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31/10/2006
"Je ne voyage pas par goût pour le déracinement, mais au contraire par manque d'enracinement"
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Après son récit "La route des steppes" et le film "la route turque", Falk van Gaver est venu en chat répondre à toutes nos questions. |
Qu'est-ce qui vous a poussé à entreprendre un tel voyage ?
Falk van Gaver : L'envie du grand large, un peu un rêve
de gosse, l'exemple familial aussi...
Pourquoi avoir pris une 4L ? Seulement pour faire des économies
?
Par économie d'abord, pour l'aspect rustique et pratique,
et nos parents respectifs avaient aussi fait de très longs voyages
en 4L jeunes...
Dans l`interview, vous dites que vous avez choisi la 4L parce
que c'est une voiture fiable. Vous n'avez donc jamais eu aucun
soucis pendant ce long périple ?
Si, quelques soucis bien sûr, mais gérables et réparables
de façon bien plus simple que des voitures plus sophistiquées.
Ainsi, on a pu greffer dessus l'embrayage d'une Daewoo Tico produite
en Ouzbékistan !
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| "Le but "scientifique" du voyage était de
remonter la voie de peuplement et de migration des peuples
turcophones" |
Pourquoi avoir choisi précisément cette route ?
Le but "scientifique" du voyage était de remonter la voie de peuplement
et de migration des peuples turcophones depuis leur lieu d'arrivée,
l'Anatolie, jusqu'à leur lieu d'origine, l'Altaï.
Combien de temps a duré ce voyage ?
4 mois, d'octobre à février, dont un mois en Chine : Turkestan
et Tibet aussi.
Quelles furent vos étapes ?
Europe, Turquie, Azerbaïdjan, Caspienne, Ouzbékistan, Kirghizstan,
Kazakhstan, Turkestan chinois, Tibet, et retour par la Russie.
Comment va la 4L après ce périple ?
Elle roule tranquille à Toulon ! Un peu poussive, mais vaillante
toujours...
Quelle partie du voyage avez-vous préférée ?
Quelles parties, plutôt ! Tout bien sûr, mais particulièrement
la Kirghizie, puis le Noël passé au Tibet avec les communautés
tibétaines catholiques, ces chrétiens oubliés du bout du monde.
Quel accueil la population vous a-t-elle réservé
?
Excellent en général, sauf quelques tensions parfois, dues
souvent à la présence généralisée de l'alcoolisme et des armes
à feu... Et des douaniers parfois difficiles, ou au contraire
parfois laxistes...
Quelle fut la rencontre qui vous a le plus touché ?
François, Tibétain catholique de 77 ans, ancien séminariste
ayant passé presque trente ans au Laogaï, le Goulag chinois, père
et grand-père, nous chantant des comptines françaises et des cantiques
latins, tout en étant un vrai Tibétain.
Quel a été le budjet pour préparer la
4l ?
La 4L a coûté 1 000 euros à l'achat, avec arrangements,
pièces de rechanges, matériel, etc., ça a dû monter à 2 000 euros
en tout. La galerie et l'installation pour dormir nous ont été
offerts par des amis métalliers, compagnons du devoir.
Comment avez-vous pu financer une telle aventure ?
Nous avons obtenu une bourse Défi-Jeune de 7 000 euros, et
complété de notre poche aussi, ainsi qu'avec l'avance sur contrat
du livre, proposée par mon éditeur pour nous donner un coup de
main...
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| "Vivre ensemble une expérience intense comme
celle-ci, cela renforce les liens, la familiarité... " |
Avant d'entreprendre ce périple, vous étiez amis. Qu'est-ce
que cette aventure a changé pour vous et dans vos relations ?
On est encore plus amis, bien sûr ! Vivre ensemble une expérience
intense comme celle-ci, cela renforce les liens, la familiarité...
Qu'est-ce qui a été le plus difficile durant ce voyage ?
Pour moi, laisser ma bien-aimée derrière moi quelques mois.
Pour Jean-Baptiste, supporter mes rêveries amoureuses...
Votre livre est rempli d'informations historiques… vous vous
étiez documenté avant de partir, en route, ou une fois rentré
?
Avant et en route : la voiture permet d'emporter une petite
bibliothèque de voyage, que je signale à la fin du bouquin.
Aviez-vous déjà réalisé un voyage de ce type auparavant ?
Plusieurs en fait, de trois à sept mois chacun : Inde deux
fois, Maroc, Chine et Tibet...
Votre livre est imprégné de foi chrétienne, était-ce une
sorte de pèlerinage ?
Se rendre au Tibet, terre spirituelle s'il en est, revêt un caractère
pèlerin, et, en tant que catholique, plus particulièrement au
Tibet chrétien. C'était un voyage, et un pèlerinage, on ne peut
réduire à une seule dimension.
Quel est le pays qui vous a le plus marqué ?
Kirghizstan et Kazakhstan, pour l'immensité, les cavaliers...
Quelle est votre formation ?
Universitaire : Sciences-Po Paris et Mastère Religions et
Sociétés. Sinon, une grande part d'autodidactisme, comme chacun.
Quel conseil donneriez vous à une personne sui veut entreprendre
la route de la soie ou partir comme vous ?
C'est un peu difficile à résumer. Il ne faut pas avoir peur
des difficultés du chemin surtout, avoir confiance, bien préparer
sans pouvoir tout prévoir. Il faut être ferme et souple à la fois.
Conseils pratiques ? Ce serait long ici, mais vous pouvez m'écrire
une lettre via ma maison d'édition et je vous répondrai plus longuement
et plus précisément.
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| "Se rendre au Tibet, terre spirituelle s'il
en est, revêt un caractère pèlerin" |
Que faites-vous dans la vie "en temps normal" ?
J'écris des livres, et aussi des articles, en général sur
des questions religieuses au sens large, et je me prépare à enseigner
la philo.
Avez-vous une anecdote rigolote ou insolite à retenir de
ce périple ?
Beaucoup de visions paradoxales, entendre parler allemand
au fin fond de l'Anatolie, voir un Tibétain jouer de l'accordéon
comme au bal-musette...
Avez-vous abandonné votre 4L à un moment du voyage ?
Oui, à la frontière chinoise, pendant un mois, puis nous l'avons
récupérée au retour. NB : Il est très difficile de faire entrer
un véhicule en Chine !
Bélier mis à part, quels autres personnages incongrus avez-vous
rencontrés ?
Tout est un peu incongru en voyage, des douaniers ivrognes,
des brutes sympathiques, des garagistes magiciens, etc. : des
trognes, des figures, des personnages !
Vous écrivez beaucoup de poèmes ?
J'en lis beaucoup et j'en écris très rarement, uniquement
sous une pulsion impérieuse, une sorte d'inspiration irrépressible...
Mais il n'y a pas de poème de moi dans ce livre !
Comment avez-vous préparé votre périple ?
Assez vite en fait, un peu au débotté, et en même temps de
façon plutôt rationnelle. Puis il y a l'expérience accumulée des
voyages qui permet de vite savoir quoi emporter, comment s'y prendre,
etc.
On dit que les voyages forment la jeunesse. Avez-vous l'impression
d'être sorti grandi de cette expérience ?
Tout dépend du voyage en fait, et de la manière de voyager.
Cette expérience, après et avant d'autres, est bien sûr une étape,
comme une marche d`escalier. Ce voyage se place plutôt dans un
continuum qu'une expérience unique et marquante.
Que changeriez-vous si vous deviez le refaire ?
Tout ! Je ne voudrais pas faire deux fois exactement le même
voyage ! Mais je ne regrette rien de celui-là !
Comment communiquer, avoir de vrais échanges, avec des populations
dont on ne parle pas forcément la langue ?
Etre présent, se regarder, boire un thé, manger ensemble,
se prendre une cuite... On se défait de la parole et ce qui compte
c'est la présence partagée, l'expérience vécue en commun, même
brève.
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| "Il ne faut pas avoir peur des difficultés
du chemin surtout, avoir confiance, bien préparer sans pouvoir
tout prévoir. Il faut être ferme et souple à la fois." |
Avez-vous toujours été fermement décidé d'un "retour" ?
Oui ! Ma famille, mon pays, et surtout mon amoureuse !
Quelle est le modèle et l'année de la 4l ?
GTL 1983 160 000 km au départ... Une "Clan" je crois...
Quel souvenir gardez-vous de ce voyage ?
Le long songe d'un jour d'hiver...
Quels sont vos prochains projets ?
De voyage ? Je reviens d'un été en Laponie avec ma fiancée
(puisque nous nous sommes fiancés à mon retour), je me pose un
peu... puis on verra d'où vient le vent, et où il nous mène !
Pourquoi ces pays en particulier ?
Terres immenses et dépeuplées, haute Asie mythique, steppes
épiques, mais aussi se rendre compte de cet univers türk qui va
du centre de l'Asie aux portes de l'Europe...
Pensez-vous que vous arriverez à rester en place après un
tel voyage ?
Non, ni avant ni après, j'ai ça dans le sang, et en même temps
je ne rêve que de m'enraciner. C'est peut-être ça le paradoxe
: je ne voyage pas par goût pour le déracinement, mais au contraire
par manque d'enracinement...
Comment peut-on réussir à joindre les bouts financièrement
avec votre style de vie passionnant, mais sans doute très
aléatoire ?
Très aléatoire en effet... Je n'ai pas encore une famille
à charge, comme on dit. Mais il faut savoir aussi vivre économiquement,
écologiquement, une certaine ascèse concernant tous les accessoires
modernes qui nous coupent souvent de la vraie vie... pardon pour
le web !
Et pour une femme c'est faisable ?
Ce n'est bien sûr pas pareil. Seule ? A deux ? Il faut être
plus prudente que des hommes, c'est sûr, mais ça me semble faisable,
en étant un peu plus méfiantes, sans parano cependant.
Avez-vous des conseils pour ceux qui souhaiteraient vivre
comme vous de voyages, d`écriture... ?
Etre rentier, ou épouser une héritière... (ce n'est pas mon
cas !) Je ne crois pas qu'on puisse vivre toute sa vie de voyages
et d'écriture, et la concurrence sur ce "marché" est très forte
et en hausse. Mais ce peut-être un moment d'une vie. Ou des moments
dans la vie. Une vie plus simple rend de toute façon plus libre,
que l`on bouge ou non.
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| "Tout est un peu incongru en voyage" |
Voyagez-vous pour dénoncer quelque chose, ou pour votre propre
plaisir ?
"Dénoncer"? Non. Pour le plaisir, sans doute, pour l'épreuve surtout,
la confrontation avec l'aspérité du monde...
Félicitations pour vos fiançailles ! Et votre voyage de noces
? Avez-vous choisi la destination ?
Oulah ! A pied vers Jérusalem ? Qui sait...
Où allez vous dispenser vos cours de philo ?
Je ne sais pas encore, mais en Provence, et dans l'enseignement
catholique.
Peut-on se lancer dans ce genre d'aventure seul ?
Homme seul sans problème, femme seule c'est plus dangereux.
Merci pour votre témoignage et bonne route !
Bon vent à vous aussi ! Merci pour vos questions ! Vous pouvez
m`écrire aux Presses de la Renaissance 12 avenue d`Italie 75013
pour toutes questions complémentaires, notamment ceux qui se préparent
à partir... Sinon nous serons présents au Grand Bivouac d`Albertville,
avec notre film "La Route turque".
» Voir aussi :
interview
de Falk van gaver et Jean-Baptiste Warluzel
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