"Le public (...) me prend pour un martien !"
Quels sont les objectifs que vous poursuivez à
travers ces expéditions ?
Le but essentiel est d'apprendre. Apprendre comment vivre
dans ces régions, non pas survivre mais plutôt comment s'adapter
à ces milieux. On peut toujours arriver avec de grandes
ambitions, toute une logistique, des moyens démesurés, mais
ça ne présente pas grand intérêt. Ce qui m'intéresse c'est
d'apprendre les gestes et les techniques qui permettent
de vivre confortablement dans un lieu qu'on qualifierait
de très hostile. J'aime la solitude, partir seul en expédition,
mais il indispensable de rencontrer les autochtones et de
voir comment ils s'y prennent. Par conséquent, il a aussi
fallu que j'apprenne à communiquer avec eux, par le russe
ou le "kalaallissut" qui est la langue parlée au Groenland.
Que ce soit dans le Sahara, dans la jungle ou dans le Grand
Nord, mon but a toujours été celui-ci. Après, je suis bien
sûr fasciné par ces tous ces peuples, et puis il y a aussi
un but sportif, un challenge personnel à chacun de ces voyages.
De quoi vivez-vous aujourd'hui ?
Je vis de livres, de photos, de films, de conférences,
parce qu'il faut bien financer ce travail de terrain.
Vous savez, quand on vit de manière aussi extrême, on
se sent très loin de ceux qui mènent une vie sur le modèle
occidental. Je m'en aperçois lorsque je donne des conférences,
j'ai beau parler, expliquer, le public s'intéresse mais
me prend tout de même pour un martien ! J'ai vraiment l'impression
d'être un étranger en France ou en Europe. Là où je me
sens bien, c'est dans la Toundra ou dans l'Arctique russe
qui a été le théâtre de mon expédition Arktika. Aujourd'hui,
nous sommes à l'ère du spectacle et de l'image, l'exploration
véritable ne dispose pas vraiment d'exposition médiatique.
Certaines expéditions se font au détriment des peuples
locaux qui voient cette débauche de moyens, d'argent et
d'équipements fluo avec recul et ironie. Tout ce qui est
relayé ou produit par les images et les médias est aujourd'hui
pris pour parole d'évangile. L'authenticité en pâtit forcément.
Quels sont vos projets en cours ?
Je travaille actuellement sur un livre pour les éditions
Laffont, il paraîtra mi-octobre. Mais surtout, je me prépare
à repartir. Puisque l'expédition Arktika m'a menée au
Détroit de Béring, je vais continuer dans cette direction,
poursuivre à travers l'Alaska, le Canada et le Groenland.
Ce qui m'intéresse, c'est de vivre de manière encore plus
intime avec le milieu, et de continuer à apprendre.
Où aimeriez-vous finir vos jours ?
Evidemment, je n'ai pas de sécurité sociale ni de retraite,
j'aimerais donc achever mon passage sur terre en beauté,
dans les glaces et dans l'action.
Pour plus d'informations
: le site officiel de l'expédition www.arktika.org