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Interview de Carole Gaessler
CHAT
 
30/07/2006

"Aujourd'hui, j'ai envie de m'inscrire dans la durée"

Longtemps reine de l'info sur France 3, Carole Gaessler est désormais le joker de David Pujadas sur France 2. Elle entame parallèlement une nouvelle saison du magazine "Immersion Totale". A cette occasion, elle a accepté de répondre à nos questions.

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En raison d'un problème technique, le chat de Carole Gaessler n'a pu avoir lieu. Nous vous prions de bien vouloir nous en excuser. Notre équipe sur place a néanmoins pu interviewer la journaliste. Certains internautes ayant eu quand même le temps de poser leurs questions, nous avons tenté de reprendre les plus fréquentes d'entre elles.


Carole Gaessler
"L'écriture d'un journal est aussi quelque chose d'instinctif."

Comment se déroule une journée type quand on présente le 20h ?

Carole Gaessler : Je peux déjà vous dire que c'est une longue journée ! Il faut se lever tôt pour prendre connaissance des news. J'arrive à mon bureau chez France Télévisions vers 9h, je lis les journaux, tous ou presque, puis je retrouve l'équipe du journal pour un premier comité de rédaction. Les différents responsables de service (économie, politique étrangère, etc.) donnent chacun les titres qui leur semblent les plus importants dans leur domaine. Cette réunion dure assez longtemps. Ensuite on fait une petite pause pour digérer un peu tout ça. A 13h, je regarde le début du journal, puis on va déjeuner tous ensemble. De retour vers 14h30, on se replonge dans les dépêches, puis on retourne en réunion pour faire le point sur tout ce que l'on a dans notre besace. C'est à ce moment-là qu'on hiérarchise en petit comité les informations : définir les titres, le sujet d'ouverture, le thème le plus important du journal. Et ensuite, l'heure de l'antenne arrive assez vite.

 

Dans quelle mesure influez-vous sur le choix des sujets ?

Le travail de présentation est indissociable de ce choix. Il vous est impossible d'écrire un lancement ou une transition si vous n'êtes pas en harmonie avec la hiérarchie du journal. Vous participez à l'équilibre du rythme du journal. De toutes façons, c'est quelque chose que l'on sent, presque d'instinctif. Lorsque avec l'équipe on hésite sur l'ordre des sujets, c'est moi qui, en écrivant les transitions, trouve un enchaînement naturel, qui s'impose par l'écriture. Tout cela fonctionne comme une recette pleine d'ingrédients que l'on va plus ou moins changer, malaxer…

 

La course à l'audimat joue-t-elle un rôle dans cette hiérarchisation ?

Non, vraiment les seules questions qui se posent sont l'objectivité des informations et leur importance relative : quelle est l'information du jour ou de l'après-midi ? De plus, quand vous faites le journal du soir il faut faire avancer l'information au cours de la journée. Ensuite, il y a le rythme : on ne peut pas proposer juste une succession de sujets courts. Il faut laisser le temps au téléspectateur de se rentrer dans l'actualité, pendant le dossier ou l'enquête par exemple. Il faut savoir prendre le temps. C'est comme au cinéma, parfois on a envie que tout aille vite, puis que les choses s'installent. Il faut juste trouver un équilibre.

 

Et pour votre magazine "Immersion totale", comment choisissez-vous les thèmes ?

C'est un peu différent. On se réunit avec les membres de la production de Be Happy (Fremantle) devant un grand tableau, sur lequel on inscrit toutes les idées qui nous passent par la tête. Ensuite, on demande à plusieurs collaborateurs comptables, spécialistes des études : quels lieux avez-vous envie d'explorer ? Quel sujet aimeriez-vous suivre pendant 90 minutes ? On obtient ainsi des idées très diverses.

 

Quel sujet aimeriez-vous traiter dans votre émission ?

Le périphérique parisien. Parce que le périph', c'est un leitmotiv pour ceux qui l'empruntent tous les jours. On n'y voit pas grand-chose et pourtant, moi qui prends la porte de Châtillon tous les jours, je peux vous dire qu'il y a une véritable vie organisée là-dessous ! Vous avez les dépanneurs, les réseaux de surveillance, les techniciens qui posent les radars, et nous les Franciliens qui se le coltinons chaque jour ! J'aimerais aussi travailler sur les associations qui aident les jeunes "addicts", voire drogués, aux jeux vidéo et pour qui ça devient une vraie maladie.

 

Carole Gaessler
"S'immerger vraiment et longtemps dans un lieux est un travail de longue haleine."

Votre "Immersion" est-elle "totale" ?

Moi je ne reste pas 24h sur 24, mais des équipes se relaient pendant 4, 5 ou 6 semaines, pour au final 45 jours de tournage effectifs. C'est gros, c'est beaucoup. Quand je faisais un 26 minutes pour Envoyé Spécial, c'était 10 jours maximum. Mais être dans la durée est une des forces du magazine. Parce qu'on ne peut avoir une idée du quotidien, de la mécanique d'un lieu que dans sa continuité.

 

Cette force n'est-elle pas aussi une contrainte ?

Bien sûr. Déjà pour les personnes qui nous accueillent. D'ailleurs si on a beaucoup d'idées de sujets, on ne peut pas toutes les réaliser à cause de cette contrainte. Il faut aussi souvent beaucoup de temps pour convaincre les gens. Pour entrer dans un tribunal comme on l'a fait, suivre un procès d'Assises au quotidien, c'est un travail de longue haleine. Pour l'émission sur le tribunal de Troyes, nous avons été en contact avec le tribunal pendant un an et demi avant que ça n'aboutisse. L'adhésion des gens ne peut se faire que sur des bases de confiance. Et si la pérennité de l'émission nous ouvre aujourd'hui des portes, il reste nécessaire de prendre le temps de faire des repérages, d'habituer les gens à la caméra, etc.

 

Cela veut-il dire que les séquences les plus fortes sont les dernières que vous tournez ?

Très souvent en effet. Surtout dans des lieux où les personnes n'ont pas d'intérêt évident à montrer leur quotidien. Il faut faire naître l'envie chez eux de montrer leur travail, sans que la caméra ne transforme leur comportement. Il faut donc avoir les moyens matériels et psychologiques de rester longtemps, quitte à ne pas être opérationnel tout de suite.

 

Justement, n'est-il pas difficile psychologiquement de se désinvestir d'un sujet une fois le tournage terminé ?

Le plus difficile c'est pour les JRI (journalistes reporter d'images) qui construisent une relation très forte avec les gens. Certains d'ailleurs m'ont confié qu'ils préfèrent alterner, ne pas enchaîner deux tournages d'Immersion totale, prendre le temps de se poser. Parce qu'on ne sort pas indemne d'une telle expérience, il y a des choses très dures parfois, qui bouleversent. Il est nécessaire de garder une certaine distance tout en gardant une sensibilité à l'image.

 

Les plateaux entre les séquences premettent aussi au téléspectateur de prendre du recul ?

Oui, les plateaux sont souvent là lorsqu'il manque une clé de compréhension, une mise en perspective. Parfois on est tellement proche des gens qu'il faut créer de la distance. Car on est dans le réel pas dans la fiction. C'est un équilibre permanent entre recul et proximité.

 

Carole Gaessler
"L'ambiance d'un tribunal, l'attente d'un verdict sont des moments très forts."

Quel épisode vous a le plus marquée ?

Je pense que ça a été celui du tribunal de Troyes. Voir ces trois jeunes rattrapés par leur passé. Ils avaient fait un cambriolage quelques temps auparavant et pour x raisons, le procès n'a eu lieu que six ans plus tard. Et ils réalisaient seulement ce qu'ils avaient fait. Interroger la partie civile aussi, une postière qui avait été agressée et avait eu peur de mourir. Plus l'ambiance du tribunal avec le déploiement des forces de police, l'attente du verdict, l'annonce du délibéré… Tout ça sont des moments très très forts.

 

 

Certains comparent votre émission à Strip Tease. Quelle est la différence ?

Dans Strip Tease, on est le nez collé à la vitre. Les gens sont là, on les regarde vomir et on vomit avec eux. Je caricature exprès. Nous on essaie toujours de donner de la distance. Et c'est une grande différence.

 

Pour finir, quel est votre secret pour concilier votre vie de famille à votre rythme de travail ?

Vous savez, j'ai des copines qui travaillent comme des acharnées pour qui c'est bien pire et qui ont plus de mérite que moi de bien gérer leur vie de famille. Je suis comme des millions de mamans qui mènent leur vie au quotidien et qui s'organisent avec des maris modernes (on l'espère) et qui font leur part du boulot…

 

Carole Gaessler
"Aujourd'hui j'ai envie de m'inscrire dans la durée."

Certains internautes aimeraient vous voir au JT toute l'année. Vous y pensez ?

Mais qu'ils écrivent à ma direction surtout ! Je n'ai pas caché que j'avais arrêté le joker du 20h pendant quelque temps pour des raisons d'organisation personnelle. Vous aurez compris que quand tout le monde est en vacances, y compris mes enfants, je suis là… Et en effet aujourd'hui, j'ai envie de m'inscrire dans la durée. Car le journal c'est une mémoire quotidienne, avec des sujets qui durent et que l'on fait avancer. Or lorsque l'on est joker, on est surtout dans l'immédiateté, on fait ce qu'il y a à faire.

 

Des projets ?

Des projets ? Aller voir ma direction ! Non sérieusement, continuer Immersion totale et mon émission pour France 5 qui va prendre plus d'importance dans les mois qui viennent. France 5 qui m'a d'ailleurs fait d'autres propositions que j'examine. Je vais essayer de trouver un équilibre. D'autant que France Télévisions est un groupe qui permet quand même de faire beaucoup de choses différentes à des strates et niveaux complémentaires.

 

 

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