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Brigitte Fontaine : "Vous n'auriez pas 950 euros à me donner ?"

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[Louis-Paul Astraud, L'Internaute]
 

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Brigitte Fontaine est, depuis le début des années 60, l'une des chanteuses les plus étranges et les plus fascinantes de la scène française . Toujours aussi inspirée, l'artiste a sorti en septembre 2004 un nouvel album intitulé "Rue Saint Louis en L'Ile". Jusqu'à la fin du mois d'octobre, elle le fait découvrir au public dans une grande tournée à travers toute la France.

Bonjour et merci de nous recevoir. Comment allez-vous ?
Brigitte Fontaine. Très mal, merci. Ça va mal parce que je suis en tournée : jouer, être sur scène, ce n'est pas un problème, mais les transports ! Les transports me rendent malade, le train, la voiture… tout ça me rend malade. Moi ce que je voudrais, c'est jouer au même endroit pendant un mois, mais je ne peux pas, je n'ai pas le choix. On m'oblige.

Qui vous y oblige ?
Eh bien, ma maison de disque, mon producteur, mes musiciens, mes amis, tout le monde m'y oblige.

Comment est-ce que vous travaillez…
1h30 par chanson. Le lendemain, je corrige. Je me mets à mon bureau devant un cahier, je ne sais pas ce que je vais écrire, je n'en ai aucune idée, cela vient du mystère intérieur, et une fois que cela s'est échappé, je guide.

En fait, je voulais vous demander comment vous travaillez en collaboration avec Areski Belkacem, votre compositeur depuis 40 ans ?
La musique vient toujours après. J'écris mes textes, et Areski les met en musique. Je ne donne aucune indication à propos de la musique, je fais une confiance totale à Areski. Les exceptions sont très rares, il y a une chanson qui s'appelle "D'ailleurs" et une autre qui s'appelle "Le train 2110". Les musiques existaient mais je les adorais alors j'ai fait une exception. Et puis il y a aussi "God's Nigthmare" de Bobby Jocky, parce que lui, il avait composé sa musique et qu'il m'a demandé d'y mettre des paroles, comme je l'aimais aussi j'ai dit oui. Pour moi, c'est plus difficile : je me sens moins libre mais la contrainte n'est pas ennemie de la liberté. Pour Areski, le fait d'avoir mes textes avant de composer, cela représente à la fois une aide et la nécessité d'un effort.

Vous dites que vous ne savez pas ce que vous allez écrire avant de commencer une chanson, même le "Voile" ?
Certaines chansons sont des projets que je connais avant de les commencer, c'est par exemple le cas de la "Veuve Clicquot". "Le Voile à l'école", je l'ai écrite parce que cela m'énervait d'entendre parler de ça partout et de loin, je trouvais qu'on en faisait beaucoup trop pour ce petit bout de tissu. Ce que j'ai mis dedans est ce que je pense, je n'ai pas eu de surprise en l'écrivant, excepté ma trouvaille de la fin avec la devise que j'emprunte à Rabelais : "Fais ce que voudras", je la connaissais bien sûr depuis longtemps mais je n'y avais pas encore pensé.

Votre chanson "la Folie" n'est certainement pas non plus une improvisation ?

Pas du tout. C'était un jour atroce comme il en arrive beaucoup : j'étais mal, très mal, j'en avais marre d'entendre une presse que je qualifierais de "légère" dire Brigitte Fontaine est folle, hi hi, vraiment folle ha ha ! Alors j'ai écrit cette chanson à cause d'eux, mais je garde des choses en réserve, des choses trop horribles pour être communiquées, des choses non pas sur moi, mais sur la folie elle-même, sur l'affreuse souffrance qu'est la folie. Passons !

Votre chanson "Fréhel" porte sur le Cap Fréhel dans la Bretagne où vous avez passé votre enfance. Est-ce une chanson de nostalgie ?
Nostalgie : connais pas ! C'est un merveilleux endroit, où je vais pour me reposer, pour me protéger du soleil. J'aime la Bretagne.

Vous n'êtes pas nostalgique, mais quand vous aviez 12 ans, vous avez été remarquée par un producteur de théâtre…
C'est un des grands regrets de ma vie. Et de ma mère aussi. Elle s'en est beaucoup voulu d'avoir dit non. Ce producteur voulait revenir me chercher quand j'aurais 16 ans. C'était mon rêve, à 12 ans, c'était déjà mon rêve, et puis je détestais l'école. Quand je l'ai appris, j'en ai été malade, parce que je ne l'ai pas su à l'époque, ma mère me l'a dit sur le tard. J'avais déjà commencé à faire carrière dans la chanson, à avoir du succès, eh bien ça ne fait rien ! Je leur en ai quand même beaucoup voulu. Je pense souvent à la vie que j'aurais eu s'ils avaient dit oui. J'aurais une vie complètement différente, j'aurais fait du théâtre, et j'aime autant vous dire que j'aurais eu un succès bien plus important que dans la chanson, malgré mon atypisme notoire. J'aurais pu tout jouer. Je peux tout jouer. Cette année, je devais jouer une pièce qui n'est pas de moi, c'est cela qui m'intéressait : Les lettres de Catherine de Russie (c'est moi) et de Voltaire, c'est Rufus. Mais je n'en ai pas le temps, quand j'en aurais le temps, je le ferai.

Les gens qui ne vous comprennent pas vous énervent mais ceux qui aiment tout ce que vous faites au risque d'être des " béni oui oui ", aussi ?
Je ne dis pas ce mot-là, je ne pense pas cela : je dis que ce sont des gens qui aiment parce que, je ne crains pas de le dire : je ne suis pas modeste, parce que ce sont des gens qui aiment le beau ! Les gens, en général, n'aiment pas ce qui est beau, c'est pourquoi je ne serai jamais très populaire. Et moi, je veux être populaire, je veux toucher le plus grand nombre de gens parce qu'ainsi, je me sens moins seule. Et puis parce que j'ai besoin d'argent. Est- ce que vous n'auriez pas 950 euros à me donner ?

Que feriez-vous avec ?
Je viens de voir un magnifique bijou, là, juste en face, c'est un collier, un collier année 1930, d'or jaune et d'or blanc, avec au bout une perle… Avant je n'aimais pas les bijoux, maintenant, j'en raffole : les bijoux, c'est comme de la musique, ça ruisselle, ça scintille, ça me plait !

Quels sont vos projets en cours ?
La Liberté. Et puis avoir une grande maison carrée dans un grand jardin. Et écrire des livres. Je ne veux plus qu'écrire des livres.

Parce que vous placez la littérature au-dessus de la chanson ?
Non, pas du tout. Mais parce que je suis fatiguée des tournées, de cette tournée. Je voudrais rester un mois dans la même ville et ne plus en bouger, que les gens viennent me voir, mais dans la même ville, n'importe quelle ville, cela ne me dérange pas, mais ne pas aller de l'une à l'autre, cela me fatigue trop.

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DISQUE
Titre :
Rue Saint-Louis en L'Ile
Artiste :
Brigitte Fontaine
Genre :
chanson française
Date de sortie : septembre 2004
Editeur : Virgin


TOURNEE

Nantes : 12/10
Rennes :
13/10
Strasbourg : 15/10
Villeurbanne : 19/10
Marseille : 21/10
Paris :
25/10
Bordeaux : 27/10
Clermont-Ferrand : 28/10
Montpellier : 29/10



 
 Rédaction L'Internaute
 
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