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Les dernières années de la vie de Rembrandt
L'histoire des arts et de la peinture recèle de destins
exceptionnels. Celui de Rembrandt Harmensz Van Rijn est inscrit
dans ses oeuvres et dans son style. Après avoir été
le portraitiste le plus couru d'Amsterdam, ce maître
de la peinture hollandaise est pauvre et seul à la
fin de sa vie. Il est pourtant un peintre reconnu et célèbre
mais cette renommée ne se traduit pas dans son quotidien
ni dans ses conditions de vie matérielles. Si Rembrandt
n'a jamais quitté sa Hollande natale il a connu une
vie pleine de surprises et surtout pleine de drames. Après
la mort de sa première femme en 1642, Rembrandt mène
une vie relativement décousue et instable. Mis en faillite
en 1656 puis sous tutelle un an après, il assiste à
la mort de sa troisième compagne, Hendrickje Stoffels,
en 1663 et à celle de Titus, son fils, en 1668. Les
années 1660 sont donc particulièrement difficiles
pour l'artiste et Rembrandt meurt en 1669, à l'âge
de 63 ans. Pourtant, il ne s'arrête pas de créer
pendant ces années et il pousse même les limites
de son art, tant dans le choix des sujets que dans leur représentation.
Profondément marqué dans sa vie d'homme, Rembrandt
se libère des conventions pour mieux révéler
son humanité et sa sensibilité.
Un style poussé à son maximum
Les seize tableaux rassemblés au Getty Center de Los
Angeles sont représentatifs des thèmes et du
style qui ont dominé la production artistique du peintre
dans ses dernières années. Ces portraits à
connotation religieuse présentent une série
de personnages peints à mis-corps, de face ou de profil.
Le clair-obscur dont Rembrandt s'est rapidement imposé
comme un des maîtres, permet à l'artiste de créer
des zones d'ombre et de les opposer à des teintes dorées.
Troublantes
et inattendues, ces oeuvres se caractérisent aussi
par une plus grande lourdeur dans le trait et dans la couleur.
Les empâtements et les couches de peinture se font plus
marqués et plus visibles que dans ses créations
précédentes. Mis en avant par les effets de
lumière, les visages des personnages sont soit baignés
d'une lumière évoquant le divin, soit gardés
dans l'ombre, signe de martyre ou de souffrance. Le visiteur,
confronté à ces portraits, est perturbé
par les regards et leur intensité. Certains l'affrontent
alors que d'autres fuient inexorablement, gardant ainsi tout
leur mystère. L'opposition des couleurs et des degrés
d'intensité de la lumière rend ces tableaux
plus humains. Les corps se détachent et s'animent.
Certaines zones, traitées avec minutie, s'opposent
à des parties plus grossières. Le génie
de Rembrandt, reconnu notamment dans son oeuvre la plus célèbre,
La Ronde de Nuit, prend ici une nouvelle dimension.
Le peintre se détache des conventions et pousse au
maximum son talent de portraitiste et de maître du clair-obscur.
Ce ne sont plus les portraits bourgeois des premières
années, portraits qui lui ont apporté fortune
et renommée. Le peintre est désormais libre
et totalement voué à sa création.
Des thèmes religieux détournés et
appropriés
Au-delà du style, c'est le choix des personnages et
leur représentation qui font la spécificité
des oeuvres et donc l'intérêt de l'exposition,
ciblée sur ces dernières années. Si le
thème religieux est récurrent dans les créations
de Rembrandt, il se généralise dans les dernières
années de sa vie.
Les raisons de ce choix ne sont pas claires mais il est certainement
en lien avec les conditions de vie matérielles et la
situation personnelle du peintre. Au final, ces oeuvres hésitent
entre le portrait classique et la représentation religieuse.
Le souci du détail est tel que le spectateur voit d'abord
la personne, l'individu représenté. Mais en
même temps, les emblèmes ou les postures font
inévitablement ressortir l'aspect religieux des portraits.
Le peintre multiplie en effet les représentations de
saints ou d'apôtres. Il se met lui-même en scène
dans un autoportrait où il prend les traits d'un saint
Paul enturbanné. Ici, l'épée portée
sous le bras, le turban et les feuilles servent de symbôles
de Saint Paul car ils évoquent son martyre, ses origines
orientales et les épîtres. Ce tableau fait partie
de l'importante collection d'autoportraits réalisés
par l'artiste. Quant à son portrait d'Hendrickje Stoffel,
peint en 1660, il évoque la Vierge par sa pose et son
air mélancholique. Ce rapprochement renforce la souffrance
déjà exprimée par la jeune femme malade
et affaiblie. Là encore, la liberté de Rembrandt
s'exprime dans la combinaison de thèmes traditionnels
et de sujets personnels.
Les 16 tableaux présentés au Getty Center révèlent
la sensibilité du travail de Rembrandt dans ses dernières
années. Ils illustrent cette humanité, étrangement
mêlée de symbolique religieuse qui caractérise
ses oeuvres. Le peintre parvient ainsi à attirer puis
à destabiliser le visiteur, comme par son regard dans
l'autoportrait, à la fois provocateur et implorant.
Renseignements
L'exposition "Rembrandt, les derniers portraits religieux"
se tient à Los Angeles au Getty Center, 1 200
Getty Center Drive, jusqu'au 28 août. »
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7 tableaux
exposés à Los Angeles
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