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VOYAGEUR
 
27/07/2006

22 000 km en 4L à travers l'Asie centrale

"La route des steppes" retrace l'incroyable épopée de deux jeunes amis partis en 4L jusqu'aux confins du Tibet, à travers l'Anatolie et l'Asie centrale. 22 000 km au total, parsemés d'embûches, de rencontres et de réflexions...

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C'est peut-être ces réflexions justement, qui font l'originalité et l'intérêt de ce récit de voyage. Loin de se limiter à une série d'aventures, le livre met en relation l'expérience vécue avec l'histoire et la culture des contrées traversées. On apprend ainsi les grandes lignes de l'histoire de ces peuples, les personnages qui marquèrent leurs civilisations, ainsi que leurs poètes et artistes. Truffée d'anecdotes historiques, de références culturelles et d'extraits de poèmes ou d'ouvrages philosophiques, "La route des steppes" nous emmène bien plus loin que la simple pérégrination kilométrique.

Une réflexion sur le monde

Falk van Gaver est en constante réflexion sur ce monde, et sur le mode de vie occidental. Un sentiment partagé vis-à-vis du monde moderne ressort de ces pages engagées : "Le monde vieillit, ses routes, bien qu'asphaltées de neuf, et justement parce qu'asphaltées de neuf, ses routes sont usées. A force d'être rénové, à force d'être modernisé, à force d'être motorisé, à force d'être bitumé, bétonné, à force d'être remis à neuf, de plan d'urbanisme en opération de réhabilitation, d'aménagement du territoire en gestion des espaces, de lifting en lifting, le monde s'use, le monde vieillit, le monde se flétrit et sa peau tendue craquelle misérablement sous les fards halogènes dont on l'asphyxie.

Cavalier en Altaï. Photo © Falk van Gaver et Jean-Baptiste Warluzel

Il y a mille fois plus de jeunesse, il y a dix mille fois plus de vigueur et de vie dans une ride, dans un paysage ancien, dans un village décrépi, dans une route bosselée à l'auguste et digne vieillesse, dans un chemin séculaire creusé à force d'être emprunté, piétiné, patiné, que dans toutes les villes de verre et de béton armé scintillantes de lumière, propres, inhospitalières, liftées à mort, comme on dit, et mortes vraiment."

La jeunesse se décale

Croyant et catholique, il produit ici une œuvre en décalage avec notre époque : un temps philosophique, où l'on prend le temps de penser, où l'on rêve de sa bien aimée, lui écrit, récite des poèmes, et livre son âme à Dieu.

Un parcours atypique, qu'il explique ainsi : "Bien sûr, notre éducation sentimentale avait été un massacre, l'intellectuelle une nage furieuse d'après naufrage, la physique un amollissement des sens et une perte de vigueur. Nous avions été littéralement abîmés, quand bien même nous jouions les matamores. Mais les œuvres du monde avaient perdues leur force et leur attrait : arts, épopées, politiques, destins, tout avait lentement sombré en un abyssal déclin. Tout était marqué du sceau du ridicule et des traits de caricature. A nous que le monde rebutait et que nulle vocation n'appelait, à nous que rien d'impérieux ne pressait ni ne dirigeait, s'imposait la nécessité de trouver un passage, tenter une sortie… L'abîme en nous appelait l'immensité. Nous n'attendions plus rien, si ce n'est tout."

La fascination du nomade

  • Le livre
  • Auteur : Falk van Gaver et Jean-Baptiste Warluzel
  • Edition : Presse de la Renaissance
  • Année : 2006
  • Prix : 19 euros
  • Livre : avis des lecteurs
  • Acheter : comparer les prix

Et, dans ce périple à la rencontre des peuples, il s'interroge sur la raison d'une telle entreprise, et la fascination que celle-ci peut exercer sur l'homme occidental : "C'est peut-être là une raison de cette fascination du moderne pour le nomade, le gitan, le bédouin, le touareg, l'errant, le déraciné : le parasite, le commerçant et le pillard, alors que le paysan n'éveille en lui guère d'échos plus profonds qu'un bucolisme de surface. Si l'Occidental contemporain aime tant le désert, peut-être n'est-ce pas tant pour le silence et le recueillement que parce que sans doute il correspond intimement à sa vision de la terre : un lieu hostile et sans repères où il avance solitaire en monade prédatrice. Les déserts intérieurs et extérieurs se répondent."

Une invitation au voyage, dont la plus belle incitation serait sans doute contenue en cette phrase, sonnant comme une réponse cinglante à toutes tentations et hésitations : "Lorsque l'on est fatigué du babillage de la vie grise et que le quotidien serre comme un étau et colle comme une glu, il est temps de reprendre la route et sa liberté."

 

» Lire aussi : l'interview de Falk van Gaver et de Jean-Baptiste Warluzel

» Aller plus loin : tous nos voyageurs

 


EN IMAGES Les plus belles photos de la route des steppes
21 photos

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