"J'aimerais
achever mon passage sur terre en beauté, dans les glaces
et dans l'action."
Pourquoi
avoir quitté vos études scientifiques à
24 ans ?
Les enfants de ma génération rêvaient de cow-boys et
d'eskimos. En ce qui me concerne, j'étais passionné par
les igloos, les chiens de traîneau, les grandes courses
sur la banquise… Et puis il y a une question de gènes, l'attrait
de la vie sauvage, de l'inconnu… L'appel du Grand Nord est
donc pour moi un rêve d'enfant, ce qui doit signifier que
je suis resté enfant en vieillissant, et que je n'ai pas
voulu abandonner mes rêves. Lors de mes études scientifiques,
j'avais le projet de partir dans ces régions arctiques,
à la suite d'un premier voyage en Islande. J'ai donc pointé un
lieu sur la carte sans trop croire à l'accomplissement de
ce projet, et j'ai passé une année entière dans un village
très peu couru des étrangers, à l'Ouest du Groenland. Là,
j'ai appris la pêche, les chiens, la chasse, etc. Depuis,
je suis explorateur, ou voyageur professionnel.
Comment s'est passée votre intégration
dans cette communauté Inuit ?
Très naturellement. Tout s'est passé à peu près comme
je l'avais imaginé. J'ai débarqué sur l'inlandsis
[ndlr : glacier continental] depuis
lequel j'ai fait un petit raid, sans grand intérêt par
rapport à ce que je vivrais par la suite. Je suis redescendu
vers un petit village sans pouvoir l'atteindre car il
était sur une île, et là j'ai été récupéré par un individu
grassouillet, souriant, et qui est devenu mon père adoptif.
Pendant des mois je suis resté dans sa famille, participant
aux activités quotidiennes : la chasse, la pêche, etc.
Toutefois, je voulais mon indépendance. Je suis donc parti
à la ville où j'ai travaillé comme docker pendant deux
mois. Ayant gagné un peu d'argent, j'ai pu acheter du
bois pour construire mon traîneau, j'ai pu me procurer
des chiens et un fusil, et je suis retourné dans mon village.
J'ai clôturé cette année par un raid solitaire vers le
Nord avec mes chiens et mon traîneau.