Une chronique pour la Sibérie ? Vous n'y pensez pas !

L'auteur est tombé, voilà quelques années, amoureux fou de la Sibérie ! Faut-il pour autant l'interner ?


Et puis quoi encore ? Une chronique pour une région 27 fois plus grande que la France ? Une région avec une dizaine de chaines de montagnes, aussi imposantes que les Alpes: Oural, Altai, Saians, Bargouzine, Tcherskis, Oymiakon, etc. ?

Soyons sérieux, il me faudrait plusieurs volumes de l’Encyclopédia Britannica pour y loger ces vastes terres !

 Et puis à quoi bon que je me décarcasse pour un pays à la réputation perdue forgée par  les guerres d’Ivan le Terrible, les atrocités des goulags de la Kolyma, un pays figé par la glace et le permafrost, habitée par des nuages noirs de moustiques voraces ! Comme disent les Sibériens: "Au-delà de l’Oural, chaque kilomètre loin de Moscou nous éloigne un peu plus du XX° et du XXI° siècle".

Autant me demander de rédiger une brochure publicitaire pour les Adrars des Ifoghas !

Et pourtant…
(Photo : la chaîne des Tcherski, crédit : Gérard Guerrier, Allibert-Trekking)


Sylvain Tesson (dont beaucoup lui sera pardonné pour son amour de la Sibérie) nous disait que la Sibérie, devenait une terre rare, pour son froid, sa solitude et ses espaces : des luxes essentiels dans un monde en surchauffe !

 

Et oui, pour aimer ces terres aux horizons infinis, il faut avoir hérité un peu de l’âme de Pouchkine, bien entendu, mais aussi de Jack London et de Moitessier.  Pour aimer ces terres, il faut être un peu poète, orpailleur, navigateur… Et avoir de bonnes chaussures!


(Photo : troupeau de rennes, Yakoutie, crédit : Gérard Guerrier, Allibert-Trekking)


Des terres sub-polaires de Yakoutie aux rives presque méditerranéennes du Baïkal, la Sibérie enchantera les plus curieux avec ses multiples trésors :

 

-    La musique de la taïga : le tambour des pics noirs, le souffle  du décollage d’un Grand Coq, les grelots de paille et de feuilles qui bruissent au moindre courant d’air.

 

-   Le parfum des mousses légères et profondes, les lichens frais, les buissons de canneberges, de groseilles, de cassis et d’airelles des marais, le musc des troncs en décomposition sur lesquels les fourmis ont érigé d’énormes mamelons…

 

-  Le Baïkal, le lac de tous les superlatifs : le plus profond, le plus pur, le plus grand… Mais un lac, vous n’y pensez pas ! Une mer aux horizons infinis, aux reflets d’argent et d’azur ! D’ailleurs oubliez ce « lac » si vous ne voulez pas vous fâcher avec un Sibérien. S’il est patient, il vous expliquera que le Baïkal, ni lac ni même mer, est un océan d’eau douce, situé sur un rift, qui continue de s’ouvrir et sépare peu à peu le continent eurasien de la plaque de l’Amour. La plaque de l’Amour… Je n’invente rien !

 

-       Les falaises de marbre blanc de Sagan Zaba qui plongent dans les eaux de « l’océan Baïkal » où les chamanes ont gravé voilà plusieurs millers d’années des silhouettes de rennes ou de cerfs, de cavaliers armés qui sont battues par les vagues.

 

-        Les yeux bleu de Irina ou de Dasha, héritières de ces officiers décembristes occidentaux  déportés par Nicolas Premier, aux pommettes saillantes héritages des amours anciens entre ces aristocrates et les ancêtres de Gengis Khan…

 

-    Ses femmes et ses hommes issues d’ethnies en voie de disparition qui essaient de garder intactes leurs langues, traditions et croyances chamaniques : nomades, éleveurs de rennes ou de chevaux. Nénetses du Nord de l’Oural, évènes et Youkagirs de Yakoutie, Soyotes des Saians, Tchouktches du détroit de Béring, nomades éleveurs de rennes ou de chevaux, ils sont plus proches des Inuits ou des  cheyennes que des Moscovites !


(Photo : Glacier Tcherskis, crédit : Gérard Guerrier, Allibert-Trekking)


A l'heure des adieux, Misha, notre guide Yakoute,  nous embrasse, les yeux humides, en nous faisant jurer de revenir. Je remarque sur la poche de sa vareuse une tâche bleue. Encre ? Myrtille ? Ou mieux, encre de myrtille, car dans cette Sibérie  abandonnée par nos Dieux frileux, mais bénite par les esprits de la forêt, des lacs, des rivières et des montagnes, l’histoire s’écrit sûrement avec de l’encre de myrtille.


(Photo : Nomades évènes, crédit : Gérard Guerrier, Allibert-Trekking)

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