne pas gommer la
convention théâtrale mais au
contraire s'en nourrir".
Le résultat est donc un film étonnant
qui s'autorise bien des audaces sur le dévoilement
des corps et des âmes tout en respectant
une facture très classique. Un film
dont le décor est le temple du "politiquement
correct" mais qui, lui, ne l'est pas
du tout.
site officiel : grandeecole.com
Lire l'interview d'Elodie Navarre ici
Lire l'interview de Jean-Marie Besset
ici
Titre: Grande Ecole
Genre : adaptation d'une pièce
de théâtre
Public : adultes et adoslescents
Date de sortie : 4 février 2004
Réalisateur : Robert Salis
Acteurs : Grégori Baquet, Alice Taglioni,
Jocelyn Quivrin, Salim Kechiouche, Elodie
Navarre
site : grandeecole.com
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