L'ex-candidat centriste François Bayrou, éliminé au 1er tour de l'élection présidentielle, a prononcé, le 25 avril, un discours dans lequel il évoque le second tour de l'élection et son avenir politique. Qu'en avez-vous pensé ?
Qu'attendiez-vous de cette déclaration ? Vous a-t-elle supris(e) ?
Sa déclaration ne m'a surpris que par sa rapidité. Je pensais que M. Bayrou attendrait la fin de l'élection présidentielle pour fonder un nouveau parti.
Ce qui me surprend énormément, par contre, ce sont les réactions très vives de certains internautes. On y apprend que le seul système légitime en France est le bipartisme (tiens donc ?), que M. Bayrou s'est sciemment mis à dos une bonne portion de son propre parti par opportunisme (une fine analyse, ma foi) ou qu'être professeur de Lettres est une tare (triste France).
Non vraiment, je me sens mieux quand je lis ces interventions : elles me confirment que je n'ai pas voté dans le camp de ceux qui confondent la politique avec un match de foot ou avec une chasse au dahu.
Que pensez-vous de la position adoptée par François Bayrou ?
Elle est en parfaite cohérence avec le discours qu'il a tenu tout au long de cette campagne. J'y ai personnellement découvert un François Bayrou qui ne se préoccupe pas de couleur politique, mais d'idées, de projets et de compétences. Il est à mes yeux le seul candidat qui ne s'est pas laissé entraîner sur les thèmes du FN, en particulier celui de l'identité nationale. Il a placé l'éducation et la réforme des institutions au centre de son projet ; il était grand temps qu'un politicien français le fasse.
M. Bayrou s'est engagé sur des idées auprès de son électorat, et tant que ces idées ne sont pas reprises par un candidat du second tour, il persiste à les défendre. Il me semble parfaitement normal de ne pas donner de consigne de vote dans ces conditions.
Que pensez-vous de la création d'un nouveau parti, le Parti démocrate, annoncé par l'ex-candidat centriste ?
Il n'y a pas d'autre alternative, c'est une évidence qui est apparue dès le milieu de la campagne avec la désertion des élus UDF trop frileux pour risquer leur siège face à l'UMP aux législatives.
Les clivages gauche/droite sont révolus depuis l'avènement des classes moyennes, c'est-à-dire depuis la fin des années 70. En témoignent la lente mais inéluctable agonie de l'électorat communiste et le ralliement à l'extrême-droite d'une partie conséquente des classes populaires.
Ceux qui font planer le spectre de la IVe République, en omettant soigneusement de parler de décolonisation, de Mendès-France ou du redressement exceptionnel de la France sous ce régime effectivement instable, se trompent.
N'en déplaise à ses détracteurs, le projet de M. Bayrou a emporté l'adhésion de 18 % de votants lors d'un scrutin avec une participation exceptionnelle, bien loin du score traditionnel de l'UDF. J'invite ces esprits chagrins à manifester moins de mépris envers l'électorat de François Bayrou, et à lire ce projet au lieu de critiquer aveuglément la personne ou de railler les initiales du Parti Démocrate.