Bernard
Voyer est un aventurier des temps modernes. D'origine
canadienne, il n'a eu de cesse depuis 30 ans de conquérir
les terres et les sommets les plus difficiles de la
planète. On ne compte plus le nombre de ses exploits,
mais on retient avec admiration et incrédulité
que cet homme a rejoint le pôle nord et le pôle
sud à ski, qu'il a gravi l'Everest et qu'il a
fait le tour du monde en passant par les plus hauts
sommets des sept continents.
Il se consacre aussi à témoigner de ses
extraordinaires aventures en donnant des conférences.
Mais au fait, qu'est-ce qui le pousse à gravir
les montagnes ?
Vous avez gravi l'Everest, atteint le pôle Sud et
le pôle Nord, traversé l'Arctique et l'Antarctique à
ski, et même fait le tour du monde en passant par les
plus hauts sommets de tous les continents ! D'où vous
vient cette envie irrépressible de gravir des montagnes
et d'accomplir de tels exploits ?
Je suis originaire de Rimouski, une petite ville au
bord du majestueux fleuve St-Laurent. Si large qu'on
ne peut pas voir l'autre rive. Très jeune, je me questionnait
sur ce qu'il y pouvait y avoir à l'horizon, c'est-à-dire
là où mes yeux ne peuvent plus voir. En escaladant un
petit rocher nommé le Rocher Blanc, avec ses 8 mètres
d'altitude, je pouvais ainsi voir plus loin… !! Mais
l'horizon existait toujours. J'ai consacré ma vie à
essayer de le rejoindre, d'y toucher.
A travers tous ces périples, vous avez certainement
rencontré des difficultés pouvant paraître insurmontables.
Vous est-il arrivé de vous faire vraiment peur, peut-être
même de croire que votre situation était sans issue
?
La peur est présente dans toute
aventure même celle de la Vie. En expédition, on se
rapproche de la Vie avec les joies, les émotions amplifiées
mais on ne peut se rapprocher de la Vie sans se rapprocher
également de la Mort. Les risques sont innombrables
: avalanches, tempêtes, chutes de pierres, crevasses,
éloignement, etc. C'est l'expérience et une connaissance
approfondie de soi-même qui diminue l'ampleur du risque.
Parmi tous vos fabuleux voyages, quel est celui dont
vous êtes le plus fier ?
Toutes mes grandes expéditions furent marquantes mais
l'atteinte des "3 pôles" : pôle Nord, pôle Sud et Everest
ainsi qu'une première mondiale (réalisée avec 2 amis
de France) furent sans aucun doute mes plus beaux "flocons".
Qu'est-ce qui est le plus difficile pour vous : partir
ou revenir ?
Rien n'est difficile. On part toujours pour revenir.
Sur le site
qui est consacré à vos expéditions, on peut voir un
planisphère indiquant par des drapeaux tous les endroits
du monde où vous êtes allé : il ne reste plus beaucoup
de places vierges. Avez-vous encore des rêves inaccomplis
?
Des rêves inaccomplis ? Des milliers ! Rêver est l'une
des rares activités encore gratuites. Je veux continuer
à apprendre l’hiver, à mieux connaître cette saison.
La glace a su guider ma vie. Là où elle se trouve, j’irai
la rejoindre : hautes montagnes, glaciers, banquises,
icebergs, calottes glaciaires.
Lorsque l'on a vécu comme vous des aventures aussi
extraordinaires que la conquête des pôles ou l'ascension
de toit du monde, est-il seulement possible de partager
les émotions ressenties avec les autres ?
J'ai presque toujours réalisé mes expéditions en équipe,
en petite équipe de 2 à 3 personnes. Dans ma vie citadine,
ce que je préfère le plus est de partager ce que j'ai
vécu par des conférences aux entreprises et dans les
écoles, et ce, presque tous les jours. J'ai eu la chance
de rencontrer au-delà de 175 000 gens d'affaires et
autant d'adolescents. À chacune de mes conférences,
je revis ces moments et j'ai le sentiment que ce que
j'ai vécu ne m'appartient pas entièrement. Je me dois
de le partager. Je me considère privilégié de raconter
l'histoire d'une passion, comment pour moi, il est essentiel
de rêver, se lever et partir.
Pour aller plus loin : Bernard Voyer est très préoccupé
par les questions d'écologie et s'est engagé
au service de la Conservation
de la Nature Québec dont il est l'ambassadeur
et membre du Conseil d'administration. Voici quelques
extraits d'un article dans lequel il témoigne
de son engagement
"J'ai observé les traces du recul des glaciers
en Nouvelle-Zélande, j'ai vu la banquise de l'Arctique
qui s'effrite à vue d'œil, je sais que les glaciers
du Kilimanjaro fondent à la vitesse d'un glaçon que
l'on mettrait sur la table, là devant nous. Ce n'est
pas dans 100 ans ou 200 ans que ces effets dévastateurs
se feront sentir, mais dans 15 ou 20 ans. C'est catastrophique
! Au Québec, la situation est préoccupante également.
Les changements climatiques risquent d'entraîner des
conséquences néfastes pour les populations, les écosystèmes
et sur la santé humaine. (...) Il est encore temps d'agir
pour protéger les îlots de nature qui n'ont pas encore
été touchés et profiter de notre faune et de notre flore
exceptionnelles. Selon moi, il faut faire vite, agir
ici et maintenant ! "
"Dès qu'un projet intéressant se présente, les
scientifiques de Conservation de la Nature procèdent
à l'analyse de la valeur écologique du site, puis on
poursuit les démarches qui mènent soit au legs, à la
donation ou à l'acquisition du terrain dans le but d'obtenir
des résultats concrets et rapides qui assureront la
protection à perpétuité du site. C'est ce pouvoir d'action
qui m'a fait accepter le rôle d'ambassadeur de Conservation
de la Nature."
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