L'illusion de la nature sauvage
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La Venise verte
Photo L'Internaute / Romain ROGET
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Dédale de voies d’eau où la lumière perce au milieu des frênes, saules et autres peupliers,
le Marais poitevin offre l’image d’une nature authentique et d’un écosystème fragile. Pourtant, le Marais est le fruit atypique d’une interaction entre la nature et l’homme et, au-delà de la superbe et vulnérable, la
Venise verte****, il possède de nombreux visages. Recouvrant le golfe des Pictons qui amenait l’Atlantique aux portes de Niort, le Marais présente en effet de vastes étendues céréalières et une façade maritime.
» Voir le diaporama-photos sur
le Marais Poitevin» Un teritoire gagné sur la merLe golfe du Poitou ou encore des Pictons (peuple gaulois qui occupait alors la région) formait à l’Antiquité un triangle dont le sommet partait de Niort et le coté opposé allait de Longeville à Esnande. Composé de petites îles, il devint progressivement marécageux par les dépôts de l’océan et des alluvions. Ceux-ci furent amenés des "bassins versants", c’est-à-dire des territoires alentours faits de plaines calcaires, par de multiples cours d'eau qui irriguent encore le pays : la Sèvre Niortaise, la Vendée, l’Autize...
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La Sèvre Niortaise
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Alors que les habitants se concentraient dans les îles et tentaient de maîtriser en partie les cours d’eau, des moines s’installèrent dès le VIIème siècle à Saint-Michel-en-l’Herm et entamèrent des travaux de canalisation des eaux. Mais c’est surtout à partir du XIIIème siècle, au terme de la Guerre de Cent ans, que
la monarchie encourage les travaux d’aménagement des religieux. On retrouve des vestiges de cette présence avec
l’Abbaye de Maillezais** mais aussi dans le nom de certains canaux, comme celui des
Cinq Abbés. Plus tard,
Henry IV encourage les investissements hollandais des huguenots. En 1643, les premiers travaux d’assèchement massifs sont terminés.
» Un système complexeLes digues protégeant de la mer, équipées de portes à flot, permettent d’évacuer l’eau douce tout en ne laissant pas remonter l’eau de l’océan. Leur efficacité est renforcée par la présence de digues intérieures qui permettent de contenir l’eau provenant des bassins versants, notamment en temps de crue. La partie ouest, recueillant ces eaux douces, reste marécageuse :
c’est le marais mouillé****. Le
marais desséché*, parsemé de canaux drainants, peut alors être
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Le marais maritime est le fruit d'un processus d'envasement
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consacré à l’agriculture. La
baie de l’Aiguillon** constitue la partie maritime du Marais, où l’on peut admirer le Marais en devenir, progressant sur la mer, jusqu’au jour où il rejoindra peut-être
l’île de Ré.
Le Marais mouillé voit ses terres sortir de l’eau à partir de
Napoléon premier. Mais il reste une zone véritablement marécageuse, recouverte en hiver par la crue,
"l’évaïe". Son réseau de canaux, rigoles, conches, biefs et fossés fait de lui un territoire unique, un patchwork de prairies aux formes et tailles diverses.
» Un équilibre fragileLes travaux d’aménagement du Marais Poitevin ne s'arrêtent pas avec les huguenots mais se poursuivent aujourd'hui encore.
Le Marais mouillé, accident de parcours dans une entreprise d’assèchement, repose sur un équilibre fragile où l’homme est parvenu à reconstruire un écosystème riche et varié.
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La maison aux volets bleus
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Cependant, les passionnés doivent défendre avec ferveur leur zone de paradis face aux menaces qui pèsent sur lui : conflit avec les intérêts agricoles asséchant le marais par irrigation ou cherchant à limiter l’évaïe, présence invasive d’animaux ou de plantes extérieurs tels que le ragondin ou la jussie. Cette situation a d'ailleurs abouti en 1996 à la perte du classement en Parc Naturel régional.
Les amateurs de grand air et de calme pourront tout de même apprécier les jeux de lumières des rayons qui percent à travers les arbres, admirer les hérons cendrés ou pourprés et repérer les traces laissées par des loutres trop farouches pour être approchées.