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Septembre 2005

Jean-Marie Besset, auteur de Grande Ecole
"Les Lettres sont suspectes (...) moins que des cours de danse, mais plus que des leçons de piano"

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A l'occasion de la sortie en salle de Grande Ecole (lire notre article), un film de Robert Salis dont le scénario est tiré d'une de ses pièces, L'Internaute est parti à la rencontre de Jean-Marie Besset pour essayer de comprendre un auteur de théâtre d'aujourd'hui.

Jean-Marie Besset a passé son enfance et son adolescence dans une petite ville de l'Aude. Arrivé à Paris pour ses études, il se rapproche du monde du théâtre et commence à écrire des pièces. De 1986 à 1998, il partage son temps entre New York et la France où ses pièces sont jouées. En 1999, il rentre en France pour être directeur délégué du Théâtre de l'Atelier jusqu'en 2000. Depuis 2001, il est administrateur à la SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques).

M. Besset, pourriez-vous nous raconter un peu votre parcours ? Comment en vient-on à l'écriture, et plus précisément pourquoi l'écriture théâtrale ?

Je suis né dans un milieu qui n'avait
Lire notre article
Lire l'interview d'Elodie Navarre
rien de particulièrement littéraire. J'ai suivi toute ma scolarité dans une petite ville de province dans le collège et le lycée de laquelle, comme je l'ai écrit dans ma pièce, "les lettres sont suspectes (...), moins que des cours de danse, mais plus que des leçons de piano". Alors j'ai fait des maths pour plaire et complaire à mon milieu et pour mieux m'en échapper plus tard. C'est comme ça que j'ai pu intégrer l'ESSEC [école de commerce parisienne] puis Sciences Po. Il s'agissait ici d'une problématique à proprement parler balzacienne à la Rastignac, non pas réellement une question d'ambition de pouvoir mais une façon de rejoindre un milieu par lequel je me sentais attiré, le milieu littéraire parisien. A l'ESSEC, j'ai commencé à faire beaucoup de théâtre et j'ai continué à Sciences Po. Dès 1981, grâce à une rencontre j'ai eu l'occasion d'être figurant à la Comédie française, notamment dans la pièce Marie Tudor mis en scène par Jean-Luc Boutté. Parallèlement, j'ai continué à écrire comme j'avais toujours écrit depuis mon enfance, et j'ai achevé en 1984, en même temps que ma dernière année à Science Po, ma première pièce aboutie. Il s'agissait de Villa Luco que j'ai envoyée par courrier au comité de lecture de différents théâtres. Le théâtre national de Strasbourg l'a acceptée et c'est comme ça que tout a commencé.

Pourquoi écrire spécifiquement du théâtre plutôt que des romans par exemple ?

L'écriture m'est toujours venue spontanément sous la forme de dialogues, aussi loin que je me souvienne. C'est sans doute que mon intérêt premier se porte vers les gens, davantage que vers les objets. Dans mes pièces, c'est des personnages, de leurs caractères que naissent les situations, les atmosphères. D'ailleurs, le déclic qui préside pour moi à l'écriture d'une nouvelle pièce est généralement une réplique à partir de laquelle se brode une situation générale, c'est-à-dire la vision très nette en moi d'un moment duquel naît un conflit, un trouble. C'est que, pour moi, l'individu prime sur les phénomènes de la vie. Il faut dire que ma maturité littéraire est advenue au moment de la fin de la domination des Sciences Humaines sur le champs littéraire. D'un point de vue schématique, on pourrait dire qu'il existe un mouvement de balancier entre d'une part la domination des Sciences Humaines et de l'autre celui de la fiction : le siècle des Lumières fut celui des philosophes, le XIXème siècle celui du Roman, le XXème en grande partie celui des sociologues et psy (je pense notamment à Foucault, Barthes, Deleuze) et voici que nous revenons à la fiction avec des artistes comme Modiano, Houellebec, etc.

Pourriez-vous nous expliquer ce qu'est la SACD et quel est son rôle ?

La SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques) a été fondée par Beaumarchais dans le but de protéger les auteurs et de leur accorder des droits. Tous les répertoires de la création y sont représentés : le théâtre mais aussi la danse, le cinéma, la musique, la télévision, etc. Depuis trois ans que j'ai été élu à son conseil d'administration, je m'occupe du secteur "Théâtre" avec pour objectif d'essayer de mener à bien principalement deux réformes. Tout d'abord la moralisation de l'attribution des droits d'auteurs. Il faut en effet savoir que les adaptions du répertoire classique (comme par exemple Don Juan, Madame Sans Gène) peut être l'occasion pour celui qui les monte d'en toucher intégralement les droits d'auteurs pour peu qu'il en déplace des scènes et qu'il fasse passer cela pour une création. J'ai essayé de moraliser cette pratique. Une seconde réforme consiste à ramener le théâtre public sur le devant de la scène et notamment par l'intermédiaire de la Cérémonie des Molières qui s'occupe surtout aujourd'hui du théâtre privé.

Le film Grande École est une adaptation de la pièce Grande École que vous avez écrite il y a une quinzaine d'années.
Quelles sont les grandes différences entre le film et la pièce ?


A mon sens, il existe 3 différences majeures entre la pièce et le film. Tout d'abord, le film commence bien en amont du début de la pièce. La pièce a une dramaturgie de type "racinienne" ce qui signifie que dès le départ, les personnages se trouvent en pleine crise. Le spectateur est projeté dans l'intrigue et rentre immédiatement dans la problématique propre à chacun des personnages sans qu'on lui laisse le temps de s'y acclimater. A l'inverse, le film prend davantage le temps de plonger le spectateur dans la nœud du drame des personnages. On peut ainsi assister à la rencontre des personnages les uns avec les autres, au coup de foudre de l'amitié entre Paul et Louis-Arnault ainsi qu'à la montée progressive des peurs puis des angoisses de leurs compagnes respectives. Une autre différence est la très forte extrapolation qui a été faite du personnage de Mécir [Salim Kechiouche]. Dans la pièce, ce jeune arabe ressemble davantage à une petite frappe dont le rôle assez effacé, presque passif, sert surtout de catalyseur au dénouement de l'intrigue. Dans le film, il apparaît comme un personnage attachant, à la sensibilité forte et permet en plus le développement d'une problématique sociale presque absente de la pièce, problématique qui consiste dans l'opposition entre ces jeunes gens favorisés fréquentant les grandes écoles et les jeunes "du commun" étant obligés de travailler jeunes pour survenir à leurs besoins. Enfin, une grande différence réside dans la vision de la sexualité en général et de l'homosexualité en particulier. Dans le film, Mécir affirme à Paul que l'aventure sexuelle qu'il mène avec lui ne signifie pas qu'il est homosexuel, qu'il ne fait ça avec lui "que parce que c'est [lui] ; homosexualité, hétérosexualité, cela ne veut plus rien dire". Mécir défend le droit à satisfaire ses désirs indépendamment de l'objet sur lequel il se porte. Je ne me sens pas nécessairement en accord avec cette vision bisexuelle du désir. Mais il est très possible que ma vision différe sur ce point du fait que je situe ma pièce au début des années 1980, c'est-à-dire au moment où j'ai moi-même fréquenté ces écoles, et il me semble que l'opprobre sociale liée à l'homosexualité, qui était beaucoup plus forte à l'époque, obligeait à une radicalisation plus forte de ses prises de position.

Comment vivez-vous ces différences ?

Je suis très content que ce film se soit monté car c'est ma première pièce adaptée au cinéma et que j'étais très curieux de voir le résultat auquel cela pouvait aboutir. D'autres projets avaient été élaborés mais aucun n'avait été mené à terme. J'avais d'ailleurs déjà travaillé à une adaptation qui était beaucoup plus fidèle au déroulement de la pièce. Il faut être clair sur le fait que c'est d'abord le film de Robert Salis, c'est lui qui s'est battu lui pour qu'il se monte et qui en avait la vision. J'entends par là que, certes, j'ai co-signé le scénario, mais que c'est lui, et c'est bien normal, qui avait le "final cut". Alors il est possible que je n'aie pas toujours été d'accord avec lui sur ses choix de traitement mais je les comprends. Il est vrai que je ne suis pas un bon juge du film parce que pour l'apprécier en tant que tel, il faudrait que j'oublie ma pièce et ce n'est pas possible. J'apprécie le fait que le film soit dérangeant par l'audace qu'il prend à dévoiler les corps de manière à la fois érotique et sentimentale. Nous venons de présenter le film au festival de Rotterdam et le hasard a fait que dans une salle de 1000 places, j'étais assis à côté d'un homme d'une cinquantaine d'années accompagné de son épouse. J'ai pu l'observer pendant le film, le pauvre, de temps en temps, il n'en pouvait plus tant il se sentait parfois mal à l'aise devant le naturel de ces jeunes gens à se dénuder. On touche dans ce film à des zones sensibles de l'intimité et du désir et parois aussi à des zones sensibles du malheur de la jeunesse, fut-elle dorée.

Pour en savoir plus sur la bibliographie de Jean-Marie Besset, consulter sa fiche sur sacd.fr
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BIBLIOGRAPHIE
Théâtre
Villa Luco (1984)
La Fonction (1985)
Fête Foreign (1986)
Ce qui arrive et ce qu'on attend (1988)
Grande Ecole (1990)
Marie Hasparren (1992)
Un coeur français (1995)
Baron (1997)
Commentaire d'amour (1998)
L'Ecole de New York (2000)
Réparation (2002)

 
[propos recueillis par Louis-Paul Astraud , L'Internaute]
 
 
 
 Rédaction L'Internaute
 
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