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Septembre 2005

Elodie Navarre, actrice

"J'ai tourné en même temps Grande Ecole et Gomez et Tavares, une petite bourgeoise et une strip-teaseuse."
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A l'occasion de la sortie en salle de Grande Ecole (lire notre article), un film de Robert Salis dans lequel elle interprête le rôle de Emeline, L'Internaute a interviewé Elodie Navarre, jeune actrice des plus prometteuses.

Dans Grande Ecole, Elodie Navarre est Emeline, une jeune femme issue d'un milieu plutôt bourgeois, intégrant une école de commerce de prestige. Mais ne croyez pas qu'Elodie Navarre se complait dans ce rôle de bourgeoise, au moment même du tournage de ce film, elle jouait une strip-teaseuse en compagnie de Stomy Bugsy et de Titoff dans "Gomez et Tavares". D'où lui vient son appétit pour des rôles si différents ?

Vous avez tourné votre premier film à l'âge de 16 ans, comment fait-on pour commencer si jeune, êtes-vous née dans un milieu particulièrement féru de cinéma ?

Non, pas du tout.
C'est tout à la fois
Lire notre article
Lire l'interview de JM Besset
une volonté et un hasard. C'est une volonté parce que vers l'âge de quinze ans, je me suis inscrite de moi-même au Conservatoire d'art dramatique de mon quartier pour y prendre des cours de théâtre. Et c'est un hasard parce que très exactement au même moment, j'ai été repérée dans la rue dans ce que l'on appelle un casting sauvage. C'est à dire que je marchais tranquillement dans la rue quand j'ai été abordée par un quelqu'un qui cherchait une jeune femme pour un rôle. J'ai fait un essai, j'ai été retenue, ça été mon premier rôle : c'était Clara et son juge de Joël Santoni, et je donnais la réplique à Jean Rochefort. Alors voilà, j'ai un peu envie de m'approprier la phrase d'Emmanuelle Béart quand elle dit "J'ai commencé par hasard, j'ai continué par amour". Je dirais plus simplement qu'on m'offre un cadeau merveilleux et que moi, je l'accepte.


Que cherchez-vous dans les rôles que vous acceptez ?

Je n'ai pas de stratégie de carrière à proprement parler, lorsque je lis un scénario, je ne me demande pas ce que le rôle qu'on m'y propose peut apporter à ma filmographie mais plutôt si j'ai envie de la jouer. Et généralement c'est oui parce que j'ai envie de toucher à tout, à toutes sortes de personnages, à toutes sortes d'émotions. Lorsque j'ai accepté de jouer une strip-teaseuse dans Gomez et Tavares avec pour partenaire principal Stomy Bugsy, beaucoup de gens autour de moi se sont étonnés, m'ont dit que j'étais folle de vouloir faire ça. Mais moi, je ne voyais, et d'ailleurs je ne vois toujours pas où est le problème. J'ai envie de passer d'un registre à l'autre, j'aime l'idée que l'on ne m'ait pas encore, et j'espère que cela n'arrivera pas, figée dans la case d'un certain type de rôle. Je trouve formidable que des réalisateurs, lorsqu'ils voient mon visage et mon jeu me pressentent aussi bien pour le rôle d'une petite bourgeoise un peu coincée comme Emeline de Grande Ecole ou complètement à l'inverse devenir Paulina la strip-teaseuse. J'aime passer de Marivaux au théâtre à une comédie d'action au cinéma. Alors voilà, tout cela s'est fait naturellement, un film un peu sérieux, un autre plus grand public, ce n'était pas vraiment réfléchi mais cela me convient.

Quelles sont les caractéristiques particulières que vous avez rencontré en tant qu'actrice sur le tournage de Grande Ecole ?

La difficulté particulière de ce film pour les acteurs est d'être une adaptation d'une pièce de théâtre : le texte est donc celui d'une langue habile et soutenue. Le parti pris du réalisateur Robert Salis a été de conserver ce registre de langage parce qu'il a voulu rendre à travers elle la théâtralité de l'action et d'autre part parce qu'il considérait, à juste titre, que les jeunes fréquentant ces écoles sont capables d'utiliser un vocabulaire et une syntaxe complexes au service de situations et de discussions elles-mêmes complexes. Mais du coup, nous les acteurs, au moment du tournage, nous avions par instant l'impression que cela apparaitrait faux. Notre rôle était de parvenir à rendre fluide un langage ardu. Si nous y sommes arrivés, alors on a accompli notre mission. Le plus compliqué, c'était aussi de respecter de véritables chorégraphies de positionnement dans l'espace de jeu. Le texte avait initialement été prévu pour s'inscrire dans un espace restreint, la scène d'un théâtre. Certaines scènes du film respectent cela, en conséquence de quoi nous avions des emplacements assignés sur le plateau de façon très rigoureuse. Cette façon de travailler a été pour moi l'occasion de beaucoup apprendre, c'est très agréable d'être cadrée à ce point, d'être "prise en main" parce que la contrepartie, c'est qu'à l'intérieur de ce cadre, vous avez le champs libre pour toutes les initiatives que vous sentez.

Ces initiatives, les avez-vous beaucoup "travaillées" ?

Je travaille toujours énormément mes personnages avant un tournage. Quand j'arrive le premier jour sur le plateau, je peux dire que je sais quasiment chacune de mes répliques et la manière dont je pense que je vais les jouer. En fait, avant d'interprêter un personnage, je m'en imprégne, je le vis, je fais jouer mon imaginaire à son sujet pour essayer de me raconter et de connaître sa vie. Parfois je m'habille dans les couleurs que je pense être les siennes, je m'achète les fleurs qu'elle aimerait, je mets au mur les tableaux qui lui plaisent. Dans le cas d'Emeline, cette fille un peu sérieuse, un peu pimbêche et surtout assez réservée, sur la défensive, je me suis aidé de sa façon de s'habiller. Un tailleur stricte, cela pose quelqu'un, c'est comme une sorte de corset qui vous pousse à vous tenir droit dans vos bottes.

Avez-vous peur parfois de l'image que vous pouvez donner de vous dans vos films ?

C'est très excitant de ne pas connaître l'entiereté du film dans lequel on joue un rôle. C'est très excitant parce qu'on lâche prise, on abandonne quelque chose de soi, mais en même temps, il faut avoir une confiance immense dans le travail du réalisateur pour accepter cela. Honnêtement souvent c'est difficile. Mais je me dis que c'est son film, son regard, qu'il sait ce qu'il fait et que cela fait très longtemps qu'il travaille son projet et que j'ai pas forcément le droit de remettre en cause cela. D'ailleurs, lorsque j'entre dans la peau d'un personnage, j'essaie de coller au plus près de ce que cherche le réalisateur, je rentre dans son univers et j'accepte. J'avoue que parfois c'est d'autant plus compliqué pour moi que j'ai souvent des idées sur la manière dont je verrai jouer une scène (j'ai très envie d'un jour passer à la réalisation). Quand on voit le film au final, on se souvient de prises où l'on avait prononcé une réplique différement par exemple et que l'on trouvait mieux que celle qui a été gardée finalement. Alors parfois on est un peu surpris mais c'est comme ça, c'est cela le métier d'acteur, savoir entrer et se plier à la vision d'un réalisateur qui n'est pas forcément la sienne.

Que peut-on vous souhaiter pour l'avenir ?

Il y a deux choses qui me plairaient aujourd'hui : retourner sur la scène d'un théâtre et jouer dans un film d'époque. En ce qui concerne mon premier souhait, j'ai un projet qui devrait se concrétiser qui me plait beaucoup, mais je ne peux pas en parler parce que personne n'a encore rien signé, à suivre donc. Par ailleurs si Grande Ecole devait être joué de nouveau au théâtre prochainement, je serai ravie de reprendre le rôle d'Emeline ou pourquoi pas même de sa rivale Agnès, cela pourrait être amusant, non ? Quant au film d'époque en costume, eh bien je cherche encore, alors à bon entendeur.

Pour en savoir sur Elodie Navarre, vous pouvez consulter son site officiel : ici

FILMOGRAPHIE
Cinéma
Love etc...(1996)
Mes Amis (1998)
Scène de crime (1998)
Le Prof (1999)
A la folie... Pas du tout (2001)
Gomez et Tavares (2002)
Jeux d'enfants (2002)
Grande Ecole (2003)
Le Souffleur (en cours de montage)

Théâtre
Les Fausses confidences (2000)
On ne badine pas avec l'amour (2000)

Télévision
Fatou la Malienne (2000)
Un Amour en kit (2001)
L'Insaissable (2001)
Fruits mûrs (2002)
Pierre et Jean (2003)
Preuves d'amour (2003)


site officiel
d'Elodie Navarre : ici


 
[propos recueillis par Louis-Paul Astraud , L'Internaute]
 
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