EXPOSITION
Avril 2007
Chaplin face à Charlot
Son chapeau melon, ses énormes chaussures noires, sa petite moustache, son pantalon trop large et sa canne tourbillonnante ont fait la renommée de Charlot. Que ce soit dans les années 20 ou aujourd'hui, ce vagabond à la fois si drôle et si touchant n'a nullement perdu de son charme. L'exposition qui lui est consacrée au Pavillon Populaire, vient éclairer les relations qui unissent le personnage de Charlot à son créateur, Charles Spencer Chaplin. La naissance d'un mytheAmateurs et spécialistes côtoient curieux de tous âges pour comprendre le personnage et découvrir l'homme-orchestre et l'artiste engagé qui se cachent derrière Charlot. "Chaplin et les images" dévoile les multiples facettes du personnage comme celles de l'acteur qui l'incarne. 250 photographies, 8 projections, une dizaine d'affiches, des albums de presse du studio CHAPLIN ainsi que des témoignages sont ainsi réunis.
Les planches
de la Keystone Film Compagny, maison de production où Chaplin fit ses débuts,
ont permis de reconstituer la genèse de son personnage. Le coup de foudre de Chaplin
pour Charlot est alors évident : "Je n'avais aucune idée du personnage que j'allais
jouer. Mais dès l'instant où je fus habillé, les vêtements et le maquillage me
firent sentir ce qu'il était. Je commençais à le découvrir et lorsque j'arrivais
sur le plateau, il était créé de toutes pièces." Lorsqu'il apparaît pour la première
fois en 1914 dans "Pour gagner sa vie", le personnage est loin de l'image mélancolique
et sympathique que le public lui connaît. Le premier Charlot est en effet sournois,
mesquin et coquin. Le ton est certes comique mais face à la brutalité du personnage,
il devient alors antipathique. Si Chaplin est frustré par cela, il continue à perfectionner son personnage tout en améliorant sa technique de pantomime. Il explore ainsi une vaste gamme d'émotions donnant, au fur et à mesure, des traits différents à Charlot. Le personnage évolue, troquant le masque de méchant pour celui du romantique et de l'humaniste. Chaplin étoffe la psychologie de son personnage. Le rapport aux femmes est un exemple flagrant de cette transformation. Charlot soulève le masque de la goujaterie pour faire apparaître des sentiments plus nobles. Mais c'est en passant à la réalisation que Charlie Chaplin prend définitivement le contrôle de son personnage, de ses ressorts comiques et surtout de son image.
Chaplin, le cinéaste
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| Charlie Chaplin boxe avec l'acteur Mack Swain dans son costume de la Ruée vers l'or, arbitré par le vrai boxeur Kid McKoy Photo © Archives de la famille CHAPLIN |
Ainsi, pour "Charlot
boxeur", Charlie Chaplin fait venir le vrai boxeur Kid McKoy sur le plateau afin de se
former au métier de boxeur et apprendre certaines techniques. Il se concentre
donc sur la dynamique du mouvement de son personnage qu'il continue bien évidemment
de représenter. Il excelle dans la métamorphose de son corps et des objets et
s'en sert pour faire passer un message au public. Affranchi des contraintes, Chaplin
impose l'existence de Charlot et de son univers. Qu'il soit pompier, agent de
police ou soldat, Charlot est associé à une image bien reconnaissable. Tant de
fois imité sans jamais être égalé, Charlot est un personnage unique, indissociable
de Chaplin.
Charlot est l'objet de toutes les attentions et provoque à la fois un engouement populaire et une fascination chez les artistes de tous horizons, comme l'attestent les coupures de presse de l'époque. Entre 1910 et 1920, il inspire Fernand Léger qui le transforme en un "Charlot cubiste". Erwin Blumenfeld, quant à lui, le représente dans des dessins à la gouache et des collages. C'est une véritable "Chaplinmania" qui voit le jour.
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| "Les Temps modernes" s'attache à décrire plus particulièrement le rapport entre les hommes et la machine. C'est le dernier film dans lequel Charlot apparaît. Les Temps modernes (Modern Times), 1936© Mk2Photo |
Alors que Charlot connaît son apogée, Charlie
Chaplin affirme ses engagements politiques. Or, ses idées antimilitaristes sont
loin d'être partagées par le public de l'époque. C'est alors un Charlot engagé
qui fait irruption sur les écrans. Les "Lumières
de la ville" en 1931 dressent le portrait d'une bourgeoisie oisive qui
sombre entre amnésie et éthylisme. Les "Temps
modernes" s'attachent plus particulièrement à décrire les rapports entre
les hommes et les machines. Mais
le summum est atteint en 1940 avec "Le
Dictateur" où il ose parler de la barbarie hitlérienne qui sévit
en Europe. C'est aussi à la fin de ce film que Charlot réalise son ultime
et unique prise de parole sous la voix de Chaplin. Les quelques mots ont une signification particulière. C'est un message de paix et d'espoir
qui est adressé au public. Comme l'a souligné alors le cinéaste : "C'est le premier
film où l'histoire l'emporte sur le petit vagabond." L'Histoire rattrape aussi
le cinéaste, qui, accusé d'activités anti-américaines, se voit refuser l'accès
aux Etats-Unis en 1952. Il s'exile par la suite en Suisse avec sa famille.
Cette exposition propose aux visiteurs de découvrir les dessous d'un
mythe du cinéma muet. Elle établit ainsi un dialogue entre l'image fixe et l'image animée.
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