L'amour contrarié entre la France et la Nouvelle Zélande

L'amour contrarié entre la France et la Nouvelle Zélande La relation qui unit les deux nations présentes en finale de Coupe du monde, faite de haine et d'amour, mêle inextricablement politique et rugby. Quand l'un pousse les deux peuples à se détester, l'autre les réconcilie.

En début de semaine, le quotidien néo-zélandais Dominion Post s'est amusé dans un article intitulé "Why we love (and hate) France" à répertorier les qualités et les défauts des Frenchies. Nous apprenons ainsi que les Kiwis adorent les Français parce qu'ils détestent les Américains ; parce qu'ils "boivent du vin au petit déjeuner" (!) et prennent le temps de bien manger ; parce qu'ils travaillent 35 heures par semaine et qu'il n'y a pas école le mercredi ; parce que leurs stars sont belles, à l'image de la Première Dame de France, de Marion Cotillard et Guillaume Canet... et de l'équipe nationale de foot. Et enfin, last but not least, parce que les Françaises font du seins-nus à la plage !

 

Le Rainbow Warrior en mémoire

Pourtant, les belles femmes, le vin, la mode et le parfum français ne parviennent pas à effacer les épisodes traumatisants qui ont empoisonné les relations entre la France et la Nouvelle-Zélande. Outre les essais nucléaires réalisés pendant trente ans par l'Etat français dans le Pacifique Sud, c'est surtout l'affaire du Rainbow Warrior qui a plombé l'entente cordiale. En juillet 1985, les services de contre-espionnage français avaient fait exploser le bateau de l'association écologiste Greenpeace qui mouillait dans le port d'Auckland (et entendait dénoncer... les essais nucléaires), causant la mort d'un photographe portugais.

"Le premier acte de terrorisme international en Nouvelle-Zélande", comme le rappelle amèrement le Dominion Post, ne sera jamais pardonné par la population locale. Pour preuve, l'extrait vidéo de l'émission Quinze diffusée la veille de la première finale de Coupe du monde de rugby opposant en 1987 les Kiwis aux Bleus.

 

La réconciliation par le rugby

Cependant, et contrairement à ce qu'affirme le Dominion Post, le rugby a joué un rôle pacificateur entre les deux peuples. Cette fameuse finale de 1987, au-delà de l'aspect sportif, a surtout permis à la France de remettre officiellement les pieds en Nouvelle-Zélande, par l'intermédiaire de son ministre des Sports Christian Bergelin.

Bien entendu, le fait que les All-Blacks aient remporté le match chez eux, dans leur jardin de l'Eden Park, a sûrement contribué à la bonne ambiance constatée entre les joueurs et entre les supporters des deux camps. Mais les scènes de fraternité qui ont suivi la rencontre montrent que cette union n'était pas factice. L'hommage rendu aux Français par ce trompettiste, et son interprétation de l'hymne maori, en est le meilleur des symboles.

 

Crainte et respect mutuels

Si l'on excepte le Mondial de 1987 organisé au pays du long nuage blanc, la France fait figure de bête noire pour les All-Blacks en Coupe du monde. En 1999, ce sont les Bleus qui sortent les Néo-Zélandais du tournoi, en demi-finale, au terme d'un match renversant. Pourtant, quelques mois plus tôt, les Français avaient subi une véritable correction à Wellington (54-7).

Rebelote en 2007 : les hommes de Bernard Laporte, bien qu'inférieurs aux Blacks sur la feuille de match, détruisent à nouveau le rêve néo-zélandais en quart de finale.

Néanmoins, ces deux épisodes émotionnellement très forts n'ont pas entamé l'aura dont bénéficient les Tricolores en Nouvelle-Zélande. Les Kiwis aiment notre jeu si imprévisible, ce French flair qui est la marque déposée de la maison bleue. Aujourd'hui ils craignent l'audace des Médard, Clerc et Palisson, les changements abruptes de stratégie au cours du même match et, surtout, la capacité des Bleus à se transcender le jour J.

 

Un déchaînement médiatique inédit

herald sunday
Le quotidien néo-zélandais Herald Sunday tire à boulets rouges sur le XV de France. © DR

A l'approche de la finale disputée dimanche entre la France et la Nouvelle-Zélande, on assiste pourtant à une étonnante charge des médias néo-zélandais contre les Tricolores. Le très réputé Herald Sunday, entre autres, a qualifié "d'insulte finale" la victoire des Bleus en demi face aux Gallois. Depuis, il s'est empressé de relayer les propos méprisants de l'Anglais Chris Ashton, pour qui "les valeurs du rugby ont été ruinées", ou encore du Sud-Africain François Pienaar, qui qualifie le XV de France de "pire équipe du Mondial".

Néanmoins, ces diatribes médiatiques contrastent avec la prudence adoptée par les joueurs néo-zélandais et leur entraîneur, Graham Henry. Ce dernier affirmait d'ailleurs récemment à L'Equipe que "le XV de France, dans un bon jour, peut être la meilleure équipe du monde". Son adjoint, Steve Hansen, ajoute lui que les Blacks ont "une grande histoire commune avec les Français en Coupe du monde et nous les respectons". Pour preuve de ce respect mutuel, les Bleus de Lièvremont ont préféré jouer la prochaine finale du Mondial en blanc pour permettre aux Blacks d'étrenner leurs traditionnels maillots noirs à domicile. Cette info-là, en revanche, s'est faite très discrète dans les journaux locaux... 

Finalement, le seul potentiel incident qui gâcherait la bonne entente entre les Français et les Néo-Zélandais pourrait intervenir ce dimanche à l'Eden Park d'Auckland, si les Bleus avaient la mauvaise idée de remporter la finale sans briller, sans surprise ni French flair. Réussir ce tour de force devant un public si connaisseur serait, pour le coup, une véritable insulte que les Néo-Zélandais ne nous pardonneraient jamais.

Lire l'article du Dominion Post "Why we love (and hate) France"

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