linternaute voyage
Search engine
L'Internaute > Week−end
> Exposition > L'âge d'or des sciences arabes
 EXPOSITION 
Février 2006

L'apogée des sciences arabes


Voir les 10 photos

Jusqu'au 19 mars, "L'âge d'or des sciences arabes" s'expose à l'Institut du Monde Arabe à Paris. Cette exposition rappelle l'héritage de cette période, qui marque encore aujourd'hui nos règles algébriques les plus basiques. Il fut un temps où la civilisation arabo-musulmane était pionnière dans bien des domaines. Retour sur un monde passé qui se révèle moderne, tolérant et ouvert.

Envoyer à un ami|Imprimer cet article
Chat

L'Institut du Monde Arabe revient sur ce qu'il est convenu d'appeler l'âge d'or de la civilisation arabo-musulmane, entre le VIIIème et le XVème siècle. Plus de 200 pièces, complétées par des modules audiovisuels, retracent les avancées scientifiques spectaculaires d'une des périodes les plus fructueuses de l'humanité. Longtemps réduit ou occulté par l'histoire occidentale, l'apport de cette civilisation a pourtant été décisif dans l'évolution universelle des sciences.

Des contributions considérables
Tous les héritages scientifiques de la Grèce, de l'Inde, de la Perse et de la Mésopotamie ont été étudiés, assimilés et appropriés par la civilisation arabo-musulmane, qui les a, à son tour, perfectionnés. Cette éclosion scientifique puissante et multiforme a considérablement enrichi des matières aussi diverses que la médecine, la géométrie, l'astronomie ou la mécanique.

Pratique
Nom : l'âge d'or des sciences arabes
Lieu : Institut du Monde Arabe
Commissaire scientifique de l'exposition : Ahmed Djebbar
Adresse : 1, rue des Fossés Saint-Bernard Place Mohammed-V 75236 Paris cedex 05 Tel : 01 40 51 38 38
Dates : jusqu'au 19 mars
Tarif : 9 € (plein), 7 € (réduit), 5 € (- 26 ans)
Sur le Web : www.imarabe.org

Symbole de cet âge d'or, les mathématiques connurent un essor formidable. Non content d'instaurer le système de numérotation de un à neuf, encore utilisé aujourd'hui, d'investir le zéro du statut de nombre, les arabes créèrent deux nouvelles disciplines, l'algèbre et la trigonométrie. Accordant également une importance capitale aux astres, ils conçurent le plus vieil outil pédagogique de l'astronomie : le globe céleste. Sur terre, comme leur religion exigeait de connaître la position de La Mecque, ils s'ingénièrent à améliorer la cartographie et inventèrent les premiers instruments permettant de se repérer dans l'espace.

Ce que les savants de l'époque appelaient "science des procédés ingénieux" étudiait les techniques permettant d'exploiter les énergies naturelles, telles que l'hydraulique ou l'éolienne, ainsi que leur prolongements mécaniques, comme l'irrigation, les moulins ou les systèmes de levage. S'intéressant aussi à la chimie, ils utilisèrent leurs résultats pour de multiples domaines de la vie quotidienne, comme la confection de fards, de cosmétiques, de médicaments, de colorants ou de teintures. Ils cherchèrent par ailleurs à améliorer le quotidien du peuple, en investissant les champs de la médecine, qui connue des améliorations substantielles, de l'hygiène et même de la diététique. Les pratiques chirurgicales furent étudiées, les structures hospitalières se développèrent, tandis que les savants se penchèrent sur la botanique, la pharmacopée, la zoologie et l'art vétérinaire.

Ainsi, les avancées des uns profitant aux autres, tous les aspects sociaux, quotidiens, ou artistiques bénéficièrent des progrès des sciences. L'architecture, par exemple, appliquait les principes de la géométrie dans ses constructions, tandis que la décoration puisait dans les mathématiques l'équilibre esthétique de ses mosaïques. La musique reprit aussi des théorèmes algébriques pour harmoniser ses sonorités, et... fut elle-même récupérée pour ses bienfaits thérapeutiques. Cette mélodie médicinale retentit d'une étrange modernité.

Grandeur et décadence d'une civilisation
Après une période de conquêtes et de consolidation politique du nouvel empire, la civilisation arabo-musulmane s'est retrouvée dans une phase de prospérité matérielle et intellectuelle tout à fait exceptionnelle. L'ampleur de son territoire et l'utilisation d'une langue commune favorisa les échanges marchands et culturels, tandis que son unité géopolitique permit une stabilité propice à la recherche scientifique, et que sa richesse encouragea le développement du mécénat.

Mais surtout, et peut-être avant tout, les élites de cette civilisation gardèrent un lien étroit avec les savoirs anciens, soit par la conservation des livres, soit par la perpétuation d'enseignements ou de pratiques savantes. Ce fut donc une véritable tradition scientifique qui se mit en place dans un empire où la liberté de pensée et l'esprit de tolérance furent sans cesse soutenus et encouragés.

L'attitude culturelle de l'époque considérait d'ailleurs "la pratique scientifique comme un complément pour des sociétés ayant déjà réglé leurs problèmes matériels", explique Ahmed Djebbar, commissaire scientifique de l'exposition, "et à leurs yeux, les pays latins de l'époque n'avaient pas atteint le niveau de civilisation qui les aurait amenés naturellement à s'occuper de science".

Le prophète Mahomet vécu de 610 à 632, marquant l'année zéro des Musulmans, et fut suivi de plus de six siècles d'épanouissement intellectuel, social, scientifique et culturel. C'est seulement à partir du XVème siècle que le processus de déclin de l'activité scientifique arabe s'enclencha, tandis que les Européens commençaient à assimiler leur héritage avec les premières traductions latines.

La naissance de l'Islam fut en réalité un fer de lance de la modernité, accompagnée d'un esprit d'ouverture et d'une grande tolérance. Celle qui fut la civilisation du progrès, des recherches scientifiques, de l'épanouissement culturel, de la curiosité intellectuelle et de la liberté de pensée n'est-elle plus qu'un rêve, un mirage enfoui sous les tempêtes de sable ? L'Institut du Monde Arabe, en tout cas, déterre cette icône du passé et remet les instruments d'appréciation en adéquation avec l'histoire. Peut-être elle-même est-elle interpellée par l'intelligence et l'audace de ses origines ?

En savoir plus : lire notre présentation sur Ahmed Djebbar

EN IMAGES Les plus belles photos de l'âge d'or des sciences arabes
10 photos
 
 Elodie Rothan, L'InternauteWeek End
 
Autour du même sujet
Magazine Week−End
Envoyer|Imprimer
Haut de page
 
 
 
L'Internaute