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 EXPOSITION 
Janvier 2006

Willy Ronis, le Paris d'une vie

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Willy Ronis à Paris
Lieu : Hôtel de Ville de Paris
Date : jusqu'au 27 mai 2006
Horaire : lundi au samedi de 10 h à 19 h
Prix : gratuit
Sur le Web : Willy Ronis

A l'occasion du 95ème anniversaire de Willy Ronis, la ville de Paris a souhaité rendre hommage au plus grand photographe de la capitale. Pour cela, l'exposition intitulée "Willy Ronis à Paris" retrace de manière chronologique le parcours artistique de cet humaniste.

170 tirages modernes, une vingtaine de tirages d'époque, plusieurs vidéos dont une interview très touchante de l'artiste ainsi que 80 documents rares parfois inédits ont été réunis pour l'occasion afin de mettre en lumière la carrière de ce photographe au destin extraordinaire. Difficile de dissocier l'homme de l'artiste tant son amour pour Paris imprègne ses clichés et sa vie privée. Cette rétrospective permet ainsi au visiteur de se replonger dans plus d'un demi-siècle de vie quotidienne parisienne.

De la cité Condorcet au boulevard Richard-Lenoir

Comprendre comment Willy Ronis s'est retrouvé derrière l'objectif, tel est le but de la première partie de cette exposition. Né en 1910, il vit dans un milieu modeste au 8 cité Condorcet dans le 9ème arrondissement. On y découvre un enfant bercé dans l'amour de la musique, un visiteur régulier des galeries du Louvre mais également ses premières expériences de photographe.

Son père, qui tient un laboratoire de photographie, lui offre en effet à 16 ans un appareil. La tour Eiffel est la première à succomber à ses clics. Il réalise des autoportraits ou encore des photos de famille. Lorsque son père tombe malade en 1932, il doit prendre la relève. Il n'apprécie guère la photographie stéréotypée, conventionnelle et commerciale. Il préfère les œuvres des photographes américains comme Walker Evans qui témoignent du sort des paysans pauvres des Etats-Unis. Au delà de la photo, c'est le sujet qui le touche.

Il est plus un homme de terrain. C'est la raison pour laquelle il assiste aux manifestations ouvrières parisiennes. L'exposition présente ainsi certaines de ces images d'époque, inédites jusqu'à ce jour, comme "la fête de l'Humanité" en 1934. Elle témoigne également des difficultés que connaît la famille Ronis durant cette même période. Les affaires vont mal et la faillite est proche. Son père décède en juin 1936 et Willy Ronis abandonne le magasin à ses créanciers. Il déménage alors avec sa famille au 117 boulevard Richard-Lenoir dans le 11ème arrondissement. Un changement de vie se profile…

Les débuts dans la profession
Il se lance la même année dans une carrière de photographe indépendant. Il est bien décidé à témoigner des changements qui bouleversent la capitale. Dès le 14 juillet 1936, il est place de la Bastille afin de capter la victoire du Front populaire. Il photographie le cortège avec les élus mais c'est surtout la foule qui le subjugue. Parmi les photos qu'il prend, "La petite fille au bonnet phrygien" est celle qu'il arrive à vendre grâce à son frère au journal l'Humanité.

Il fait alors l'acquisition de son premier Rolleiflex. Il faut vivre et pour cela, il fait des reportages pour différents journaux. En mars 1938, il effectue un reportage sur la grève aux usines Javel-Citroën pour le magazine Regards. C'est là qu'il prend l'une de ces plus célèbres photos, celle d'une syndicaliste haranguant les employées, Rose Zehner. Il fait la connaissance de photographes comme David Seymour, Henri Cartier-Bresson et Robert Capa avec qui il se lie d'une grande amitié. Il sillonne la capitale et prend des photos des grands lieux parisiens tels que les Halles ou le Panthéon.

L'intermède de la guerre
C'est une période un peu difficile pour Willy Ronis. Il est mobilisé et devient un agent de poudrerie. Après la capitulation et l'instauration du régime de Vichy, il n'est plus possible au photographe d'exercer sa profession soumise au contrôle des Allemands. Il réalise alors une campagne publicitaire pour les magasins du Printemps.

Ne se sentant pas en sécurité, il franchit clandestinement la ligne de démarcation en 1941 et rejoint Nice. Il fait la connaissance de Jacques Prévert et noue une grande amitié avec l'auteur comme en témoigne le poème "Les mystères de la chambre noire" publié en 1946 dans la revue " Quadrige" où il fait référence aux photographies de Willy Ronis dont certaines avaient fondu lors de leur développement.

"Une folle soif d'images"
A la fin de la guerre, il retourne sur Paris. Il reprend tout de suite son appareil et photographie le retour des prisonniers en 1945 ou la joie des parisiens le jour de la Victoire. Il rejoint le Groupe des XV et l'agence Rapho fondant ainsi l'école humaniste française avec dautres photographes comme Robert Doisneau ou Izis. Il effectue plusieurs expositions en France et à l'étranger ainsi que de multiple reportages.

Il se lance dans la réalisation d'une galerie de personnages parisiens et de scènes de vie. Ce qu'il préfère, c'est capter les moments de joies, de peines et d'amour qui traversent les quartiers populaires. Son ode au quartier Belleville-Ménilmontant est d'une richesse inestimable et dévoile l'évolution de ce village au cours des années 50. Derrière ses sujets sociaux se cachent souvent une conscience et un engagement politique. Il s'affirme aux côtés des communistes et couvre des sujets comme la grève de Snecma Kelermann en 1947. Dix ans après, il réalise une série sur "La rue de la Huchette" montrant des adolescents désœuvrés avant de s'attaquer à l'arrivée de l'automobile dans les années 60.

Flâneries parisiennes au fil du temps
La société française évolue. Les mutations économiques et industrielles bouleversent la vie des Français. Le progrès remet en cause le regard de cet idéaliste qui quitte alors la capitale pour le Sud de la France. La rupture n'est toutefois pas totale. Il revient souvent à Paris où il continue à prendre des photos. Des cabines téléphoniques du RER aux transformations de Belleville en passant par le Centre Pompidou, rien n'échappe à l'œil avisé du photographe. Une série sur un musicien des rues prise sur plusieurs années souligne bien le fait que si la ville peut évoluer certaines situations subsistent.

En 1980, il revient vivre dans la capitale. Ces photos sont marquées d'une grande fraîcheur. De la Défense à la place des Vosges, il continue à flâner dans les rues. Après avoir essayé le saut en chute libre à 84 ans, moment qu'il a bien sur immortalisé avec son appareil photo, il décide en 2001 d'arrêter la photographie après avoir réalisé une ultime série de nus.

Cette exposition réalisée en collaboration avec Willy Ronis offre un regard tendre sur l'homme, sur l'artiste et bien évidemment sur Paris. Ses clichés sont des témoignages inestimables, véritables archives sur la société parisienne du XXème siècle. Un voyage intemporel dans les rues de Paris et dans l'univers de cet amoureux de la photographie.

En savoir plus Willy Ronis à Paris

EN IMAGES Les photos de Willy Ronis commentées par l'artiste lui-même
4 photos
 
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