| Qu'est-ce
qui vous a conduit à faire la traversée de l'Afrique à pied et pourquoi avoir
choisi la ligne du Rift comme point de repère ? Nous voulions donner une
meilleure image que celle véhiculée par les médias. Le pari de départ était :
il ne faut pas désespérer des Africains si la politique et les nouvelles africaines
sont désespérantes. Car des millions d'individus sont heureux et épanouis sur
ce continent. Il n'y a pas que des victimes du sida, de guerres civiles et de
famines.
Nous
voulions vivre comme les Africains, aller chez eux, apprendre l'Afrique de leur
bouche, leur rendre la parole. Ainsi, nous avons vécu chez 1 200 familles africaines
et récolté une sacrée dose d'humour et d'espérance. L'itinéraire choisi était
le Rift car c'est l'axe de diffusion et de développement de l'humanité, le berceau
de cette même humanité. Nous sommes donc passés par tous les grands sites
de fouilles paléoanthropologiques et avons rencontré des scientifiques
pour leur poser cette question : "qu'est-ce que l'homme ?".
Nous voulions
essayer de progresser dans sa définition, depuis l'homme singe jusqu'à l'homme
moderne. Ce fil rouge était très théorique et intellectuel, mais les Africains
d'aujourd'hui nous offraient beaucoup de réponses sur les fondements de notre
humanité : don, pardon, accueil, respect, espérance, foi... Toutes ces choses
qui font des hommes, des hommes plus humains.
Quels sont les moments
forts qui ont le plus marqué votre périple ? L'Afrique
du Sud pour ses espoirs, le Lesotho pour sa gaieté, le Zimbabwe pour sa tristesse,
le Mozambique pour sa pauvreté, le Malawi pour sa richesse inexploitée, la Tanzanie
pour ses lions et la noblesse de ses peuples, le Kenya pour les ravages écologiques,
l'Ethiopie pour l'inhospitalité de ses populations, le Soudan pour l'insondable
hospitalité de sa population, l'Egypte pour sa démographie galopante, Israël
pour sa volonté de trouver une issue à la crise. Il n'y a pas un pays qui ne nous
ait pas marqué.
Parmi les dix pays que vous avez traversés, lequel
vous laisse un souvenir impérissable et pour quelles raisons ? S'il ne
fallait qu'en retenir un seul, ce serait la Tanzanie, car il rassemblait peuples
et nature dans une belle harmonie. Les Tanzaniens ne mendient pas et ne blâment
personne sur leur état. Ils sont dignes. La corruption y est moins forte qu'ailleurs.
C'est un pays en paix avec lui-même et la nature y est belle et sauvage.
Que retirez-vous d'une telle expérience ? Le
secret espoir que l'Afrique s'en sortira si l'on peut endiguer la fuite de ses
élites, c'est-à-dire si on leur propose un avenir dans leur propre pays, si on
contraint les dictateurs à le leur donner et à assurer une alternance démocratique
plutôt que de faire des affaires louches avec eux, sur le dos de leurs peuples.
L'Europe apporte beaucoup de contre-pouvoirs à ces petits trafics, et c'est bien.
Quelles sont les plus grosses difficultés que vous avez rencontrées
lors de votre voyage ? La soif, les puces, les moustiques, le manque d'hygiène,
la promiscuité, la séparation avec nos familles.
Comment avez-vous
été amenés à faire un film pour
Connaissance du Monde ? Le film a été fait au fur et à mesure de notre
marche. Nous l'avons réalisé avant tout pour nous-mêmes, pas
pour un support particulier. Depuis de nombreuses chaînes et de nombreuses
institutions l'ont demandé, diffusé ou projeté dans divers cadres. Connaissance
du Monde est le dernier en date, et non le moins prestigieux.
C'est pour
nous un grand honneur que de pouvoir rentrer dans cette famille, et d'intégrer
la lignée des grands conférenciers qui nous ont précédés. J'ai d'ailleurs un grand
oncle dont c'était le métier. Il s'appelait Jacques Chegaray.
Pourquoi
avoir décidé de sortir ce film sur votre aventure alors qu'il existe déjà deux
livres sur ce même sujet ? Les films préexistaient aux livres. Les deux
supports se complètent, sachant bien sûr que le livre est le média le plus
complet, et que tout film est un choix subjectif, un montage.
Entre
ce que vous avez filmé lors de votre périple et le film qui va être diffusé, avez-vous
réussi à retranscrire au mieux ce que vous avez vécu ? Nous avons du nous
recentrer sur l'Homme, sur le sens de notre marche et de notre démarche. Pas sur
l'exploit, mais sur les rencontres, à travers quelques exemples très limités,
mais dont la valeur symbolique est forte. Il reste 300 heures de rushes à exploiter
et beaucoup d'autres images que nous aimerions remonter sous une tout autre forme.
A votre avis, quel passage caractérise le mieux votre aventure ?
Le Soudan est un bon condensé des épreuves et des joies de nos trois ans et
trois mois de marche. C'est pour cela que notre long métrage à pour fil rouge
notre traversée du Soudan avec des flash-back sur des moments forts qui ont précédé.
Envisagez-vous de vivre une aventure comme celle-ci ailleurs ? L'aventure
avait commencé bien avant et continuera bien après. Bien sur que nous savons où
nous irons la prochaine fois. Mais la seule chose qu'on puisse vous dire, c'est
qu'on sera trois. Le reste est un secret. »
Africa Trek : - l'aventure -
la Bande-annonce - l'extrait
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plus Sonia
et Alexandre Poussin |