ACTUALITE
19/07/2006
Ces téléfilms issus de faits divers
Certains trouvent ça macabre, d'autres se défendent de s'y intéresser par principe, mais au final la plupart des téléspectateurs adore. Surtout lorsque les souvenirs de la réalité sont encore frais. De plus en plus frais. L'histoire de Francis Heaulme ("Dans la tête d'un tueur" de Claude-Michel Rome) a ainsi été le premier gros succès de ce nouveau genre télévisé. La "fiction" avait réunit en mars 2005 plus de 10 millions de téléspectateurs. Et toutes catégories confondues : les faits divers ne plaisent pas uniquement aux ménagères de moins de 50 ans ! A la suite de ce succès, toutes les chaînes se sont donc lancées dans des projets similaires, chacune choisissant "son" tueur en série le plus prometteur en terme d'audience…
Une production délicate voire risquée
Quel point de vue adopter ? Comment raconter une histoire vraie ? S'en tenir aux faits ? Mais quand les décisions de justices sont contestées, sur quels faits s'appuyer ? TF1, qui n'en est pas à son coup d'essai (l'affaire Seznec, l'affaire Dominici, Landru), vient ainsi d'achever le tournage d'Une mère, retraçant l'histoire de la mère de Christian Ranucci. Condamné à mort et exécuté pour l'assassinat de la petite Maria-Dolores, la culpabilité de ce dernier est aujourd'hui contestée. France 2 a même consacré un épisode de "Faites entrer l'accusé" aux incertitudes qui entourent cette histoire. La production a donc choisi de présenter ce téléfilm comme un réquisitoire contre la peine de mort. Mais choisir ce point de vue ne revient-il pas à ignorer la colère et la douleur des parents de la victime, qui eux sont toujours vivants ?
Un imbroglio juridique
A peine annoncé, le projet d'un téléfilm sur l'affaire du petit Gregory (France 3) a aussitôt fait des vagues. Le couple Villemin, absent des écrans pendant douze ans, aurait accepté de vendre les droits de leur livre sur leur histoire à la production (la rumeur précise que la transaction s'élèverait à 35 000 euros). L'avocat de la famille de Bernard Laroche (le coupable présumé, assassiné par le père Villemin avant d'obtenir un non-lieu) leur intente un procès, persuadé que la fiction insinuera de nouveau la culpabilité de feu son client. Il demande un droit de regard pour éventuellement bloquer la diffusion. L'affaire est en attente mais il y a jurisprudence : Pierre Rambla, le père de Maria-Dolores s'est élevé contre les producteurs d'Une mère. Il a obtenu le droit de lire le scénario et de visionner les images quatre mois avant leur diffusion. Le producteur a quand même fait appel...
Des projets sur la corde raide Roger Knobelspiess a donné des sueurs froides à Patrick Le Lay (ou plutôt à son service juridique) lors du tournage d'un téléfilm sur Jacques Mesrine. Le compagnon de cellule de Mesrine avait réclamé un droit de regard (et des royalties ?) et menacé de tout démolir sur le tournage. Affaire classée, le téléfilm est dans la boîte. Ce qui n'a pas été le cas pour le "docu-drama" sur la fusillade de Nanterre (par Richard Durn en 2002), qui avait lui aussi été tourné mais jamais diffusé. Des conseillers municipaux sont parvenus à annuler la diffusion, pourtant déjà annoncée. France 2 a été plus prudente. Flach Film termine pour la chaîne le casting de Notable, non coupable, sur la mise en cause puis la réhabilitation du président du CSA Dominique Baudis dans l'affaire Alègre. Mais la diffusion n'est prévue qu'en 2007, soit après la fin de mandat du Sage… Qui interprète les personnages ?
Difficile de rentrer dans la peau d'un tueur, d'un juge ou d'un parent ayant perdu un enfant. Les chaînes ont donc misé sur des acteurs connus sans passer par la case "grosse star" (TF1 avait quand même embauché Michel Serrault et et Michel Blanc dans l'Affaire Dominici). Sûrement pour garder, dans la mesure du possible, un peu d'authenticité. Après Thierry Frémont, primé pour son interprétation de Francis Heaulme pour Dans la tête d'un tueur, la barre est haute. Si peu d'informations filtrent autour de ces téléfilms, on sait d'ores et déjà que Serge Riaboukine, habitué des fictions de TF1, campera Jacques Mesrine et que Catherine Frot a été pressentie pour jouer la mère de Christian Ranucci. Les parents Villemin seront quant à eux interprétés par Armelle Deutsche et Francis Renaud.
Et ce n'est que le début... C'est un fait, les chaînes ne peuvent plus contourner les lois ouvertement. TF1 compte 45 personnes dans son service juridique, France Télévisions 23. Si les lois encadrant le droit à l'image compliquent chaque jour davantage la vie des rédactions de magazines, la fiction semble malgré tout conserver une bonne marge de liberté. D'autres adaptations d'affaires criminelles sont donc déjà annoncées, la proximité temporelle avec les faits étant chaque fois plus grande. Parmi elles, l'histoire de l'échappée meurtrière de Florence Rey (condamnée à 20 ans de réclusion criminelle en septembre 1998) ou peut-être même l'Affaire d'Outreau…
» "L'affaire Villemin" ou "La vallée" de Raoul Peck sur l'affaire du petit Grégory. Feuilleton en six épisodes, diffusé sur France 3 cet automne. » "Notable, non coupable" de Francis Girod sur l'affaire Baudis/Alègre. » "Une mère", sur l'affaire Ranucci. La diffusion n'est pas encore prévue, un procès est en cours. » "Jacques Mesrine, la chasse à l'homme" d'Arnaud Sélignac. La diffusion n'est pas encore programmée. » "Dans la tête d'un tueur" de Jean-François Abgrall (le gendarme qui a poursuivi le tueur) sur l'affaire Francis Heaulme, sortie DVD prévue pour bientôt.
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