"Pélerin d'Orient", par François-Xavier de Villemagne
Dans le labyrinthe des chemins qui conduisent à Jérusalem, François-Xavier de Villemagne a choisi les sentiers oubliés de l'Europe orientale, l'immense plateau anatolien et les déserts du Levant. Compagnon imaginaire des pèlerins de jadis, c'est à pied qu'il trace sa propre voie, en quête de paix intérieure.
Un récit qui fait vivre les rencontres, décrit les pays traversés et l'atmosphère d'une telle marche au long cours, mais qui fait aussi partager tout le cheminement intérieur de l'homme : pourquoi partir, comment affronter la solitude et, de sédentaire, devenir un passant ; que se passe-t-il dans la tête d'un marcheur sur un périple aussi long et quelles leçons en tirer pour une vie qui se poursuivra au-delà de l'extraordinaire de cette aventure.
Pèlerin d'Orient, À pied jusqu'à Jérusalem
: Éditions Transboréal - 368 pages - 99 photos
Prix public : 22,50 euros
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Un extrait du livre : "fous rire dans le désert"
« Une heure avant le couchant, je choisis ce groupe de maisons à un kilomètre de la voie ferrée. À peine une quinzaine dhabitations. Rien de plus consistant jusquà lhorizon alors que le soleil descend rapidement. Je dois absolument dormir là. Quoi quil arrive. Un Bédouin entre deux âges rentre chez lui à vélomoteur. Je tente ma chance. En anglais, en français. Surtout avec les mains. Il ne parle que larabe et je nen connais que des bribes. La "conversation" se prolonge. Finalement, Mehmed memmène chez lui. Dans ce désert, je ne lui laissais sans doute guère dautre choix
Commence alors une des soirées les plus étranges et les plus agréables de tout mon périple. Bien que nous nayons aucune langue en commun, je parviens à décrire lessentiel de mon aventure. Tous les hommes du hameau défilent dans lunique pièce nue aux murs de parpaings. Des nattes et tapis élimés couvrent une portion du sol en ciment. Je recommence mes explications, déplie mes cartes, baratine sans vergogne en français : lorsquon y adjoint un peu de gestes et beaucoup de conviction, une bonne partie du propos franchit la barrière de la langue. Mehmed en rajoute, très fier dexhiber un tel invité. Les femmes sont ailleurs. Tout juste dignes de préparer le repas, dapporter les plats et de se charger à nouveau de ma lessive. [
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Plusieurs hommes viennent dentrer et mon hôte recommence les présentations. Sur sa paume, il dessine dune main malhabile quatre lettres latines : "MHMD". Transposant la quasi-absence de voyelles dans lécriture arabe, il mécrit ainsi son nom. Quatre autres MHMD figurent dans la dizaine dhommes qui composent ma cour de ce soir. Avec eux, la soirée se prolonge et je commence à manquer dimagination pour la meubler lorsque jai soudain une idée de génie : jexhibe ma méthode Assimil darabe. En vis-à-vis, les mêmes phrases dans les deux langues. Mahmoud, lun des quatre MHMD, plutôt jovial et bien enveloppé, se pique dintérêt pour le livre quil parcourt avec attention. À chaque fois quil identifie une formule adaptée à la situation, il me la montre et jen regarde la traduction sur la page den face. La méthode voulant répondre aux besoins pratiques dun touriste occidental à létranger, Mahmoud mexhibe avec délectation des phrases comme :
"La climatisation nest-elle pas trop fraîche ?"
"Y a-t-il un bon restaurant dans les environs ?"
Ou bien encore :
"Ce lit nest pas confortable du tout. Jexige de voir le gérant de cet hôtel immédiatement !"
Dans la pauvre pièce unique dun lointain hameau du désert syrien, Mahmoud et moi piquons des fous rires inextinguibles. »
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Le site du voyage :
jerusalem-pedibus.net