A l'occasion de la sortie en salle de Grande
Ecole (lire
notre article), un film de Robert Salis
dans lequel elle interprête le rôle
de Emeline, L'Internaute a interviewé
Elodie Navarre, jeune actrice des plus prometteuses.
Dans Grande Ecole, Elodie Navarre est
Emeline, une jeune femme issue d'un milieu
plutôt bourgeois, intégrant une
école de commerce de prestige. Mais
ne croyez pas qu'Elodie Navarre se complait
dans ce rôle de bourgeoise, au moment
même du tournage de ce film, elle jouait
une strip-teaseuse en compagnie de Stomy Bugsy
et de Titoff dans "Gomez et Tavares".
D'où lui vient son appétit pour
des rôles si différents ?
Vous avez tourné votre premier film à l'âge
de 16 ans, comment fait-on pour commencer
si jeune, êtes-vous née dans un milieu particulièrement
féru de cinéma ?
Non, pas du tout. C'est
tout à la fois
une
volonté et un hasard. C'est une volonté parce
que vers l'âge de quinze ans, je me suis inscrite
de moi-même au Conservatoire d'art dramatique
de mon quartier pour y prendre des cours de
théâtre. Et c'est un hasard parce que très
exactement au même moment, j'ai été repérée
dans la rue dans ce que l'on appelle un casting
sauvage. C'est à dire que je marchais tranquillement
dans la rue quand j'ai été abordée par un
quelqu'un qui cherchait une jeune femme pour
un rôle. J'ai fait un essai, j'ai été retenue,
ça été mon premier rôle : c'était Clara et
son juge de Joël Santoni, et je donnais la
réplique à Jean Rochefort. Alors voilà, j'ai
un peu envie de m'approprier la phrase d'Emmanuelle
Béart quand elle dit "J'ai commencé par hasard,
j'ai continué par amour". Je dirais plus simplement
qu'on m'offre un cadeau merveilleux et que
moi, je l'accepte.
Que cherchez-vous dans les rôles
que vous acceptez ?
Je n'ai pas de stratégie de carrière
à proprement parler,
lorsque je lis un scénario, je ne me
demande pas ce que le rôle qu'on m'y
propose peut apporter à ma filmographie
mais plutôt si j'ai envie de la jouer.
Et généralement c'est oui parce
que j'ai envie de toucher à tout, à
toutes sortes de personnages, à toutes
sortes d'émotions. Lorsque j'ai accepté
de jouer une strip-teaseuse dans Gomez
et Tavares avec pour partenaire principal
Stomy Bugsy, beaucoup de gens autour de moi
se sont étonnés, m'ont dit que
j'étais folle de vouloir faire ça.
Mais moi, je ne voyais, et d'ailleurs je ne
vois toujours pas où est le problème.
J'ai envie de passer d'un registre à
l'autre, j'aime l'idée que l'on ne
m'ait pas encore, et j'espère que cela
n'arrivera pas, figée dans la case
d'un certain type de rôle. Je trouve
formidable que des réalisateurs, lorsqu'ils
voient mon visage et mon jeu me pressentent
aussi bien pour le rôle d'une petite
bourgeoise un peu coincée comme Emeline
de Grande Ecole ou complètement
à l'inverse devenir Paulina la strip-teaseuse.
J'aime passer de Marivaux au théâtre
à une comédie d'action au cinéma.
Alors voilà, tout cela s'est fait naturellement,
un film un peu sérieux, un autre plus
grand public, ce n'était pas vraiment
réfléchi mais cela me convient.
Quelles sont les caractéristiques
particulières que vous avez rencontré
en tant qu'actrice sur le tournage de Grande
Ecole ?
La difficulté particulière de
ce film pour les acteurs est d'être
une adaptation d'une pièce de théâtre
: le texte est donc celui d'une langue habile
et soutenue. Le parti pris du réalisateur
Robert Salis a été de conserver
ce registre de langage parce qu'il a voulu
rendre à travers elle la théâtralité
de l'action et d'autre part parce qu'il considérait,
à juste titre, que les jeunes fréquentant
ces écoles sont capables d'utiliser
un vocabulaire et une syntaxe complexes au
service de situations et de discussions elles-mêmes
complexes. Mais du coup, nous les acteurs,
au moment du tournage, nous avions par instant
l'impression que cela apparaitrait faux. Notre
rôle était de parvenir à
rendre fluide un langage ardu. Si nous y sommes
arrivés, alors on a accompli notre
mission. Le plus compliqué, c'était
aussi de respecter de véritables chorégraphies
de positionnement dans l'espace de jeu. Le
texte avait initialement été
prévu pour s'inscrire dans un espace
restreint, la scène d'un théâtre.
Certaines scènes du film respectent
cela, en conséquence de quoi nous avions
des emplacements assignés sur le plateau
de façon très rigoureuse. Cette
façon de travailler a été
pour moi l'occasion de beaucoup apprendre,
c'est très agréable d'être
cadrée à ce point, d'être
"prise en main" parce que la contrepartie,
c'est qu'à l'intérieur de ce
cadre, vous avez le champs libre pour toutes
les initiatives que vous sentez.
Ces initiatives, les avez-vous beaucoup
"travaillées" ?
Je travaille toujours énormément
mes personnages avant un tournage. Quand j'arrive
le premier jour sur le plateau, je peux dire
que je sais quasiment chacune de mes répliques
et la manière dont je pense que je
vais les jouer. En fait, avant d'interprêter
un personnage, je m'en imprégne, je
le vis, je fais jouer mon imaginaire à
son sujet pour essayer de me raconter et de
connaître sa vie. Parfois je m'habille
dans les couleurs que je pense être
les siennes, je m'achète les fleurs
qu'elle aimerait, je mets au mur les tableaux
qui lui plaisent. Dans le cas d'Emeline, cette
fille un peu sérieuse, un peu pimbêche
et surtout assez réservée, sur
la défensive, je me suis aidé
de sa façon de s'habiller. Un tailleur
stricte, cela pose quelqu'un, c'est comme
une sorte de corset qui vous pousse à
vous tenir droit dans vos bottes.
Avez-vous peur parfois de l'image que vous
pouvez donner de vous dans vos films ?
C'est très excitant de ne pas connaître
l'entiereté du film dans lequel on
joue un rôle. C'est très excitant
parce qu'on lâche prise, on abandonne
quelque chose de soi, mais en même temps,
il faut avoir une confiance immense dans le
travail du réalisateur pour accepter
cela. Honnêtement souvent c'est difficile.
Mais je me dis que c'est son film, son regard,
qu'il sait ce qu'il fait et que cela fait
très longtemps qu'il travaille son
projet et que j'ai pas forcément le
droit de remettre en cause cela. D'ailleurs,
lorsque j'entre dans la peau d'un personnage,
j'essaie de coller au plus près de
ce que cherche le réalisateur, je rentre
dans son univers et j'accepte. J'avoue que
parfois c'est d'autant plus compliqué
pour moi que j'ai souvent des idées
sur la manière dont je verrai jouer
une scène (j'ai très envie d'un
jour passer à la réalisation).
Quand on voit le film au final, on se souvient
de prises où l'on avait prononcé
une réplique différement par
exemple et que l'on trouvait mieux que celle
qui a été gardée finalement.
Alors parfois on est un peu surpris mais c'est
comme ça, c'est cela le métier
d'acteur, savoir entrer et se plier à
la vision d'un réalisateur qui n'est
pas forcément la sienne.
Que peut-on vous souhaiter pour l'avenir
?
Il y a deux choses qui me plairaient aujourd'hui
: retourner sur la scène d'un théâtre
et jouer dans un film d'époque. En
ce qui concerne mon premier souhait, j'ai
un projet qui devrait se concrétiser
qui me plait beaucoup, mais je ne peux pas
en parler parce que personne n'a encore rien
signé, à suivre donc. Par ailleurs
si Grande Ecole devait être joué
de nouveau au théâtre prochainement,
je serai ravie de reprendre le rôle
d'Emeline ou pourquoi pas même de sa
rivale Agnès, cela pourrait être
amusant, non ? Quant au film d'époque
en costume, eh bien je cherche encore, alors
à bon entendeur.
Pour en savoir
sur Elodie Navarre, vous pouvez consulter
son site officiel : ici
FILMOGRAPHIE
Cinéma
Love etc...(1996)
Mes Amis (1998)
Scène de crime (1998)
Le Prof (1999)
A la folie... Pas du tout (2001)
Gomez et Tavares (2002)
Jeux d'enfants (2002)
Grande Ecole (2003)
Le Souffleur (en cours de montage)
Théâtre
Les Fausses confidences (2000)
On ne badine pas avec l'amour (2000)
Télévision
Fatou la Malienne (2000)
Un Amour en kit (2001)
L'Insaissable (2001)
Fruits mûrs (2002)
Pierre et Jean (2003)
Preuves d'amour (2003)
site officiel d'Elodie Navarre : ici
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