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INTERVIEW
 
08/11/2006

"L'Afghanistan m'a faite"

Jeune photographe, Véronique de Viguerie a reçu en 2006 le prix Canon de la femme photojournaliste. A travers l'ouvrage "Afghanistan, regards croisés", elle partage sa vision d'un pays vivant malgré ses blessures

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Comment est né le livre "Afghanistan, regards croisés" ?

Hachette Tourisme nous avait contacté à l'origine pour faire un guide touristique sur l'Afghansitan. Après avoir vu nos photos et écouté nos histoires, l'éditeur a décidé qu'un beau livre serait plus approprié et nous nous sommes lancées dans ce projet.

 

Pourquoi avoir choisi l'Afghanistan ?

J'ai toujours été fascinée par cette culture. En 2003, le journal anglais pour lequel je travaillais m'a donné l'occasion de partir là-bas. Je ne suis restée qu'une dizaine de jours et j'étais enchantée par le pays et vraiment frustrée de repartir. Alors quand j'ai décidé de me lancer en tant que free-lance, j'ai tout naturellement choisie de m'installer en Afghanistan.

 

Que souhaitez-vous montrer à travers les photos regroupées dans ce livre ?

Mon Afghanistan, celui que j'ai connu avec Marie. Un Afghanistan vrai, avec ses bons et ses mauvais côtés, sa beauté et ses laideurs.

 

Photo © Véronique de Viguerie

Comment vit-on en Afghanistan lorsqu'on est une femme européenne ?

C'est en fait assez drôle. On appartient à une sorte de troisième sexe, ni vraiment femme, ni homme. Ce qui est un énorme avantage pour travailler puisque qu'il donne accés aux femmes et aux hommes. Sinon, évidemment, au quotidien, on se sent un peu plus vulnérable. Les Afghans ne sont pas habitués à voir le visage des femmes donc, même voilées, leurs regards pèsent. Mais, finalement, on s'habitue assez vite.

 

A quelles difficultés vous êtes vous heurtée dans le cadre de votre travail ?

Le plus difficile pour moi a été de prendre contact avec les rédactions et de se faire reconnaître en tant que professionnelle. Avec Marie, nous avons eu du mal à vendre nos reportages, parfois juste parce que nos noms ne disaient rien… Du coup, on se retrouvait avec de grosses dépenses et pas de rentrée d'argent. Nous avons dû repenser nos manières de travailler. Dorénavant, de plus en plus de rédactions nous font confiance, ça nous facilite notre travail. D'autre part, la sécurité n'est pas brillante dans ce pays, il faut en tenir compte. L'année dernière, je me suis retrouvée dans un attentat. Un kamikaze s'est fait explosé dans un cybercafé alors que j'étais en train d'envoyer des photos par mails. Mon voisin de droite, et trois autre personnes n'ont pas eu ma chance et sont morts… Il faut faire attention, c'est tout.

 

 

Quel est votre meilleur souvenir dans le pays, en tant que photographe ?

Mon meilleur souvenir de reportage, c'était quand nous sommes parties avec Marie pendant quelques semaines avec les Kuchis à travers les montagnes. On campait avec des nomades qui vivent encore à l'âge de pierre, avec leurs chameaux et leurs chèvres au milieu de nulle part avec des vues à vous couper le souffle.

 

Photo © Véronique de Viguerie

Que vous a enseigné la vie là-bas ?

Je dis souvent que l'Afghanistan m'a faite. J'y ai appris tout ce que j'utilise maintenant quotidiennement dans mon métier. La patience et la persévérance auront été mes maîtres mots pour survivre là-bas dans mon travail. Les Afghans ont beaucoup de temps, cette nonchalance propre au Moyen-Orient, rien ne vaut le coup de se stresser. Cela les rend charmants mais aussi parfois agaçants. Il faut dire que, dans notre culture, il y a peu de place pour l'oisiveté. Il m'arrive souvent de penser qu'ils ont raison et que nous devrions réapprendre à prendre le temps. L'indulgence est un autre ingrédient dont il faut s'armer. Accepter de complètement perdre ses repères, ses principes, pour mieux comprendre un autre peuple sans essayer de comparer ou de juger. On ne peut pas caser les gens dans nos cages rigides de références.

 

Quels sont vos projets aujourd'hui ?

Je me trouve en ce moment en Afghanistan où je travaille pour le Figaro Magazine avec Marie. Ensuite, au mois de décembre, je pars au Népal pour un projet qui sera présenté à Visa pour l'Image l'année prochaine, et pourquoi pas par la suite, la Palestine, Darfour etc. Je ne m'impose aucun plan d'avenir. On verra bien au moment et en fonction des opportunités. C'est une vraie liberté, certes effrayante, mais qui rend la vie tellement plus excitante.

 


EN IMAGES Les plus belles photos du livre
12 photos

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