Aviez-vous peur avant de partir ? Votre entourage a-t-il essayé de vous en dissuader ?
Lorsque je suis parti, je n'avais aucune expérience de la marche au long cours, je n'étais pas particulièrement sportif, j'ignorais tout des pays que j'allais traverser au-delà de l'Autriche, je devinais la vulnérabilité d'un homme seul, je mesurais le risque de revenir tout penaud à cause d'une interruption prématurée, j'ignorais dans quelles conditions je pourrais reprendre mon activité professionnelle ou bien encore comment évolueraient les relations avec mes proches après une si longue interruption. Je savais donc que je prenais des risques, je n'avais absolument aucune certitude d'arriver, mais ce n'était pas de la peur.
J'ai parlé à peu de personnes de ma décision avant de partir, probablement parce que, une fois décidé, je voulais m'épargner les inévitables mises en garde bienveillantes mais encombrantes. D'ailleurs, l'anecdote suivante résume bien la diversité des réactions : en déménageant mon appartement, j'ai raté la dernière marche de l'escalier. Résultat : une légère entorse et deux vertèbres déplacées dix jours avant le départ. Fâcheux contretemps. Parmi les rares personnes dans la confidence, certaines ont voulu y voir un signe. L'une m'a dit : "Le bon Dieu ne veut peut-être pas que tu partes." Une autre, au contraire : "Vois comme le démon fait obstacle à tout ce qui est bien."
Quels ont été les meilleurs moments de votre périple ?
Il y eut des rencontres drôles, touchantes ou poignantes, l'accueil des plus pauvres qui ouvrent leur maison avec une grande générosité, il y eut la traversée de grands espaces grandioses, comme en Anatolie ou dans les différentes chaînes de montagne que j'ai franchies. Il y eut bien sûr l'arrivée à Jérusalem et Bethléem où je parvins, en dépit des innombrables difficultés et comme je l'avais espéré huit mois auparavant, pour la nuit de Noël.
Mais si je ne devais retenir qu'un seul moment, ce serait peut-être celui de l'arrivée à Istanbul : lorsque je découvris Sainte-Sophie et les mosquées qui dominent le Bosphore, j'éprouvai une jubilation inouïe ; j'avais peine à croire que moi tout seul, avec ma tête et mes deux jambes, j'étais venu à pied de Paris, après 3400 km de marche. Paris-Istanbul à pied, cela représentait déjà une aventure en soi : de la Ville lumière à la Sublime Porte. Et en plus, cette aventure n'était pas finie, puisqu'elle allait se prolonger jusqu'à Jérusalem.
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Le site du voyage :
jerusalem-pedibus.net