DESTINATION
Juin 2006
Sur les pas des modernistes
Loin de son Barri Gotic et de ses ruelles médiévales, Barcelone la Catalane a osé la nouveauté. EffervescenceTout débute vers 1880, lorsque la ville commence à étouffer sérieusement derrière ses remparts médiévaux et décide de s'agrandir. Un grand programme d'extension est alors organisé à l'est du centre, et un nouveau quartier, l'Eixample ("extension") voit le jour. Or, cette ouverture d'un champ de construction totalement libre coïncide avec une période d'effervescence culturelle et artistique. Dès lors, architectes de tous bords peuvent proposer leurs projets les plus étonnants. L'engouement prend et, très vite, un nombre croissant de chantiers se développe. Le phénomène des modernistes était né. Pour comprendre l'originalité du phénomène, il faut le remettre dans le contexte de la "Renaixença" catalane, où une élite intellectuelle curieuse redécouvrait l'héritage catalan et où tous les arts connaissaient un élan de créativité. La période connaissait un optimisme généralisé et un besoin d'innovations artistiques, répandu d'ailleurs dans toute l'Europe. C'est la période de l'Art Nouveau en France, du "stile Liberty" en Italie ou du style "Sezession" en Autriche. Les règles de l'art sont chamboulées, et l'on préfère à leur rigueur classique les courbes, le mouvement, la lumière et la vitalité.
Un nouveau styleLes modernistes cherchent en réalité à faire la synthèse des styles du passé, pour les intégrer et les dépasser en créant des assemblages nouveaux et imprévus. Les réalisations sont très éclectiques, et parfois rien ne les rapproche esthétiquement. Leur point commun est plutôt l'envie d'innover et le rejet des règles établies. D'autre part, la prolifération des projets et des réalisations les plus étonnantes entraînent un effet de stimulation entre les architectes. Ainsi, pendant une vingtaine d'années, les prouesses innovatrices des uns vont stimuler les audaces des autres, tout cela soutenu et encouragé par de nombreux commanditaires mécènes. Gaudi et sa troupe
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Très vite, Antonio Gaudi prend la tête du mouvement et s'impose comme une figure à part. Fin observateur de la nature, fasciné par les formes harmonieuses qu'elle crée, il infiltre ces modèles dans ses œuvres majeures. La casa Mila, plus connue sous le nom de Pedrera (la carrière) fut ainsi inspirée des falaises proches de Barcelone. Sa façade est sculptée en forme de vagues, avec des balcons forgés comme des algues et un toit semblable à une coque de bateau. Autre chef d'œuvre, le parc Güell était un projet de "cité-jardin", malheureusement inachevé.
De nombreux autres architectes ont gravé leur nom dans les rues de l'Eixample. Parmi eux, citons les deux voisins de Gaudi dans ce qui est appelé la "Manzana de la Discordia", qui signifie pomme de la discorde (avec un jeu de mot sur "manzana" qui veut également dire pâté de maison). Trois maisons voisines rivalisent d'audaces architecturales. Celle de Gaudi, la maison Batllo, est l'une des plus connues. Les deux autres sont les œuvres de Puig i Cadafalch et de Domènech i Montaner. Ces architectes explorent d'autres tendances, utilisant plus de lignes droites, avec un retour aux sources gothiques dans le Castell dels Tres Dragons de Montaner. Un autre architecte, Valeri i Pupurull se caractérise au contraire par de spectaculaires frontispices ondulants de conception typiquement art nouveau, comme le montre la maison Comalat.
Au final, le quartier de l'Eixample est devenu une sorte de musée vivant, où les réalisations les plus fantasques se découvrent aux détours des rues.
» Lire aussi : Antonio Gaudi et la Sagrada Familia
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