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Septembre 2005

"Ma vie idéale est faite de voyages et de simplicité"

Christophe Cousin est venu en chat à L'Internaute à l'occasion de la sortie de son livre "Le Bonheur au bout du guidon". Il a dévoilé ses impressions et quelques anecdotes sur ce périple autour du monde.
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Comment finance-t-on un projet comme le vôtre ?
Christophe Cousin : Tout commence simplement par l'envie... Bien entendu, le facteur financier est important mais à mon sens, l'argent ne doit pas être un facteur limitant. J'ai donc travaillé pendant trois ans puis j'ai recherché quelques partenaires. Un an plus tard, j'étais sur la route.

Comment Christophe a-t-il "quitté" boulot, famille, amis ? Ca ne se fait pas sur un simple coup de tête...
Non, simplement sur un coup de pédale. Le premier soir, on ne se rend même pas compte que l`histoire durera si longtemps. Famille et amis sont restés dans mon cœur. Finalement, j'ai davantage pensé à eux sur la route que si j'étais resté en France. Quitter son travail ne fut pas tant difficile !

Pourquoi avoir choisi le vélo ?
A cette question, je dis souvent que c'est plus rapide que la marche et plus lent que la voiture... Mais dans le fond, tout le monde sur cette planète fait du vélo et c'est un moyen extraordinaire de se sentir autonome, donc libre de pouvoir sortir des sentiers traditionnels et se rapprocher des autres.

Avez-vous rencontré des problèmes techniques lors de votre aventure ?
D'innombrables. Des gentes aux freins et du caméscope aux sandales ! Mais en voyage, rien ne devient si compliqué... Dans les bouibouis du monde, on trouve toujours une solution et dans les villages les plus perdus, il y a toujours quelqu'un prêt à vous aider.

Comment vous êtes-vous préparé ?
Physiquement, aucunement ! Je poussais mon vélo en pleine Beauce et quelques mois plus tard, j'étais sur la deuxième plus haute route du monde à 5 300 m d'altitude, dans l'Himalaya. Psychologiquement, c'était un rêve... Techniquement, j'ai préparé le matériel de base : un vélo, l'équipement nécessaire au couchage, à la cuisine, etc.

Vous n'avez pas trop souffert physiquement ?
La souffrance fait partie d'un tel voyage. Je choisissais le chemin le plus difficile lorsque j'avais le choix : l'Himalaya et ses dénivelés, le Sahara et son sable, les Andes et le froid. Ce furent de durs moments. Mais c'est aussi en franchissant ces étapes qu'on atteint le bonheur !

Vous a-t-on proposé de l'opium à Mae Sot ?

Oui. Mais je n'en ai pas consommé. Je préfère le thé à la menthe.

Aviez-vous envisagé de partir à deux ? Ou à plusieurs ?
Initialement, la question s'est posée. Mais lorsque l'on n'a pas d'amis d'enfance prêts à partir et à tout laisser pendant deux ans et demi, on part finalement seul. Je ne regrette pas ce choix !

Quel est le pays que vous avez préféré ?

Le prochain ! Plus sérieusement, la Syrie fut une belle expérience, l'Inde, déstabilisante et la Chine, merveilleuse... Mais on trouve des brefs instants et des jolies rencontres dans chaque pays. Chaque destination a son lot de bonheurs et de désespoirs.

Aviez-vous décidé que vous partiriez 833 jours ?
"8+3+3 = 14 ; 4+1 = 5". Les numérologues y verront le chiffre du voyage ! Mais en fait, j'avais prévu de partir un an, un an et demi... Finalement, le temps n'a pas tant d'importance quand on est en voyage.

Ce voyage a-t-il bouleversé votre vision du monde ?
C'était l'objectif. Il fut atteint, bien entendu.

Vous n'êtes pas trop dégoûté du vélo après 30 000 km ?
Je n'ai jamais vraiment aimé le vélo en fait. Alors, les 30 000 km ne m'ont pas réconcilié... Le vélo était un moyen de transport, rien de plus.

Combien de pays avez-vous visité ?
J'ai traversé 27 pays.

Quel pays ou région avez-vous préféré ?

L'Asie fut merveilleuse mais les pays arabes sont autant de contes que j'entends encore chanter... Difficile donc de répondre.

Où logiez-vous ?
J'avais pris avec moi une tente qui me servait d'abri. J'acceptais l'hospitalité lorsque l'on me la proposait et parfois, je m'offrais le luxe d'une chambre d'hôtel sans fenêtre dans un bouiboui au fond d'un vieux quartier. Mais au bout du monde, on s'accommode de peu. Une grotte ou un fossé pouvait faire l'affaire. Une nuit passée à la belle étoile sur les hauts plateaux andins ou dans le désert reste un moment inoubliable.

Quel est l'objet le plus indispensable lors d'un tour du monde à vélo ?
Un livre.

Qu'aviez-vous emmené avec vous ?
La liste serait trop longue, mais le principal est du matériel de couchage, de cuisine, de réparation, des vêtements... Et des livres !

Vous n'avez pas été en Amérique du Nord. Pourquoi ?
Pendant mes études, j'avais déjà eu l'occasion de découvrir les Etats-Unis et le Canada. Mon souhait était de découvrir un monde qui me bousculerait culturellement. Par ailleurs, la vie en Occident est relativement chère. Je n'aurais jamais pu partir si longtemps.

Avez-vous mangé des choses étranges lors de votre voyage ?
Du chien au Vietnam, des mygales au Cambodge, pour les classiques. Sans oublier qu'on ne sait pas toujours ce que l'on mange. Mais là aussi, il faut relativiser. Pour les anglais, escargots et huîtres semblent impossibles à avaler. Donc, rien ne me choque vraiment.

Avez-vous dû changer de vélo en cours de route ?
Non, c'est toujours le même... Je suis d'ailleurs venu avec.

Ce n'est pas trop dur d'être seul, loin de ses proches pendant deux ans ?
Si bien entendu, mais chaque coup de pédale vous rapproche d'eux.

Pour vous, qui est la référence dans le monde du voyage ?
Je ne crois pas qu'il y ait UNE référence mais DES références. Je pense entre autres à Nicolas Bouvier ou Bernard Moitessier.

Dans la pratique, comment faisiez-vous pour l'alimentaire et l'hygiène corporelle ?
Le plus souvent, je mangeais "local" ce qui me permettait de découvrir un aspect culturel qui m'attire particulièrement, surtout après une étape de 80 km. Sinon, j'avais mon réchaud et j'adore faire la cuisine. Pour l'hygiène, il faut savoir faire sans, ou accepter de se laver avec un fond de gourde, parfois dans un torrent gelé.

Combien parcouriez-vous de kilomètres par jour, en moyenne ?

80 à 100 km.

A quoi pense-t-on quand on est sur son vélo toute la journée ?
A rien et à tout ! Rien de plus que : où mangerai-je ce soir ? Où vais-je ? Où est-ce que je dors ce soir ? Et parfois : qui suis-je et qu'est-ce que je fais là ? Les questions existentielles sont permanentes. Et puis l'environnement et les rencontres prêtent aux doutes et au questionnement.

Aviez-vous prévu des visas ?
Non, les visas se prévoient seulement quelques pays à l'avance.

Vous n'avez jamais eu envie de vous arrêter quelque part pendant un long moment ? C'était important pour vous d'en voir un maximum ?

L'objectif était de prendre le temps. Tout dépend après de ce que l'on appelle "long moment" ! J'ai particulièrement traîné en Egypte, en Inde et en Chine.

Comment avez-vous vécu votre emprisonnement à Damas ?

Mal ! Mais je ne dévoilerai pas ici les premières pages du livre !

Pourquoi avez-vous été arrêté ?
Parce qu'ils estimaient que j'avais dormi trop prêt d'une zone militaire. Le contexte géopolitique l'explique mieux : à l'époque, il y avait la guerre en Irak.

Qu'avez-vous pensé de la Mauritanie ?
Il y a beaucoup à en dire ! C'est un pays ravagé par les criquets mais merveilleux de rencontres. Les portes du désert à Chinguetti m'ont transformé.

N'avez-vous pas le sentiment de vous être mis naïvement en danger, en ce qui concerne la prison par exemple ?
En voyage, on fait des choix, on prend ses décisions à un l'instant "T". A l'époque, j'estimais mon choix de destination justifié et avec le recul aussi ! On est parfois embrigadé dans des situations dont il est difficile de sortir, quelque soit le lieu d'action.

Quelle est la chose la plus insolite qui vous soit arrivée ?

Des choses insolites, il y en a chaque jour quand on voyage. Je pense malgré tout à ma "nuit à 3" en Tunisie, invité par le vieux Mohammed (78 ans). Là encore, les situations ne sont pas les mêmes qu'en France ! On dort facilement à plusieurs, dans la même pièce que d'autres gens.

Comment as-tu géré les problèmes de santé ?
Difficilement, avec les moyens du bord. Mais l'exercice physique encourage à la résistance.

Quelle était la réaction des gens que vous rencontriez ?

Je disais rarement que j'étais en voyage autour du monde. Dans de nombreux pays, on comprend difficilement qu'on puisse voyager à vélo alors qu'on a les moyens de le faire autrement et sans souffrir.

Avez-vous rencontré d'autres voyageurs lors de votre périple ?
Bien entendu, il y en a de toutes sortes sur les routes du monde. A vélo ou non, d'ailleurs.

Aviez-vous préparé minutieusement votre feuille de route, ainsi que la durée du périple, avant de partir ?

J'avais en tête quelques pays qui me tenaient particulièrement à cœur mais cela s'est fait au jour le jour. Pour la durée, je comptais initialement partir moins longtemps.

Est-il possible de partir sans sponsor ?
Oui !

N'avez-vous jamais eu envie de vous installer dans l'un des pays visités ?
Non. Il faut savoir rentrer pour mieux repartir.

Y a-t-il des pays où il a été plus difficile de communiquer avec la population locale ?
Oui, en Chine. A chaque fois, j'essayais d'apprendre quelques mots de la langue du pays.

Comment vous est venue l'idée du livre ?

Ecrire est mon deuxième rêve après le voyage. Pour moi, l'un appelle l'autre.

Comment souteniez-vous la mission de l'UNESCO ?
Les enfants sont sur chaque bord de route. J'étais en quelque sorte le parrain du programme "Espérance et solidarité autour d'un ballon" et ma famille collectait des fonds pendant mon voyage pour les aider.

Y a-t-il eu des rencontres inquiétantes ?

Oui. Autant qu'on peut se l'imaginer en l'espace de 2 ans et demi.

En Chine, les difficultés étaient causées par la langue ou le manque de liberté ?
Par rapport à la langue. C'est une langue tonale et même "parler avec les gestes" était source d'incompréhensions.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite partir à l'aventure ?
Le plus dur, c'est de prendre la décision de partir. Point d'autre conseil à donner.

Avant votre voyage, quel style de vie vous correspondait ? Et maintenant ?
Au fond, on reste le même. Ma vie idéale est faite de voyages et de simplicité. Avant, j`avais le costume et la cravate et maintenant, j'ai la barbe... Je me sens donc plus proche de mes aspirations.

N'as-tu pas peur que désormais, tes prochains voyages soient fades au regard de tout ce que tu as vécu ?
Non. L'essentiel est de garder cette capacité d'émerveillement et c'est ce que vous rappelle le voyage en permanence.

Est-ce vrai que vous allez faire un film ?
Je suis rentré avec 60 heures de rush donc je l'espère oui. C'est en cours de réalisation.

Qu'avez vous ressenti en pilotant le PC course de Maud Fontenoy ?

Piloter un PC course n'a rien à voir avec tenir les avirons et ramer ! J'étais donc très admiratif.

C'est pour quand le film ?
Tout dépend des chaînes, l'année prochaine probablement.

Quels sont vos futurs projets ?
Repartir, bien entendu. Puis fonder une famille en voyage et créer une entreprise à l'étranger. De doux rêves que l'on cultive chaque jour.

As-tu un blog ?
Non, mais un site web en cours de rénovation.

Vous travaillez depuis que vous êtes rentré ? Ou vous avez d'abord écrit votre livre et comptez repartir ?
J`ai d'abord écrit le livre ! Je suis dans une grande phase de questionnement mais le voyage est un vrai virus !

Koh-Lanta, ça vous tente ?
J`y suis allé mais sans la télé ! C'est une île du sud de la Thaïlande. Quant à l'émission, je n`y pense pas un instant !

Vous avez trouvé votre bonheur au bout du guidon ?

Oui ! Car il est en chaque jour...

Christophe Cousin : Merci à tous pour vos questions... Bon vent aux voyageurs et aux rêveurs et à tous, j'attends vos réflexions sur le livre car l'aventure continue.

En savoir plus Le Bonheur au bout du guidon

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 Christophe Cousin 
 
 Laetitia Devillars, L'Internaute
 
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