|
Ce long-métrage fut tourné avec des filtres spéciaux lui
permettant de filmer artificiellement des scènes de nuit en
pleine journée. Un titre qui porte en lui la métaphore de
l'artifice comme paravent ou comme prisme face à la vie réelle.
Un écho français pour ouvrir une biennale farouchement politique,
même si son objectif premier est de faire connaître au plus
grand nombre des artistes américains émergents.
De même que l'exposition "Notre Histoire" au Palais
de Tokyo tente un tour d'horizon de la création contemporaine
française, la Whitney Biennial cherche à donner une idée l'état
des lieux de la création contemporaine aux Etats-Unis.
Avec plus de 100 artistes présent, elle explore la réaction
artistique face à un ensemble de phénomènes esthétiques, sociaux,
politiques et culturels. Et met ainsi en exergue un certain
engagement à travers la pratique artistique. Car l'art émerge
d'un environnement politique. Il est un filtre de beauté ou
de sensations par rapport à des questionnements et des expériences
sur la violence, le religieux, le sombre, l'érotique ou l'irrationnel.
Dans une situation complexe, sur fond de guerre d'Irak, et
après les désastres naturels qu'ont connus les Etats-Unis,
la relation à l'événement est plus confuse et contradictoire.
D'un côté, ils sont omniprésents à travers les médias, mais
de l'autre, ils surgissent dans un lointain géographique mal
identifié, sans présence palpable, en dehors d'une bulle de
prospérité et de sécurité. Deux réalités en viennent à coexister
de façon schizophrénique, l'une prenant part à l'angoisse
et au désespoir, et l'autre vivant au contraire dans l'exubérance,
l'énergie et le rêve.
C'est cette réaction face à la confusion et
à la distorsion du réel que traque la biennale
de New York, au sein du Whitney Musem. Son architecture fait
d'ailleurs un écho étrange au thème de
la biennale par sa structure opaque, construite presque comme
une forteresse moderne fermée à toute influence
externe.
Le visiteur y est accueilli par la Peace Tower, une "tour
de paix", de Mark di Suverop et Rirkrit Tiravanija, dont les
origines remontent à la guerre du Vietnam, il y a 40
ans, lorsque son créateur l'implanta dans les rues
de Los Angeles comme marque de protestation. Ses 15 mètres
de haut sont désormais enrichis des signes de contributions
de plus de 200 artistes.
Littéralement un "jour pour une nuit", la
biennale cherche une vision du présent à travers
l'art, comme ce dernier tente sans doute de trouver un sens
derrière les images. Parce que c'est aussi notre monde
et notre actualité, la démarche du Whitney Museum
a le mérite de faire un état des lieux de la
création artistique, et de son exploration de nouvelles
valeurs dans un monde de plus en plus difficile à saisir.
|