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"Johnny Hallyday, c'était la France"

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On réagit, bien sûr, ce matin, à la mort de Johnny Hallyday.
 
Certains se demandent peut-être pourquoi sa disparition est une affaire nationale. C'est le Monde qui raconte sans doute le mieux, ce matin, comment le chanteur avait su entretenir, en près de 60 ans de carrière, et chez chacun de ses fans, «l'illusion de posséder en soi une part de jeunesse indestructible, résistante aux années, aux soucis d'argent, aux maladies et aux divorces», comment cet «emblème de la jeunesse au début des années 1960, régulièrement (moqué) par les défenseurs du bon goût / et tout aussi régulièrement redécouvert par l'intelligentsia/ avait fini par devenir un monument» français. Johnny Hallyday, écrit le Monde, «fut aimé des baby-boomeurs des années 1960, (puis) adoré par leurs parents réconciliés avec les yéyé. Puis par leurs enfants fredonnant «Marie», et enfin par leurs petits-enfants adorant hurler «La Musique que j'aime». En concert, c'étaient donc quatre générations de Français qui reprenaient en ch½ur, les mains croisées au-dessus de la tête, signe ultime du ralliement, l'implacable conclusion de la chanson «Gabrielle»: «J'ai refusé/Mourir d'amour enchaîné».
 
D'après Jean-Louis Fabiani, ce qui faisait Johnny Hallyday, c'était surtout son incroyable capacité de transformation. Ce sociologue rappelle dans le Monde ce que le journal américain USA Today avait dit un jour du chanteur: qu'il était «la plus grande rockstar dont vous n'avez jamais entendu parler». Certes, écrit-il, la personnalité d'Hallyday «intriguait» outre-Atlantique, mais bien que son image en France «ait été liée à une forme d'américanité, il (était resté) incompréhensible en dehors de la culture française, qu'il a fini par incarner». Comment Johnny Hallyday a-t-il apprivoisé, incarné cette culture? En parvenant, grâce à ses compositeurs et ses paroliers, à «transformer son propos au fil du temps pour épouser les changements culturels de l'époque: hippie au temps du Flower power, (puis en faisant) un tour vers la loi et l'ordre, en tançant le chanteur Antoine pour ses «cheveux longs et (ses) idées courte ». «Une sévérité qui ne l'a pas empêché pas, trente ans plus tard, de chanter le temps qui passe avec les rappeurs de Ministère A.M.E.R» - une capacité d'adaptation, de transformation, qui expliquerait qu'il ait pu être «à la fois l'inspirateur musical de Jean-Pierre Raffarin, et un acteur fétiche de Jean-Luc Godard». «Au-delà du marketing culturel et de la construction marchande du personnage, dixit Fabiani, il faut dire que Johnny Hallyday représentait plutôt bien (les Français): révolté votant à droite, en délicatesse avec le fisc, époux infidèle et gentil papa, chanteur américain dont on peut comprendre toutes les paroles». Bref, Johnny, «c'était la France».
 
«The French Elvis Presley of France is dead», annonce The New York Times: «le chanteur qui a captivé le public pendant près de 60 ans avec ses interprétations gauloises du rock and roll américain et sa turbulente existence en coulisses, est mort. I avait 74 ans». Le père du chanteur était belge. Et pour nos voisins, il fait aussi un peu partie du patrimoine national. «Johnny est parti: noir, c'est noir», écrit La Libre Belgique, en évoquant une vie menée «à fond de train». «Johnny était devenu plus qu'un artiste».
Mais celui qui a le mieux parlé de Johnny Hallyday, c'est sans doute lui-même. Dans un entretien accordé en 1998 à l'écrivain Daniel Rondeau, qui avait été très commenté à l'époque, notamment à cause de sa confession sur sa consommation de cocaïne, Johnny le taiseux avait accepté, pour une fois, de se livrer longuement. Une conversation republiée aujourd'hui par le Monde, où le chanteur disait avoir été lui-même «ébahi» par ses succès: «Mon étonnement dure encore (...). Maintenant, je me bats pour me défendre, pour me sauver, je n'ai plus la foi, ou plutôt je l'ai d'une autre façon. Je sais que je ne peux pas vivre autrement que je vis, c'est-à-dire en chantant (...) C'est ma sincérité, jusqu'à en crever».
 
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Publiée le : 06 décembre 2017

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