Rencontre avec Jean-Marie Leblanc

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© L'Internaute Magazine
 

Quel rôle avez-vous préféré sur le tour : cycliste, journaliste ou directeur ?

Lorsqu'on est coureur du Tour, on vit un peu dans une bulle avec pour seul souci la course, la récupération, sa propre forme, ses propres douleurs, sans trop s'occuper d'autres choses. Le journaliste élargit déjà son éventail de curiosité : les lecteurs, les stratégies de course, les interviews de coureurs, les paysages, les conditions climatiques, et surtout le respect des horaires de bouclage du journal et de la place qu'on vous accorde. Enfin, directeur du Tour, c'est avoir un regard total sur vos responsabilités qui vont du sport à la médiatisation, en passant par la logistique, les relations publiques, le commercial, etc. Et c'est bien sûr ce dernier aspect, le plus enrichissant. Mais c'est aussi le plus usant !

 

Quelle a été votre meilleur classement dans le Tour de France ?

J'ai disputé deux Tour de France, en 1968 et 1970, et je les ai terminés. Mais mes performances ont été modestes : 56ème je crois la première année, et 85ème la seconde.

 

Quelle est votre plus beau souvenir sur les 18 Tour ?

De mes 18 Tour à la direction, c'est incontestablement le Centenaire en 2003 qui m'a apporté les plus belles satisfactions d'organisateur. Nous avions fait beaucoup d'efforts pour célébrer cet anniversaire et nous avons senti que le public, les collectivités locales, les sponsors, les télévisions... bref, tout le monde adhérait à cette fête. Et de surcroît, le match entre Armstrong et Ullrich fut magnifique.

 

Et votre pire souvenir ?

Il y en a deux, dans deux domaines différents. D'abord, l'accident mortel de Fabio Casartelli en 1995. Et bien sûr l'affaire Festina en 1998, qui fut un véritable cataclysme car le Tour a failli ne pas s'en relever.

 

18 ans directeur du Tour, c'est long. Vous ne vous êtes jamais ennuyé ?

"Mes pires souvenirs : la mort de Fabio Casartelli et l'affaire Festina"

Ennuyé non, parce que si l'on ne fait pas ce métier avec passion, on ne peut pas résister aussi longtemps aux différentes pressions. Mais lorsqu'on a été coureur puis journaliste de cyclisme, c'est un honneur et une mission de porter un tel monument. Je l'ai fait avec passion. Passion pour la compétition cycliste, mais aussi passion d'offrir aux gens un spectacle sportif aussi populaire. Et passion enfin de donner à un très grand nombre de pays une image positive de la France et de ses attraits.

 

Ça ressemble à quoi une journée de directeur du Tour ?

Plus de trois semaines durant, on se lève tôt et on se couche tard. Je devais être présent au village trois heures avant le départ pour une supervision des installations, et les interviews. Puis la direction de la course, en voiture, où il faut beaucoup d'attention. A l'arrivée, les civilités avec les invités et les élus locaux. Deux heures durant, des échanges de vue avec mes collaborateurs et, à distance, le suivi de la bonne marche de la société : téléphone, courriers, e-mails, etc. Je me suis efforcé de faire en moyenne, tôt le matin, un jogging tous les trois jours, pour conserver un peu de fraîcheur physique.

 

J'adore le vélo et je rêve d'une carrière comme la vôtre. Comment on devient directeur du Tour de France ?

Ce n'est pas quelque chose qui peut se programmer. En ce qui me concerne, ce sont les événements et la chance qui m'ont amené, moi et mon "profil" cycliste, à la succession de mes deux prestigieux prédécesseurs, Jacques Goddet et Félix Lévitan.

 

 
© L'Internaute Magazine
 

Vous avez du trimballer plein de "people" dans votre voiture. Qui sont les personnalités les plus accros au vélo ?

En premier lieu, je citerai notre actuel président de la République, qui a toujours manifesté sa sympathie à notre sport. Ensuite, des gens aussi divers que Laurent Gerra, Philippe De Villiers, Jean-Claude Gayssot, le ténor José Carreras, Robin Williams...

 

Quel parcours du Tour avez-vous préféré ?

C'est peut-être celui qu'a tracé mon successeur et ami Christian Prudhomme pour 2008, qui est très attrayant. Mais tous les parcours du Tour sont construits avec le souci de l'équilibre des difficultés, étant entendu que si les organisateurs proposent, ce sont bien les coureurs qui décident de ce qu'ils vont en faire. A cet égard, le final de 1989 entre Fignon et Lemond fut magnifique.

 

Dans quelles régions est-ce que le Tour est le mieux accueilli ?

Je dois dire que le Tour de France est accueilli avec ferveur partout où il passe. Mais il y a de vraies régions de cyclisme qu'on connaît : la Bretagne, la Normandie… Et j'ai observé que c'était souvent les petites villes qui étaient les plus enthousiastes. Enfin, ces dernières années, les centaines ou peut-être les milliers de camping-cars venus de Belgique, de Hollande, d'Allemagne donnaient à la traversée des Alpes une ambiance exceptionnelle. Nous organisons d'ailleurs chaque année un concours des villes et villages les mieux décorés pour le Tour de France. Et Fontaine-au-Bois, le mien, s'est classé quatrième !

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à arrêter ?

A 62 ans, je commençais à me sentir un peu émoussé. Et je ne voulais pas, comme on dit, faire le combat de trop. Par ailleurs, après 40 années de vélo, il y avait des choses que je n'avais pas pu faire et qui m'attendaient : la vie de famille, la campagne, la musique, la vie publique locale... Et la rédaction d'un livre de témoignages.

 

Ça ne vous manque pas le Tour de France ?

"A 62 ans, je commençais à me sentir un peu émoussé. Et je ne voulais pas faire le combat de trop"

Non. Non pas que je ne l'aime plus, au contraire. Mais je peux maintenant l'apprécier en spectateur sans la contrainte des responsabilités. Cet été, à Londres et pour la première fois, j'ai pu voir défiler la Caravane publicitaire en son entier, et c'est très beau. L'an prochain, je rêve d'aller incognito m'asseoir à l'ombre sur un talus, en short, avec ma glacière et mes petits enfants, pour voir passer la course.

 

En savoir plus La présentation de "Le Tour de ma vie"

 



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