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Dossier
Février 2008
Bertrand Cauly : "Les instances doivent retirer des points aux clubs traitant avec de faux agents"
De quelle manière les agents interviennent-ils dans les transferts de joueurs ? Bertrand Cauly : Si un agent intervient dans un transfert, c'est qu'en principe il défend le joueur. Maintenant, vous rentrez directement dans la question que le gouvernement tente de régler, à savoir : les agents sportifs sont-ils des agents de joueurs ou des agents de club ?
C'est vous qui appelez les clubs ou est-ce eux qui vous contactent ? Les deux. Mais c'est beaucoup mieux quand c'est le club qui vous contacte puisque cela veut dire qu'ils sont "chauds" sur le joueur en question.
Vous négociez quoi exactement ? On négocie le salaire du joueur, les primes, les conditions d'installation avec, en général, le staff administratif et financier du club.
A partir de quand les joueurs font-ils appel à un agent ?
Dans un monde idéal, quand ils sont mineurs, ce sont logiquement les parents qui font appel à vous. Mais encore une fois, joueurs comme parents (et quel que soit leur âge), sont plus souvent démarchés par les agents qu'ils ne les contactent eux-mêmes.
Vous n'êtes pas connu. Qui gérêz-vous comme joueurs de foot ? Roberto Merino, qui devait notamment venir à Marseille début janvier. Je suis discret sur les autres, soit parce qu'ils le demandent, soit parce que je ne veux pas me les faire piquer.
Combien y a-t-il d'agents en France ? Environ 220. Le souci, ce sont les "faux" agents. C'est-à-dire tous ceux qui exercent sans licence.
Combien gagne un agent ? Et comment vous êtes rémunéré ? C'est trop disparate pour avoir une moyenne qui signifie quelque chose. La loi française limite la rémunération de l'agent à 10 % du salaire brut du joueur.
Qui est-ce qui vous paie au final : les clubs ou les joueurs ? Encore une fois, c'est la question que le gouvernement essaye désespérément de trancher, mais je crains qu'il n'ait pas une approche très démocratique dans la consultation de tous les avis.
J'aimerais savoir comment on fait pour trouver un bon agent car mon copain en a déjà eu un à l'époque où il jouait dans un grand club. Maintenant, j'aimerais trouver un agent qui me trouve un club de National ou de 2e Division. Quels sont les bons critères ? La bonne méthode, surtout. Vous n'êtes pas forcé de vous lier avec un seul agent, avec tous les risques d'erreurs que cela comporte. Vous pouvez parfaitement signer des contrats de médiation non exclusifs avec autant d'agents que vous le souhaitez. Il est évident qu'au-delà de trois, c'est le boxon.
Comment êtes-vous liés avec les joueurs ? Par des contrats ? Par les contrats dits de médiation. Le règlement FIFA stipule qu'ils ne peuvent dépasser une durée de deux ans.
J'imagine que vous êtes commissionné sur les nouveaux contrats. Votre intérêt n'est-il pas de faire changer de club votre joueur ? Si on n'a que le fric en tête, oui.
Je voulais savoir si vous avez des collaborateurs plus ou moins permanents, de type superviseur, traducteur, comptable... Peu, car l'expérience vous apprend qu'il faut être très sélectif.
Je sais que chez les arbitres il y a des clans. Ça existe aussi entre les agents ? Déjà, il y a deux syndicats avec des approches radicalement différentes. L'USAJ défend les agents ayant de fortes relations avec les clubs, ce qui maintient un marché non concurrentiel.
Qui est-ce qui fait partie de votre syndicat ? Le bureau est composé de Bertand Cauly (moi-même), président, Eric Conti, agent à Lille, Tanguy Debladis (dans le 94), Jean-Philippe Soubeyre (dans le 93).
Les autres adhérents nous ont expressément demandé de ne pas communiquer leur adhésion. Il faut savoir que beaucoup d'agents ont peur que l'appartenance à notre syndicat, qui défend réellement les joueurs au risque de déplaire aux clubs, n'entraîne leur mise sur la touche.
Pourquoi avez-vous créé un syndicat ? Ça vous rapporte quoi à vous ? Cela nous permet de rencontrer les instances, même si c'est difficile, de rencontrer nos collègues et d'être reconnus comme des hommes et des femmes dont le moteur n'est pas l'argent. Et de montrer que nous aimons profondément l'humain qui se cache derrière le sportif de haut niveau.
J'ai vu que vous bossiez avec l'Etat. Pourquoi ils vous ont choisi, vous ? Ils ne m'ont pas choisi ! Nous nous sommes imposés et devons nous imposer tous les jours. Nous sommes économiquement minoritaires, c'est-à-dire que nous sommes dans une société où l'on ne reçoit que les portefeuilles bien garnis.
Votre syndicat, c'est une sorte de lobby ? Lobby en anglais, ça veut dire couloir... Si c'est à un lobby de défendre une cause juste, alors allons-y ! D'autant plus que nous allons mener une action à Bruxelles avec une association dont le responsable a très longtemps été à l'unité Sport de la Commission des affaires sociales.
Avec votre syndicat, ça vous arrive de défendre des collègues ? Ou l'inverse, leur intenter un procès ? Pour défendre les collègues, il faudrait être à la commission des agents, ce qui au vu de son fonctionnement actuel, n'est pas notre priorité. A la commission des agents, on les juge plus qu'on ne les défend ! Notre action à nous, c'est de défendre la profession, donc il nous est arrivé de porter plainte pour exercice illégal de la profession, ce qui, je peux vous le dire, nécessite quand même un certain courage de notre part. Mais si nous ne le faisons pas, nous n'avons aucune raison de continuer à exister.
Vous partez souvent à l'étranger ? Régulièrement. Je vais dans toute l'Europe, au Sénégal et au Cameroun.
Est-ce que la fonction d'agent diffère selon les pays ou les fédérations nationales ? Aucun pays n'a la même rigueur de contrôle de l'exercice de la profession.
Je ne vois pas comment l'Etat peut régler tous les problèmes qui concernent votre métier, vu qu'il y a des différences de législation entre les pays ? Bien vu ! C'est au niveau européen que l'on pourra résoudre ce problème. Au vu des difficultés à réaliser l'harmonie fiscale, nous sommes partis pour un ultra marathon ! Regardez en Angleterre, Londres est la première place off-shore du monde et tout le monde se fout de la provenance de l'argent investi dans les clubs. Il faut savoir reconnaître le mérite français d'accepter d'être à la remorque en matière de résultats, mais de ne pas accepter de l'argent "sale".
Les agents qui ne sont pas reconnus par la fédération, quels sont leurs avantages ? Le travail au black, c'est quoi son avantage ?
Quelles sont les plus grosses magouilles, les opérations illégales ? Le plus classique, c'est la rétro-commission. Le club paye l'agent par exemple : 4 années de contrat = 10 % du salaire. A certains niveaux de salaire,
les sommes sont si importantes que certains clubs ou dirigeants demanderont un retour. Je vous renvoie au rapport 37-41 émis par le Sénat le 20 février 2007 que vous pouvez consulter sur le net. Je n'ai rien inventé.
Ce n'est pas un peu hypocrite tout ça : tout le monde sait qu'il y a des magouilles et personne ne fait rien. C'est bien que la situation profite un peu à tout le monde ? Vous êtes peut-être arrivé en retard ? Notre syndicat, c'est le Don Quichotte du milieu.
Il y a bien quelqu'un qui surveille les transferts, non ? C'est gentil et/ou naïf comme question. En principe, c'est le rôle de la Direction Nationale du contrôle de gestion (DNCG), qui a admis devant la mission d'information de l'Assemblée nationale qu'elle ne contrôlait pas grand chose en matière de transfert.
Quelle est la mesure la plus urgente à prendre ? Que les instances aient le courage d'enlever des points aux clubs traitant avec des "faux" agents, par exemple. Et de supprimer le mandat "club" tel qu'il existe aujourd'hui.
Est-ce que la rivalité entre agents et entraîneurs est une légende ou existe-t-elle vraiment ? Elle peut arriver effectivement. C'est pour cela que nous demandons à ce qu'un agent ne puisse avoir sous contrat plus d'un certain nombre de joueurs d'un même club.
Le parcours de Pape Diouf (agent puis président de club) vous donne-t-il des idées ? Est-ce plus facile d'intégrer un club lorsqu'on a été agent auparavant ? Oui, certainement. C'est une des évolutions logiques que permet ce métier.
Pensez-vous que ce soit une bonne idée d'avoir un membre de sa famille comme agent ? Beaucoup de joueurs le font... Dans le milieu, on appelle ça les "tarantules"... Mais il y en a des bons quand même, on n'est pas obligé de se faire escroquer par sa famille.
Comment expliquez-vous le fait que votre profession soit mal vue ? Parce que les médias font tout pour. On a un énorme problème de monopole de l'information sportive. Nous n'avons que L'Equipe et France Football, qui verrouillent tout ce qui peut déranger. Une particularité, et/ou schizophrénie : L'Equipe Magazine a déjà réalisé des enquêtes dérangeantes, les autres, nada de chez nada...
Vous n'avez jamais pensé à écrire un livre sur votre métier ? Un ex-confrère l'a fait et je peux vous dire que sa lecture fait froid dans le dos et vous donne plutôt envie d'aller à la pêche. Le livre s'appelle "La face cachée du foot business", écrit par Patrick Mendelewitsch, ex-agent, et Jérôme Vessell, journaliste à VSD. Le fait qu'un joueur formé au club puisse racheter le reste de son contrat après sa période de stabilité, c'est une vrai bombe pour les clubs, mais surtout une aubaine pour les agents et joueurs, non ? Pas du tout. Ne faites pas l'erreur de l'analyse honteuse que trop de médias font en se plaignant de l'arrêt Bosman : ce dernier a permis aux joueurs en fin de contrat d'être libres sans qu'il y ait de paiement d'indemnités de transfert, ce qui les a LIBÉRÉS. Seul un esprit pervers y voit seulement l'effet secondaire de mouvements accrus sur le marché.
A combien estimez-vous le nombre maximum de joueurs qu'un agent doit représenter pour être assez disponible ? Et le nombre minimum pour pouvoir vivre de sa profession ?
L'avantage de cette profession, et des professions libérales en général, réside dans le fait que vous êtes libres de choisir votre niveau et votre qualité de vie.
Le dernier mot revient à notre invité : Bertrand Cauly : Ayez toujours l'esprit critique quand vous lisez ou écoutez les médias sur les affaires du football et la mise en cause systématique des agents. Pour danser la valse, il faut au minimum être deux. Merci de votre participation. Les agents ne sont pas, dans leur grande majorité, ceux que vous croyez...
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