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01/11/2006
"Une aventure très particulière, dans un milieu extrême et sans concession"
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Parti, depuis le début du mois d'octobre, explorer les régions encore vierges de la Cordillera Darwin, à l'extrême sud du Chili, Christian Clot nous raconte ce rêve impossible, et sa préparation à une telle entreprise. |
Située à l'extrême sud du Chili, la Cordillera
Darwin s'étend sur une péninsule à l'ouest de la Grande
Ile de la Terre de Feu."Dans la région des cinquantièmes
hurlants, au point de rencontre de deux océans, l'Atlantique et
le Pacifique, et des vents venus d'Antarctique, se dresse, comme
un dernier sursaut des Andes, une ultime cordillère : la Cordillera
Darwin. Elle se protège des intrusions humaines à l'aide d'une
météo très changeante et particulièrement violente. C'est pourquoi,
la majeure partie de son territoire reste aujourd'hui inexploré…
Préservée ainsi depuis des millénaires, elle dégage une étonnante
impression de début ou de fin des temps. Auprès d'elle, on pourrait
se croire revenu aux origines du monde."
C'est par ces mots que Christian Clot et Karine Meuzard nous
invitent à suivre leur exploration. Chef d'expédition et
membre de la Société des Explorateurs Français, Christian Clot
est parti début octobre en Patagonie. Il a pris le bateau pour
le versant sud de la cordillère de Darwin et s'est fait débarquer
avec un zodiac et 120 kgs de matériel dans le canal de Beagle.
Il a depuis rejoint un fjord d'où il tente d'accéder à la partie
inexplorée de la Cordillère. Avant de partir, il nous a donné
un avant-goût de son aventure...
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| "C'est en soit une aventure très
particulière, dans un milieu extrême et sans concession, à
la fois sportive et humaine". Photo
© uc2006-Christian CLOT |
Quel est l'objectif de cette nouvelle expédition
Ultima Cordillera ?
Basiquement, le but est d'effectuer une traversée
en solitaire de la partie centrale de la Cordillera Darwin en
Terre de Feu Chilienne. C'est en soit une aventure très particulière,
dans un milieu extrême et sans concession, à la fois sportive
et humaine. Mais dire cela serait loin de la vérité. Après une
première tentative en 2004 avec Karine Meuzard, et une expédition
où nous avons emmené des scientifiques en mars 2006, l'objectif
reste le même : acquérir la meilleure connaissance possible de
cet univers si particulier qu'est la Cordillera Darwin. Un univers
qui, malgré ses incessantes tempêtes a attiré tous ceux qui l'ont
approché.
Une connaissance que l'on veut la plus exhaustive
possible, tant objective au travers d'étude et de recherche "concrète"
que subjective et sensitive, au travers des sentiments perçus
lors de nos expériences dans ces montagnes. Ainsi, de cette aventure
engagée et sportive, j'attend surtout une meilleur connaissance
de ces lieux, de moi, de ce qui a poussé les hommes à
toujours vouloir aller voir plus loin. Une exploration d'un territoire
certes de petite échelle, loin des Grandes Explorations, mais
malgré tout dans leur continuité.
Pourquoi ces terres n'ont-elles jamais été
explorées ?
Tout d'abord une précision, nous parlons bien d'inexploré, de
vierge, et non pas d'inconnu. Cela fait une certaine nuance. Nous
savons, grâce à quelques images aériennes, ce qu'il y a
en gros dans ces montagnes. Mais tant qu'un homme n'y a pas été,
nous ne savons pas en fait réellement ce qu'elles sont ! Les habitants
primitifs de ces régions, les indiens Yamanas et Alakaluf qui
vivaient dans les canaux de la Terre de Feu voyaient dans ces
montagnes une terre interdite, le domaine du Dieu Mwono, des tempêtes
et des montagnes. Ils n'ont sans doute jamais été défier le domaine
des Dieux, aucun de leurs récits, nombreux, ne le raconte. Il
n'y avait rien de bon pour eux dans ces montagnes. Ces terres
ont ensuite été découvertes assez tard, finalement longées pour
la première fois dans les années 1830. Les marins d'alors n'étaient
pas alpinistes, et l'accès à ces montagnes est suffisamment
compliqué pour dissuader des tentatives. Un terrain et un climat
qui a repoussé la majeure partie des expéditions ayant
fait des tentatives en ces lieux. Même les sommets les plus connus,
à l'Est et à l'Ouest comme le mont Sarmiento, sont
surtout réputés pour les nombreux échecs qu'ils
provoquèrent. Il faut dire aussi que, durant bien des décades,
les occidentaux ne se sont intéressés qu'à l'Himalaya et
la conquête des 8000m, puis des 7000… seul les hautes altitudes
semblaient avoir grâce aux regards de bien des grimpeurs. Mais
aujourd'hui, bien des alpinistes découvrent les vertus de ces
espaces moins élevés, mais vierges, qui offrent des terrains d'aventures
exceptionnels. Je ne pense pas que cette zone reste vierge encore
bien longtemps… j'espère bien entendu qu'après mon passage elle
ne le sera plus, mais quoi qu'il arrive, il restera des dizaines
de sommets splendides a réaliser pour bien des générations d'amoureux
de beaux espaces.
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| "En fait, c'est plus un travail
régulier, de plusieurs années, sans interruption qu'une préparation
ponctuelle qui emmène à vivre ce genre d'aventure".
Photo © uc2006-Christian CLOT
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Qu'est-ce qui vous pousse à tenter ces expériences
extrêmes ?
La curiosité sans doute. L'envie d'aller voir ce qu'il y a derrière
la colline, le lac, la mer ou les montagnes. C'est avant tout
une envie de découverte qui me pousse vers ces terres. Après,
il se trouve que ces terres extrêmes sont celles où il
reste le plus à découvrir, à connaître. Ce sont
souvent aussi celles qui offrent le plus d'émotion, de sentiments
particuliers et intenses. Dans leurs aspects extrêmes, il y a
toujours une force et une beauté hors norme, qui compensent largement
les difficultés ou les peines pour y parvenir. L'aspect sportif,
l'engagement nécessaire, les techniques pures d'alpinisme ou de
mer par exemple, ne deviennent dès lors que des véhicules. Véhicules
nécessaires, pas toujours évident à acquérir en termes
physique et mental par exemple, mais qui ne sont là que pour nous
amener à des découvertes extraordinaires. J'entends souvent
dire que l'on peut très bien voyager chez soi, sans se déplacer.
C'est vrai pour bien des points. Mais il faut une imagination
extraordinaire pour arriver à seulement percevoir toute
la force qui existe dans certains lieux. On ne peut dire cela
qu'après avoir vécu ce genre de chose, car sinon, nous n'avons
aucun point de comparaison finalement… Aujourd'hui, plus j'avance
dans cette exploration des territoires extrêmes de notre monde,
mieux je sais comment voyager assis….
Vous allez vous retrouver absolument seul
et sans contact avec le reste du monde durant cette expédition,
comment vous y préparez-vous ?
Sans contact pas tout à fait, car j'aurai un téléphone
satellite qui me permettra de donner quelques nouvelles. Cela
dit, cela restera rare et relativement à sens unique. Je
ne sais pas comment je m'y prépare. C'est bête de dire cela non
? Pourtant ce n'est pas loin d'être vrai. J'ai plus l'impression
aujourd'hui d'être dans une sorte de mode de pensée permanente
qui me rend prêt à réagir instantanément à tout
ce qui se passe. Etre sans cesse prêt à réagir et à
changer de route si il le faut, ouvert à ce qui se passe,
sans exclusion, donne la possibilité de se laisser constamment
surprendre tout en étant prêt a réagir en conséquence. Bien entendu,
à côté de cela, il y a un entraînement physique permanent,
se maintenir au courant des évolutions des climats et terrains
du monde, du matériel… En fait, c'est plus un travail régulier,
de plusieurs années, sans interruption qu'une préparation ponctuelle
qui emmène à vivre ce genre d'aventure. Après, il y a bien
entendu l'apprentissage des techniques propres au projet en question,
qu'il faut acquérir, tout un matériel a préparer, réfléchir, mais
ce ne sont là que les véhicules comme je le disais plus haut.
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| "A côté de cela, je pense souvent
à Jorge, le capitaine du bateau qui nous a déposés
la première fois, qui nous à parlé d'une citée
perdue, interdite, au cœur des montagnes". Photo
© uc2006-Christian CLOT |
Ces contrées demeurent encore totalement inconnues,
y projetez-vous un fantasme particulier, de découvrir un monde
perdu ou une civilisation oubliée ?
Oui et non. Je n'y projette pas grand chose. Je cherche plus à
rester ouvert à recevoir ce qui va m'être offert dans un
univers d'une richesse rare. A côté de cela, je pense souvent
à Jorge, le capitaine du bateau qui nous a déposés
la première fois, qui nous à parlé d'une citée perdue,
interdite, au cœur des montagnes… un mythe local qui pour moi
représente beaucoup, car je suis persuadé que toutes ces expériences
me permettent de construire ma propre cité, en moi. C'est peut-être
cela que je vais chercher là-bas. La construction de ma
propre cité intérieure, mon univers… mais là il commence déjà
à ressembler à quelque chose qui me plaît beaucoup
Vous êtes-vous imprégné des légendes qui entourent
ce lieu de mystère ?
Bien entendu. La découverte d'un lieu implique pour moi d'en explorer
le plus de facette. J'aime entrer dans un nouvel univers sans
aucun préjugé, pour être prêt à prendre ce qu'il me donne
sans aller y chercher quelque chose que l'on m'aurait raconté,
ou sans guide qui, malgré ses compétences, me montrerait forcément
son univers comme lui le perçoit, comme il l'a appris. Je préfère
apprendre les techniques pour aller par moi-même, quitte parfois
à forcer un peu les choses. (Mais je le fais parce qu'au
fil des expériences on acquière une certaine connaissance de soit
et une manière de faire assez universelle dans chaque milieu,
soit dit en passant au cas où certaines personnes penseraient
par exemple se jeter sur l'Everest sans avoir jamais gravi la
colline derrière chez eux… ). Après, une fois cette première découverte
faite, mais aussi un peu avant, je fais des recherches les plus
larges possibles pour connaître le plus d'aspects d'un lieu, objectifs,
mystiques, scientifiques, quitte à mener mes propres études
parfois. Donc les légendes et coutumes des peuples, existants
ou disparus, sont bien entendu des bases de connaissance très
importantes, car au delà de leur intérêt en tant qu'histoire,
il y a assez peu de légendes qui ne partent pas de faits réels.
Pour la Cordillera Darwin, nous avons travaillé finalement près
de cinq ans avec Karine Meuzard pour réunir un ensemble de connaissances
sur ces montagnes et la Terre de Feu, jusqu'à demander à
Jorge qui a 75 ans d'écrire tous les récits oraux qu'il a entendu
le soir lorsque, entre pêcheurs dans le froid de l'hiver patagon,
on se raconte les veilles et plus récentes légendes et histoires
incroyables. Il y en a un grand nombre. C'est une des choses peut-être
les plus importantes dans la découverte d'un lieu…. Qui sait d'ailleurs
si un jour il n'y aura pas un livre de contes sur la Terre de
Feu raconté par Jorge et illustré par Karine… une belle conclusion
a notre découverte de la Cordillera Darwin, qui est devenue une
forme de sacerdoce choisi….
» Voir aussi :
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nos voyageurs
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