Du tourisme communautaire à la française

Dans certains pays d'Amérique Latine, d'Asie Centrale ou d'Afrique Australe s'est développé une forme de tourisme appelée tourisme communautaire ou community-based tourism en anglais. En France, des initiatives assez similaires se développent désormais dans les villes et plus principalement dans les quartiers ou banlieues où la solidarité entre les habitants est forte. Retour sur des projets entre les Quartiers Nord de Marseille et les alpages du Kirghizstan.

En l’an 2000, l’agence de coopération suisse Helvetas[1] lançait au cœur de l’Asie Centrale, au Kirghizstan, un projet de tourisme dit communautaire pour valoriser l’ensemble des patrimoines du territoire kirghiz au profit de la reconstruction économique du pays.

Le concept nommé « CBT – Community-Based Tourism » en anglais s’explique par le fait que ce type de projet touristique se base sur les habitants ou la communauté locale. Cette dernière gère et coordonne l’ensemble du projet touristique. Au Kirghizstan, aux quatre coins du pays, des habitants se sont regroupés au sein d’organisations locales pour offrir à des visiteurs nationaux et internationaux des prestations touristiques. Ainsi, les bergers, les femmes au foyer, les agriculteurs, les artisans, les jeunes, etc. proposaient des prestations d’hébergement (chez l’habitant ou sous la yourte), du guidage en montagne (à pied ou à cheval), de la restauration, de l’artisanat local sous forme  d’objets souvenirs ou encore des prestations culturelles. Ainsi, en se basant sur l’ensemble des patrimoines locaux (culture équestre, gastronomie locale, paysages montagneux et steppes, artisanat, monuments historiques, histoire des anciens et des bergers, etc.) et en les valorisant autour de prestations touristiques, ces habitants ont pu améliorer l’image d’un pays de l’ex Union Soviétique tout en améliorant leur condition de vie de tous les jours et en créant des emplois pour les jeunes des villages.
Onze ans plus tard, le projet est une grande réussite. Il devient impossible pour un voyageur de prendre une prestation non-estampillée « CBT ». L’ensemble des guides touristiques a mis en avant l’offre CBT dans leurs publications. Au Kirghizstan, plus de 20 villages ont créés leur antenne locale CBT. L’association nationale KCBTA[2] (Kyrgyz Community Based Tourism Association) basée dans la capitale Bishkek coordonne les antennes locales, organise des circuits à la carte pour des tours opérateurs internationaux et se déplace sur les grands salons du tourisme en Europe et en Asie. Enfin, le projet a fait des petits dans les pays voisins, au Kazakhstan, au Tadjikistan et en Ouzbékistan en se basant sur les patrimoines et identités de chaque territoire. Récemment une association du tourisme communautaire en Asie Centrale[3], regroupant l’ensemble de ces entités s’est même créée.
Le 1er janvier 2011, plus proche de chez nous, à Marseille, une société coopérative « Hôtel du Nord »[4] s’est créée pour offrir aux voyageurs de l’hébergement chez l’habitant, des balades participatives dans les quartiers Nord de la cité phocéenne et de la vente de produits locaux (savon de Marseille, fromage de chèvre affinée localement, livres et publications présentant le patrimoine local, etc.)  issus exclusivement des 15ème et 16ème arrondissements de Marseille.Se basant sur les patrimoines (naturel, culturel, bâti, historique, humain) de ces quartiers, les sociétaires et amis de la coopérative ont décidé de redorer l’image des quartiers Nord de la ville faisant ainsi, sans le savoir, un véritable tourisme communautaire à la française. Le voyageur peut ainsi rencontrer les habitants de ces quartiers, de comprendre leurs combats, leurs difficultés, leurs joies et leurs peurs et de suivre leurs projets qui visent à préserver leur cadre de vie, à améliorer la vie de l’ensemble des habitants, à donner des envies aux jeunes ou encore, tout simplement, à partager de bons moments de convivialité autour d’une Bouillabaisse ou d’un Pastis.

Le voyageur aura ainsi la change de rencontrer Michèle, Thérèse, Christine, Maxou ou Rose, de passer une nuit dans le quartier de la Mourepiane, de l’Estaque cher à Cézanne ou encore dans la cité de la Visitation, de découvrir la Savonnerie traditionnelle du Midi, de rencontrer Dominique à l’origine d’un projet exceptionnel de jardins partagées dans la cité sensible des Aygalades, renouant ainsi les liens sociaux entre les habitants et développant  l’entreprenariat et la citoyenneté dans les cités des quartiers Nord.



De nombreux projets exceptionnels sont ainsi suivis, appuyés et soutenus par la Coopérative qui offre ainsi un nouveau regard sur les quartiers Nord de Marseille aux voyageurs français mais aussi aux Marseillais eux-mêmes découvrant ou redécouvrant un quartier attachant aux clichés bien trop attachés….

Ainsi, comme au Kirghizstan, les habitants des 15ème et 16ème ont retrouvé une manière de valoriser leurs exceptionnels patrimoines au service d’un développement économique locale des habitants ainsi que pour une ouverture positive de ces quartiers à l’œil extérieur. Un magnifique projet citoyen, nominé en 2011 aux Trophées Voyages-sncf.com du Tourisme Responsable[5] dans la catégorie Tourisme Urbain.

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