La fonction d'arbitre est formidable, essentielle mais parfois ingrate. Il n'est pas toujours facile de faire respecter les règles du jeu. Faites-nous partager votre vocation pour l'arbitrage et vos expériences.
Quel sport arbitrez-vous et depuis combien de temps ?
J'ai été arbitre de foot, de tennis et, à l'occasion, de basket - épisodiquement, selon mes disponibilités, de 1968 à 1988.
Comment est née votre envie d’arbitrer ?
Ce n'était pas forcément une envie mais une obligation dans les clubs que je fréquentais pour être certain d'avoir un arbitrage impartial quand il n'y avait pas d'arbitre officiel...
Quels sont les côtés positifs de votre rôle ? Qu'en retirez-vous personnellement ?
D'abord, il faut connaître les règles. Ce que 90% des pratiquants ignorent et, probablement 98% des spectateurs. Ensuite, il faut savoir se faire respecter tout en respectant l'autre. C'est une excellente école de civisme, de tolérance et de respect d'autrui. Enfin, si vous êtes bon, cela se répercute sur vos différents clubs. Vous inspirez le respect et l'on respecte aussi votre club, ce qui entraîne une certaine responsabilité au niveau des dirigeants et des joueurs. Ce qui se traduit par un véritable progrès dans la relation entre joueurs et dirigeants.
Quels en sont les aspects plus difficiles ?
Au tennis, sans aucun doute les parents. Mauvaise foi, incompétence pour la connaissance du jeu mais aussi dans les valeurs éducatives. Il faut absolument que leur rejeton soit le meilleur. S'il perd c'est de la faute de l'arbitrage, du terrain, du temps, etc... car leur rejeton ne peut pas perdre parce qu'il est moins bon que son adversaire.
Pour le foot, chez les petits, c'est aussi les parents. Mêmes causes, mêmes effets. Pour le reste, c'est d'assumer ses erreurs, surtout quand elles ont des conséquences très importantes. D'ailleurs, quand on voit le nombre d'erreurs d'arbitrage dans le foot professionnel aujourd'hui, je me dis que je n'étais pas si mauvais que ça. A mon époque, avec autant d'erreurs, j'aurais terminé les bras en croix cloué sur la porte des vestiaires.
Avez-vous une anecdote particulière à raconter ?
J'ai viré ma future épouse du terrain de basket pour contestation permanente. Je crois qu'elle m'en veut encore, après 40 ans de mariage.
Selon vous, quels changements doivent être faits pour valoriser la fonction d’arbitre ?
La fonction d'arbitrage représente parfaitement la société, ses valeurs, ses intolérances, sa suffisance, ses égocentrismes.
Si l'on veut (re)valoriser la fonction d'arbitre, il faut mieux défendre les valeurs fondamentales de la société et de la démocratie. Vous ne pourrez faire respecter l'arbitre par des individus qui ne respectent rien en dehors du terrain. En Alsace, un club a dû dissoudre son équipe junior de football car les dirigeants (pourtant très compétents) ont été incapables de résoudre les problèmes de violence de certains joueurs. Vous me direz que c'est lamentable, mais ce n'est pas un problème lié au fooball, c'est celui de notre société.