rechercher

Services personnalisés gratuits : Inscrivez-vous | Accès membres

Accès membres : merci de vous identifier Mot de passe oublié ?

Bienvenue Prénom / Mon compte

Si vous n'êtes pas Prénom, cliquez ici / Déconnexion

L'Internaute > Voyager >
L'Indonésie > Philippe Fouchard
 INTERVIEW 
Décembre 2005

« Avec la photo, je veux rester dans le couloir de mes rêves »

Philippe Fouchard a souhaité faire découvrir aux amoureux du voyage cette destination qu'il affectionne tout particulièrement. Avec plus de 200 photographies, il a su capter les mille et une beautés de l'Indonésie. Il nous dévoile ici ce qui le conduit à voguer dans le plus grand archipel du Monde.
Envoyer à un ami|Imprimer cet article

Pourquoi avoir choisi l'Indonésie comme destination ?
Par hasard ! Je suis parti avec mon sac photo, mes pellochs et quelques fringues dans ce pays dont je ne connaissais que Bali et ses plages, pour arriver à Sumatra chez les Minangkabau, ethnie de l'ouest de cette île. J'ai rencontré une Française dans un bar, marié à un Indonésien. Quelques trips dans la jungle, des rencontres, des nuits de discussion, la musique, des jours passées dans les bus et je suis tombé amoureux de l'Indonésie, à tous les niveaux... Ma femme est indonésienne ! J'ai un besoin inépuisable de découvrir de nouveaux paysages et de rencontrer de nouveaux êtres humains. Je me nomme le "voyageur-photographe" !

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué lors de vos différents séjours là-bas ?
J'ai travaillé dans la province d'Aceh, sur le lieu du tsunami, au mois de mars. J'étais gavé d'images par les médias en décembre 2004 mais attiré comme un "voyeur" par cette catastrophe. Je repoussais ce voyage maintes et maintes fois. Mon éditrice m'a demandé des photos pour le livre, nous ne voulions pas, avec Antony Guéreirro, l'auteur texte du livre, faire un livre d'actualité. Malgré tout il fallait témoigner par quelques clichés. Rejoignant un ami indonésien, travaillant à la Croix Rouge Internationale, débarqué de l'avion une heure plus tôt, la poussière, la chaleur et la fatigue aidant, je me suis mis à pleurer à chaudes larmes en shootant mes premiers clichés. Je suis trop sensible, ce qui ressort dans mes photos. J'ai vu la finalité sur l'être humain, de ces vagues destructrices de la vie. Paradoxalement, sur le tremblement de terre de l'île de Nias, fin mars, j'ai photographié des cadavres en décomposition, sur le ferry l'exode des gens n'ayant plus rien à manger, circulé dans un camion chargé de cercueils. Jamais, oh non jamais, les images des camps de réfugiés de Banda Aceh ne s'effaceront de ma mémoire.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui part dans cet archipel ?
Le guide Lonely Planet pour les grandes lignes et ne jamais refuser une invitation d'un Indonésien. Ce peuple est souriant, accueillant, chaleureux et ouvert. Surtout, il ne faut pas rester dans les endroits touristiques. Bien entendu, il faut faire du surf le jour et la fête la nuit à Bali, voir ces magnifiques temples de Borobudur et Prambaman à Java, les rites funéraires des Tana Toraja à Sulawesi. Mais prendre un train de banlieue un matin à Jakarta, monter dans un bus public à Florès ne sachant pas si nous arriverons vivants par les routes de montagne, méditer longuement dans une mosquée à Java avec une femme musulmane pour tout simplement comprendre cette religion, naviguer dans une barque de pêcheur dans les mangroves à l'ouest de Sumatra, déguster un plat typique indonésien dans un village d'une petite île... C'est vivre et sortir des sentiers battus.

Comment êtes-vous venu à la photographie ?

J'ai toujours aimé la photographie en tant qu'amateur. Plus jeune avec mon meilleur ami, nous rêvions de devenir photographes. La vie en a décidé autrement. J'ai travaillé dans l'édition de beaux livres, toujours côtoyé des grands photographes reconnus qui me racontaient leurs aventures dans des contrées lointaines, visionné des milliers de photographies et feuilleté des dizaines de livres illustrés. C'est la seule formation que j'ai eue. Et puis un jour vos enfants que vous n'avez pas vu grandir, volent de leurs propres ailes. L'argent et le confort matériels deviennent superficiels. Après deux voyages en Indonésie, mon éditeur, m'a proposé de faire un livre sur l'Indonésie - un an avant le Tsunami -. Lui qui a visualisé des millions de photos dans sa carrière m'a balancé : "Philippe, vous avez des bonnes photos, nous allons faire un livre". J'ai failli refuser ! Peut-être aussi une certaine spiritualité s'ancre dans son soi intérieur pour la deuxième partie de sa vie. J'ai voulu le retranscrire dans la photo. Pour d'autres, ce serait la peinture, la musique, l'écriture. J'ai choisi mon œil et accessoirement, un appareil photo pour m'exprimer. Oui, un peu fou et aimer les galères aident à devenir photographe.

Qu'est-ce qui vous incite à prendre telle photo plutôt qu'une autre ?

Mon idéal photographique, Olivier Folmi, spécialiste du Tibet et de l'Inde, depuis vingt-cinq ans, m'a appris à ne travailler qu'au grand angle. A quelques centimètres d'un visage pour réaliser un portrait, il faut vivre avec la personne pour qu'elle oublie votre objectif. Une scène de vie ordinaire, un autochtone qui vous emmène dans un lieu jamais vu, une lumière à travers une fenêtre, le sourire d'un enfant et je shoote. C'est l'excitation du photographe, l'oubli de la réalité sur terre, le bonheur derrière son viseur. Jamais en deux ans de vie indonésienne, je n'ai pu suivre un planning. Je suis toujours aller au gré des rencontres, jamais je me suis posé une question sur le danger... Au grand dam de mes proches indonésiens !

Qu'est-ce qui fait une bonne image selon vous ?
J'ai commencé mon métier de photographe avec des dizaines d'années de retard sur mes confrères. Des milliers de photographies circulent dans le monde avec le numérique et les voyages touristiques. Je ne parle pas des millions d'images qui circulent sur internet. C'est extrêmement dur de se démarquer. Une bonne photographie, elle est technique, bien entendu, c'est-à-dire reproductible dans un livre ou un magazine. Mais l'essentiel, c'est que la personne qui regarde votre image fixe son regard lise une histoire, voyage avec elle, se déplace virtuellement à l'endroit et discute avec l'enfant ou le vieillard à l'autre bout du monde. Là, c'est gagné. Pour moi, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise photo. Une photo floue de la maman avec son bébé, car son papa avait les larmes aux yeux au moment de la prise, est une bonne photo. Je respecte tous les photographes. Je ne vais jamais voir une exposition, je n'ouvre jamais un livre de photos, pour ne pas me laisser influencer ou copier un style. Je veux garder mon "œil". Je ne cherche qu'à faire rêver, pleurer ou penser mais surtout faire voyager.

Quel matériel photographique utilisez-vous ?

Je possède un NIKON F100, un NIKON FM comme boîtier de secours, deux objectifs, un 20 mm, " objectif du bonheur ", un 85 mm et un petit appareil numérique pour faire oublier le photographe aux enfants dans les villages qui n'ont jamais vu une photo de leur vie. Pour les pellicules, FUJI en Provia 100 pour les dia et des films 400 et 1600 FUJI PRO. Je ne travaille jamais au flash qui donne à la photo un côté artificiel et tue la lumière naturelle.

Quelle est votre photo préférée dans votre livre sur " L'Indonésie, archipels aux variations infinies " ?
"L'inondation dans le centre de Jakarta". C'est la photo qui se trouve aux pages 158-159 de notre livre. Nous vivions, moi et ma femme dans cette rue. Un matin, après une heure de violentes pluies, un mètre d'eau dans la rue m'ont fait plongé dans ce bain d'eau noirâtre. Les rats vous frôlent les jambes, les déchets accrochent votre pantalon et... le sourire d'une bande d'enfants se baignant, vous donne une bouffée de chaleur, de bonheur. Ils ne connaissent pas la piscine, faute de moyens, mais la joie se lit sur leur visage, le jeu de l'enfance, le rêve, les cris, me donnent encore la chair de poule. Je revis chacune de mes photos quand j'en parle !

Qu'avez-vous cherché à montrer dans cet ouvrage ?
Montrer par le texte et les photos de notre livre, que l'Indonésie ne s'arrête pas qu'à Bali, qu'aux terroristes et au premier pays musulman au monde. Tana air kita "notre terre est notre eau", c'est ainsi que les Indonésiens appellent leur incroyable archipel qui égrène plus de 17 000 îles, atolls ou récifs entre l'océan indien et l'océan pacifique. Nous avons voulu inviter les lecteurs à une escale dans le pays de la démesure et de l'infini pour découvrir, le vert d'une végétation luxuriante, le rouge des cônes impressionnants des volcans, le bleu d'une mer omniprésente, le gris de la pierre et des gratte-ciels de Java et les mille couleurs des visages et costumes des habitants de ces îles magnifiques.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
Nous travaillons à un projet de livre sur l'artisanat indonésien, avec Antony Guereirro. Et un autre sur qui nous emmènera de l'Europe à l'Asie du Sud-Est, Indonésie, Malaisie et Philippines. Vivant à Paris actuellement, je suis sur la préparation d'un livre de cuisine avec un ami et un autre sur Paris, pour proposer à mon éditeur. Je veux continuer à apprendre dans tous les domaines de la photographie. J'écris un texte pour accompagner mes photos d'un reportage des mines d'or à Sumatra Ouest, où j'ai travaillé longuement. Avec la photographie, je veux rester dans le couloir des rêves.

En savoir plus Philippe Fouchard

EN IMAGES L'Indonésie, un pays en technicolor
Voir les 22 photos du diaporama

 Sommaire 
 
 Laetitia Devillars, L'InternauteVoyager
 
Magazine Voyager
Envoyer|Imprimer
Haut de page
 
 
newsletter
Voyager Voir un exemple
L'Internaute Voir un exemple
Week-end Voir un exemple
Toutes nos newsletters
 
  VOTRE AVIS Tous les sondages
Laquelle de ces destinations vous semble la plus romantique ?
L'île anglo-normande de Jersey
Venise, en Italie
L'île de Malte
Dubrovnik, en Croatie
Les Canaries
Prague, en République Tchèque
Aucune de ces destinations
L'Internaute