Une excursion en train s'avère souvent un bon moyen de découvrir une région et ses paysages. Vous êtes plutôt "petit train dans la montagne" ou locomotive à vapeur en Provence ? Faites-nous découvrir vos trains touristiques préférés. Dossier Les chemins de fer touristiques Participez
Et bien plus qu'un train-train de l'amour...
Cesa
De quel train s'agit-il ?
Le petit train jaune de Cerdagne, le canari...
Où peut-on le prendre ? Quel trajet fait-il ?
On peut le prendre dans les altitudes, à la magnifique gare internationale de Latour de Carol-Enveigt, ou dans la vallée à Villefranche de Conflent, via tous les petits villages du Conflent et de Cerdagne, dont Font Romeu. Un vrai taxi de service public, puisque c'est un train sncf qui déplace plus que des touristes, tous les jours de l'année, plusieurs fois par jour ! Même en hiver : il est si beau ce serpent jaune, vaillant petit soldat dans la neige et le froid, et on y est bien au chaud. Tut tut !
Que peut-on voir de remarquable sur son parcours ?
Les majestueux paysages de Cerdagne à 2000m d'altitude, entre Capcir et Catalogne espagnole, les sommets pyrénéens tout proches, la carte postale de Font Romeu, le four solaire d'Odeillo, les cités fortifiées par Vauban (Mont Louis et Villefranche), les gorges vertigineuses du Conflent, de la Carança, des hameaux accrochés aux flancs de pentes de cailloux, des viaducs, des ponts qui enjambent les espaces, et les petites gares tout au long du voyage... A la vitesse de 20 à 50 km/heure, auscultez ce train, il vous parle de fraternité pour l'éternité.
Avez-vous une anecdote à raconter sur un de vos trajets en petit train ?
La gare de La Tour de Carol est vide, personne derrière le guichet en ce samedi après-midi d'octobre. Morte saison... Dans l’arrière salle, on parle, on plaisante beaucoup, on se charrie. Le temps paraît souple. J'ai mes billets en poche pour ce voyage tant désiré que je sens déjà comme une aventure, je ne sais pas encore que j'aurai mon ticket ! Besoin de prendre ce Train Jaune, parce qu'il est jaune, parce qu'il est plein d'Histoire, parce qu'il n'est pas pressé, et toujours là depuis si longtemps qu'il en est créateur de rêve. Hier j'ai attendu son passage au col Rigat pour le photographier à la sortie du petit tunnel dans cette descente au milieu des estives. Font Romeu en arrière plan. Je l'attends le coeur battant comme pour un premier rendez-vous, parce que je sais que je l'aime depuis que j'ai vu son portrait sur le papier glacé des magazines, comme une star. Inaccessible. On regarde passer, on ne touche pas. Et pourtant. Je l'attends émue comme j'attendrais l'homme de mes pensées et lorsque je l'entends, il est déjà là, filant ses 50 km/heure et puis déjà passé le temps de 3 ou 4 clichés. Le désir imprévu de le retrouver au plus vite, comme un besoin déjà irrépressible. Je ne connais pas son itinéraire, ses habitudes ; je fonce vers Mont-Louis avec l'appréhension qu'il ne m'ait échappé mais du milieu d'un pré de colchiques je déguste un petit salut klaxonné. Quoi ? M'a t'il parlé ? Que dit-il ? Alors s'engage entre lui et moi une course poursuite : il passe, je le poursuis, je l'attends, ainsi jusqu'à la tombée du jour où je rate son entrée en gare de Villefranche... Que m'a t'il donné ? Là, surprise, ils sont plusieurs. Je suis désarmée, déçue, je n'aime pas les clones. Tous ces frères, il y a peut-être même des soeurs ! Non, le Train Jaune c'est celui qui roule fièrement sur sa ligne... Seul... Elle est sinueuse, elle serpente comme une rivière capricieuse, dans la plaine et la montagne, dévale des hauteurs en prenant son temps, anti-stress. Mes pensées vont à celui qui l'enfile le mot est juste, ce train auquel on pense comme à un homme qu'on n'aura pas. Il en vaut sûrement plusieurs à la fois et on pourrait se laisser surprendre à monter son jumeau. Mon émotion est surprenante à simplement regarder cette ligne qui ondule comme un serpent, deux rails, père et mère, menant à bon port leur fils en ignorant toutes celles qui jouissent des vibrations de la banquette à ciel ouvert comme des plaisirs d'enfance, d'une sensualité éveillée par les sensations fortes d'une balançoire ou d'un manège... Le fils vit sa vie... Etre amoureuse d'un train, est-ce possible ? Qu'y a t'il derrière lui pour me laisser cette mélancolie quand je le quitte sans pouvoir lui caresser les flancs ni le museau ? Je lui parle, je parle de lui, Train Jaune, comme d'un humain qui m'a prise dans ses bras colorés et m’a laissée - sur ma faim - car il en prend beaucoup tous les jours, depuis si longtemps. Je comprendrais qu'il soit blasé, je ne l'accepterais pas. Avant de le monter j'avais rêvé de lui, simplement à la vue de son portrait magnifique - il est tellement photogénique - et à la lecture de ses actes... Il a fallu que la vie menace de me quitter pour que je décide d'aller au devant de lui, comme un cadeau d'optimisme, pour faire la nique à la mort, à la douleur de partir plus tôt que prévu, trop tôt. Tout est bien maintenant...
Qu'il soit un paysan de la montagne ou un berger, il est quand même du clan des aristocrates. Quelle classe dans sa simplicité ! La vraie classe mon cher ! Qu'il soit jaune comme un c, comme un catalan - ils l'appellent le «canari» c'est une couleur qu'il porte avantageusement et lorsque le contrôleur tout gris le prend en main il en devient humain. Qui ? Le contrôleur ou le train ? Va savoir. Il est comme ça ce tortillard à charrette, ce bringuebalant des âges, cet amour train. D'une générosité débordante, il souffle dans les yeux du contrôleur tout gris le regret de vous voir descendre, mais un terminus, qu'y faire d'autre ? C'est un atterrissage, on vient des hauteurs, du septième ciel et, lorsque le vent s'arrête, que la voix nasille tout le monde descend, c'est comme une envie de pleurer après l'amour, une tristesse qui agrippe votre sac de voyage, range votre appareil photo dérisoire, vous fait trébucher sur le marchepied et presque tomber sur le ciment du quai, gris à pleurer, hésiter sur la direction à prendre comme s'il allait vous rappeler, ne pars pas si vite...
Il monte, il descend, il va et vient lentement, puis plus vite, ralentit au bon moment, s'arrête et repart je ne veux pas arriver, je ne veux pas m'arrêter, je veux m'envoler, frôler la frayeur des précipices, savourer le plaisir, le chaud de l'automne rouge aux joues, tourbillons glacés de neige, caresses de la bise... Cette route qui l'accompagne, le côtoie, je ne l’aime pas. Mon amour est possessif, exclusif, jaloux, je ne tolère que ses talus ensauvagés, son pubis herbeux, ses gares abandonnées et ses ponts nécessaires. Nos chemins se sont séparés. Un train passe, restent des rails, une barrière, une maisonnette. Le voir une dernière fois, passer sans moi, est au-dessus de mes forces. Il n'est pas infidèle, il aime partager, il va vers l'autre, quelle autre ? Il est le roi de l'alpage, les vaches le regardent sans curiosité, les chiens aboient aux gens, pas au train, tout le monde le salue, lui sourit ; que de sourires de joie il peint sur les visages qui reflètent son soleil ! On klaxonne, on est heureux le temps d'un éclair, d'un bonjour, d'un signe de la main. Il y a ceux qui le regardent passer, ceux qui l'attendent, ceux qui le prennent, celles qui le montent en amazone cheveux au vent. Il nous oblige bien à composter, à composer aussi, mais bon... Et puis il aime même les contrôleurs...
Hep contrôleur ! Une parenthèse jaune dans votre ligne de conduite, une récréation tressautante de deux heures et demi. Faites semblant de travailler !
Monsieur le contrôleur gris arrive, tirant sa valise à roulette, sérieux comme un contrôleur, précis : 15 heures 30, samedi 6 octobre 3074 en gare de La Tour de Carol Enveitg. Je le prends d'abord pour le pilote, n'ayant pas pensé que ce train pouvait être un train contrôlé ordinairement, mais l'est-il ?
Son beau regard me fait m'interroger... -Vous descendez où ? -A Villefranche... Dites où vous allez, sinon vous verrez passer la gare. Le train s'arrête à la demande, courtois ; peut-être même si j'avais un besoin pressant serait-il obligeant. N'est-il pas le seul train à remplir pleinement sa mission de service public en allant quasiment chercher les gens chez eux, dans le moindre petit village : Err, Sainte Léocadie, Estavar, Planès, Sauto, c'est presque un taxi. Seul dommage : que son employeur lui ait imposé un tarif qui fasse de nous des touristes...
Ce train là n'a pas eu l'idée d'escamper son contrôleur dans quelque ravin insondable ; il aurait pu le faire. Ou, allez savoir, peut-être y a t'il une histoire entre eux, qui ne regarde personne. Travaille t'on innocemment sur le Train Jaune ? Au bout du voyage, sans crier gare, monsieur le contrôleur a tombé la veste alors que je commence à grelotter. Il a jeté sa valise à roulettes sur un autre train bien ordinaire, comme indifférent à la séparation ( le train-train tue l'amour ), infidèle lui aussi...
Au revoir mon cher au train d'enfer. Moi, je cherche un hôtel, seule. Aïe !
J'aurais pu dormir dans ses flancs, ni vue, ni connue. On verra !
Je n’ai pas pris le moindre caillou de son ballast, un souvenir palpable. Me restent les fantasmes...
Je m'arrache. Bon vent cheminot...
« -Que faites-vous dans la vie ? -Je conduis des trains -On croit rêver ! Et un train jaune qui plus est, le canari, cet aristo ! Et vous ? -Oh ! Lui, il contrôle. D'où l'habit pour la sévérité... -Oui mais, avec le Jaune, le coeur ne peut qu'être grand sous ce gris. C'est le train qui le veut. N'est ce pas ?
En gare d’Osséja le convoi s'arrête pour laisser descendre un couple de gens âgés, sans billet, pied de nez. Sur le quai, un banc de pierre accolé au mur de la gare et, sur ce banc, une jeune femme et une vieille dame, les mains sagement posées sur les cuisses, côte à côte nous regardent, impassibles. Elles ont l'habitude dirait-on. A peine le train amorce t'il le départ que la jeune se lève et face à la vieille dame, lui prend les mains avec beaucoup de douceur pour l'aider à se lever. Il s'en va le train, il faut rentrer. La vieille dame reste assise, malade du mal des vieux. Que lui rappelle le Train Jaune ? Il y a des histoires d'amour multiples, j'en suis sûre, entre lui et les hommes, des histoires de générosité. J'ai envie de chanter comme Brel, mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour, de l'aube claire jusqu'à la fin du jour... Le retour au pays me laisse un amour je pense aux allers-retours quotidiens, à ce va et vient. Ce train sait ce qu'il veut, il m'en impose de trancher la montagne de son éclair de feu ; lui déjà si vieux grimpe, éternellement jeune. Il connaît le secret de l'éternelle jeunesse : se donner, savoir recevoir. Qu’ai-je à faire de cartes postales qui le montrent à tout le monde, à n'importe qui, même à ces gens stupides qui ne respecte pas le silence de l'estive, qui n'écoutent pas la berceuse-litanie du rail, qui crient, s'écrient pour eux-mêmes s'étourdir ; mais ne vont-ils pas descendre bientôt ? A Sauto ? Aaaahhhh ! Enfin seule, je vais glissant d'un bord de la banquette à l'autre. La fraîcheur de l'air vivifie ma peau, je n'ai pas froid. Dans la charrette décapotée, personne à regarder, à regarder ? Tant mieux. Je me garde pour lui qui me fait fondre...
On ne peut passer sa vie sur un train, même jaune, sauf à le conduire. Je me retrouve énamourée de ce grand homme et c’est un train qui se reflète dans mes yeux. Ca me laisse perplexe... Je lui attribue une âme alors que ce ne sont que des planches, un moteur électrique qui pulse à la place du cœur, une machine quoi ! Il va où on veut et non où il veut, encore que, s’il lui prenait l’envie de sauter du pont, qui pourrait l’en empêcher ? Qui ?
Avant le départ, j’ai erré sur les quais de la gare, le long des wagons et trouvé sur la voie deux enveloppes kraft adressées à Mont-Louis et Font-Romeu, ainsi qu’une feuille agrafée. Après hésitations je les ai jetées dans la locomotive d’où elles paraissaient être tombées ; bien m’en a pris puisque j’ai vu plus tard le contrôleur gris les déposer à destination. J’ai failli l’interpeller pour lui raconter ça, mais non, on ne dérange pas un fonctionnaire qui travaille...
Il est balèze, il est carré… «Tel qu’il est, il me plaît, Il me fait de l’effet... » Plus qu'un bain sulfureux Il a ce qu'il faut aux amoureux Gris contrôleur, jaune train Mon rêve ronge son frein….
Quelle région ou site naturel aimeriez-vous visiter à bord d'un train touristique ?
Le monde entier ! La Sibérie, la Chine, la Mongolie, Les Andes,...
Qu'aimez-vous dans les petits trains ?
J'y goûte le parfum d'un passé où le temps s'étire langoureusement. Enfin vivre tranquillement, bercée, et respirer seulement...