| Comment
finance-t-on un projet comme le vôtre ? Christophe Cousin :
Tout commence simplement par l'envie... Bien entendu, le facteur financier est
important mais à mon sens, l'argent ne doit pas être un facteur limitant. J'ai
donc travaillé pendant trois ans puis j'ai recherché quelques partenaires.
Un an plus tard, j'étais sur la route. Comment
Christophe a-t-il "quitté" boulot, famille, amis ? Ca ne se fait pas sur
un simple coup de tête... Non, simplement sur un coup de pédale. Le premier
soir, on ne se rend même pas compte que l`histoire durera si longtemps. Famille
et amis sont restés dans mon cœur. Finalement, j'ai davantage pensé à eux
sur la route que si j'étais resté en France. Quitter son travail ne fut pas tant
difficile ! Pourquoi avoir choisi le vélo ? A cette question,
je dis souvent que c'est plus rapide que la marche et plus lent que la voiture...
Mais dans le fond, tout le monde sur cette planète fait du vélo et c'est un moyen
extraordinaire de se sentir autonome, donc libre de pouvoir sortir des sentiers
traditionnels et se rapprocher des autres. Avez-vous rencontré des
problèmes techniques lors de votre aventure ? D'innombrables. Des gentes
aux freins et du caméscope aux sandales ! Mais en voyage, rien ne devient si compliqué...
Dans les bouibouis du monde, on trouve toujours une solution et dans les villages
les plus perdus, il y a toujours quelqu'un prêt à vous aider. Comment
vous êtes-vous préparé ? Physiquement, aucunement ! Je poussais mon vélo
en pleine Beauce et quelques mois plus tard, j'étais sur la deuxième plus haute
route du monde à 5 300 m d'altitude, dans l'Himalaya. Psychologiquement,
c'était un rêve... Techniquement, j'ai préparé le matériel de base
: un vélo, l'équipement nécessaire au couchage, à la cuisine, etc. Vous
n'avez pas trop souffert physiquement ? La souffrance fait partie d'un
tel voyage. Je choisissais le chemin le plus difficile lorsque j'avais le choix
: l'Himalaya et ses dénivelés, le Sahara et son sable, les Andes et le froid.
Ce furent de durs moments. Mais c'est aussi en franchissant ces étapes qu'on atteint
le bonheur ! Vous a-t-on proposé de l'opium à Mae Sot ?
Oui. Mais je n'en ai pas consommé. Je préfère le thé à la menthe.
Aviez-vous envisagé de partir à deux ? Ou à plusieurs ?
Initialement, la question s'est posée. Mais lorsque l'on n'a pas d'amis d'enfance
prêts à partir et à tout laisser pendant deux ans et demi, on part finalement
seul. Je ne regrette pas ce choix ! Quel est le pays que vous avez
préféré ? Le
prochain ! Plus sérieusement, la Syrie fut une belle expérience, l'Inde, déstabilisante
et la Chine, merveilleuse... Mais on trouve des brefs instants et des jolies rencontres
dans chaque pays. Chaque destination a son lot de bonheurs et de désespoirs.
Aviez-vous décidé que vous partiriez 833 jours ? "8+3+3
= 14 ; 4+1 = 5". Les numérologues y verront le chiffre du voyage ! Mais en
fait, j'avais prévu de partir un an, un an et demi... Finalement, le temps n'a
pas tant d'importance quand on est en voyage. Ce voyage a-t-il bouleversé
votre vision du monde ? C'était l'objectif. Il fut atteint, bien entendu.
Vous n'êtes pas trop dégoûté du vélo après 30 000 km ?
Je n'ai jamais vraiment aimé le vélo en fait. Alors, les 30 000 km ne
m'ont pas réconcilié... Le vélo était un moyen de transport, rien de plus.
Combien de pays avez-vous visité ? J'ai traversé 27 pays.
Quel pays ou région avez-vous préféré ? L'Asie fut merveilleuse
mais les pays arabes sont autant de contes que j'entends encore chanter... Difficile
donc de répondre. Où logiez-vous ? J'avais pris avec moi
une tente qui me servait d'abri. J'acceptais l'hospitalité lorsque l'on me la
proposait et parfois, je m'offrais le luxe d'une chambre d'hôtel sans fenêtre
dans un bouiboui au fond d'un vieux quartier. Mais au bout du monde, on s'accommode
de peu. Une grotte ou un fossé pouvait faire l'affaire. Une nuit passée
à la belle étoile sur les hauts plateaux andins ou dans le désert reste
un moment inoubliable. Quel est l'objet le plus indispensable lors
d'un tour du monde à vélo ? Un livre. Qu'aviez-vous emmené
avec vous ? La liste serait trop longue, mais le principal est du matériel
de couchage, de cuisine, de réparation, des vêtements... Et des livres !
Vous n'avez pas été en Amérique du Nord. Pourquoi ? Pendant mes
études, j'avais déjà eu l'occasion de découvrir les Etats-Unis et le Canada. Mon
souhait était de découvrir un monde qui me bousculerait culturellement. Par ailleurs,
la vie en Occident est relativement chère. Je n'aurais jamais pu partir si longtemps.
Avez-vous mangé des choses étranges lors de votre voyage ?
Du chien au Vietnam, des mygales au Cambodge, pour les classiques. Sans oublier
qu'on ne sait pas toujours ce que l'on mange. Mais là aussi, il faut relativiser.
Pour les anglais, escargots et huîtres semblent impossibles à avaler. Donc, rien
ne me choque vraiment. Avez-vous
dû changer de vélo en cours de route ? Non, c'est toujours le même...
Je suis d'ailleurs venu avec. Ce n'est pas trop dur d'être seul,
loin de ses proches pendant deux ans ? Si bien entendu, mais chaque coup
de pédale vous rapproche d'eux. Pour vous, qui est la référence dans
le monde du voyage ? Je ne crois pas qu'il y ait UNE référence mais DES
références. Je pense entre autres à Nicolas Bouvier ou Bernard Moitessier.
Dans la pratique, comment faisiez-vous pour l'alimentaire et l'hygiène
corporelle ? Le plus souvent, je mangeais "local" ce qui me permettait
de découvrir un aspect culturel qui m'attire particulièrement, surtout après une
étape de 80 km. Sinon, j'avais mon réchaud et j'adore faire la cuisine. Pour l'hygiène,
il faut savoir faire sans, ou accepter de se laver avec un fond de gourde, parfois
dans un torrent gelé. Combien parcouriez-vous de kilomètres
par jour, en moyenne ? 80 à 100 km. A quoi pense-t-on quand
on est sur son vélo toute la journée ? A rien et à tout ! Rien de plus
que : où mangerai-je ce soir ? Où vais-je ? Où est-ce que je dors ce soir ? Et
parfois : qui suis-je et qu'est-ce que je fais là ? Les questions existentielles
sont permanentes. Et puis l'environnement et les rencontres prêtent aux doutes
et au questionnement. Aviez-vous prévu des visas ? Non,
les visas se prévoient seulement quelques pays à l'avance. Vous
n'avez jamais eu envie de vous arrêter quelque part pendant un long moment ? C'était
important pour vous d'en voir un maximum ? L'objectif était de prendre
le temps. Tout dépend après de ce que l'on appelle "long moment" ! J'ai
particulièrement traîné en Egypte, en Inde et en Chine. Comment avez-vous
vécu votre emprisonnement à Damas ? Mal ! Mais je ne dévoilerai pas ici
les premières pages du livre ! Pourquoi avez-vous été arrêté ?
Parce qu'ils estimaient que j'avais dormi trop prêt d'une zone militaire.
Le contexte géopolitique l'explique mieux : à l'époque, il y avait la guerre
en Irak. Qu'avez-vous pensé de la Mauritanie ? Il y a beaucoup
à en dire ! C'est un pays ravagé par les criquets mais merveilleux de rencontres.
Les portes du désert à Chinguetti m'ont transformé. N'avez-vous pas
le sentiment de vous être mis naïvement en danger, en ce qui concerne la prison
par exemple ? En voyage, on fait des choix, on prend ses décisions à
un l'instant "T". A l'époque, j'estimais mon choix de destination justifié et
avec le recul aussi ! On est parfois embrigadé dans des situations dont il est
difficile de sortir, quelque soit le lieu d'action. Quelle est la
chose la plus insolite qui vous soit arrivée ? Des choses insolites,
il y en a chaque jour quand on voyage. Je pense malgré tout à ma "nuit
à 3" en Tunisie, invité par le vieux Mohammed (78 ans). Là encore, les
situations ne sont pas les mêmes qu'en France ! On dort facilement à plusieurs,
dans la même pièce que d'autres gens. Comment
as-tu géré les problèmes de santé ? Difficilement, avec les moyens du
bord. Mais l'exercice physique encourage à la résistance. Quelle
était la réaction des gens que vous rencontriez ? Je disais rarement
que j'étais en voyage autour du monde. Dans de nombreux pays, on comprend difficilement
qu'on puisse voyager à vélo alors qu'on a les moyens de le faire autrement
et sans souffrir. Avez-vous rencontré d'autres voyageurs lors
de votre périple ? Bien entendu, il y en a de toutes sortes sur les routes
du monde. A vélo ou non, d'ailleurs. Aviez-vous préparé minutieusement
votre feuille de route, ainsi que la durée du périple, avant de
partir ? J'avais en tête quelques pays qui me tenaient particulièrement
à cœur mais cela s'est fait au jour le jour. Pour la durée, je comptais initialement
partir moins longtemps. Est-il possible de partir sans sponsor ?
Oui ! N'avez-vous jamais eu envie de vous installer dans l'un
des pays visités ? Non. Il faut savoir rentrer pour mieux repartir.
Y
a-t-il des pays où il a été plus difficile de communiquer avec la population locale
? Oui, en Chine. A chaque fois, j'essayais d'apprendre quelques mots
de la langue du pays. Comment vous est venue l'idée du livre ?
Ecrire est mon deuxième rêve après le voyage. Pour moi, l'un appelle l'autre.
Comment souteniez-vous la mission de l'UNESCO ? Les enfants
sont sur chaque bord de route. J'étais en quelque sorte le parrain du programme
"Espérance et solidarité autour d'un ballon" et ma famille collectait des fonds
pendant mon voyage pour les aider. Y a-t-il eu des rencontres inquiétantes
? Oui. Autant qu'on peut se l'imaginer en l'espace de 2 ans et demi.
En Chine, les difficultés étaient causées par
la langue ou le manque de liberté ? Par rapport à la langue. C'est une
langue tonale et même "parler avec les gestes" était source d'incompréhensions.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite partir à
l'aventure ? Le plus dur, c'est de prendre la décision de partir.
Point d'autre conseil à donner. Avant votre voyage, quel style de
vie vous correspondait ? Et maintenant ? Au fond, on reste le même.
Ma vie idéale est faite de voyages et de simplicité. Avant, j`avais le costume
et la cravate et maintenant, j'ai la barbe... Je me sens donc plus proche de mes
aspirations. N'as-tu pas peur que désormais, tes prochains voyages
soient fades au regard de tout ce que tu as vécu ? Non. L'essentiel est
de garder cette capacité d'émerveillement et c'est ce que vous rappelle le voyage
en permanence. Est-ce vrai que vous allez faire un film ?
Je suis rentré avec 60 heures de rush donc je l'espère oui. C'est en cours de
réalisation. Qu'avez vous ressenti en pilotant le PC course de Maud
Fontenoy ? Piloter un PC course n'a rien à voir avec tenir les avirons
et ramer ! J'étais donc très admiratif. C'est pour quand le film
? Tout dépend des chaînes, l'année prochaine probablement.
Quels sont vos futurs projets ? Repartir, bien entendu. Puis fonder
une famille en voyage et créer une entreprise à l'étranger. De doux rêves que
l'on cultive chaque jour. As-tu un blog ? Non, mais un site
web en cours de rénovation. Vous travaillez depuis que vous êtes
rentré ? Ou vous avez d'abord écrit votre livre et comptez repartir ?
J`ai d'abord écrit le livre ! Je suis dans une grande phase de questionnement
mais le voyage est un vrai virus ! Koh-Lanta, ça vous tente ?
J`y suis allé mais sans la télé ! C'est une île du sud de la Thaïlande. Quant
à l'émission, je n`y pense pas un instant ! Vous avez trouvé votre
bonheur au bout du guidon ? Oui ! Car il est en chaque jour...
Christophe Cousin : Merci à tous pour vos questions... Bon vent aux voyageurs
et aux rêveurs et à tous, j'attends vos réflexions sur le livre car l'aventure
continue.
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