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John à Toronto

 John à Toronto  

John , Paris le 16 octobre 2008

A l'arrivée aux Etats-Unis, le passage en douane est souvent un moment... spécial. Racontez une anecdote qui vous a marqué.

Ou "comment deux mots peuvent tout foutre en l'air".

But du voyage: rejoindre mon groupe de musique celtique à Lancaster, état de Philadelphie, usa, pour jouer 4 concerts dans un festival.
Le voyage est Paris-Toronto / Toronto-Baltimore. De là un volontaire doit venir
me chercher en voiture (3 heures de voyage en voiture). Je ne dois rester
là-bas que deux jours, aussi j'ai longtemps pesé le pour et le contre avant de me décider à faire le voyage. Voyage d'aller le vendredi, voyage de retour le lundi!

"Partons à l'aventure", me dis-je, il ne peut pas
arriver grand-chose après tout.

J'avais tort.

On sous-estime souvent les petits temps de latence entre chaque partie d'un voyage en avion. Le voyage Paris-Toronto est sensé durer
8H10. 16H après être parti de chez moi (et oui...) j'arrive à la douane us à l'aéroport de Toronto, bureau de l'immigration, pour le transfert Toronto-Baltimore. 2H45 de battement pour la correspondance m'avaient semblé
long sur le papier, mais il se révèle que quand on connaît l'aéroport de Toronto, c'est trop court. En compagnie de Paul, un prof Américain rencontré dans l'avion, nous jouons un incroyable jeu de piste pour réussir à rejoindre le lieu de la correspondance. Même lui, pourtant habitué des aéroports américains, est étonné par le système. En effet, "pour des raisons évidentes de sécurité, le chemin n'est pas indiqué" nous dira quelqu'un. Ha. On doit
demander à des agents tous les 100 mètres pour savoir que faire et où aller.

Nous remplissons de petites fiches d'immigration sans vraiment savoir ce qu'on fait (même Paul n'y comprend pas grand-chose... ) et nous voici donc à la douane. Un gugusse nous fait passer devant les autres car
il y a une queue monstrueuse. "On a de la chance, hein !" dis-je à mon équipier. On doit aussi se coltiner les bagages que nous avions pourtant enregistré et marqués, car il n'y a pas de système de transfert pour ceux-ci
(!).

Traînant mon sac j'arrive, confiant, devant l'agent de l'immigration. Questions habituelles, puis, là, tout bascule.

Le type, peu aimable déjà, me lance soudain:

- Qu'allez-vous faire aux états-unis?
- Je reste deux jours, je vais jouer de la musique dans un festival à Lancaster

- Ha. Mais monsieur, c'est du travail ça, vous avez marqué sur la fiche que vous ne venez pas pour travailler

(Goutte de sueur sur la tempe)

- Hem. Oui, en fait ce n'est pas vraiment du travail, j'y vais pour le fun.

- Vous restez deux jours ?

- Et bien, oui, c'est inscrit sur mon ticket

- Monsieur, personne ne va deux jours aussi loin de sa maison jouer de la musique "pour le fun". Combien vous allez gagner là-bas ?

(gasp)

- Je ne sais pas, je ne suis pas organisateur, et cet aspect ne m'intéresse pas. Je ne gagne sans doute rien.

(L'individu plisse les yeux et reluque mon passeport)

- Français... Hum... Il vous manque une fiche, un papier prouvant que vous allez là-bas jouer de la musique

(Le doute survient, mais je me rattrape)

- Ha, bizarre... J'y suis allé l'année dernière sans fiche et sans papier !

- J'ai besoin d'un papier, monsieur

- Heuu... Mais j'ai là une feuille avec l'adresse du festival et quelques numéros de téléphone...

(Je lui tend ma feuille de route - grosse erreur! - sur laquelle se trouvent tous les renseignements pour le voyage, contacts, etc)

Il regarde l'ensemble avec un air soupçonneux, puis:

- Cela ne prouve rien, monsieur. Un officier supérieur va devoir décider de vous laisser passer.

(L'énervement me gagne)

- Mais... Mon vol part dans 30 minutes...

- Votre vol n'est pas important à côté de la loi de notre pays

(Intérieurement: mais je vais le baffer! )

Extérieurement : - Alors, je fais quoi?

- Je vais donner tous vos papiers au bureau là-bas, attendez qu'on vous appelle

Je vais donc poireauter dans un grande salle pendant que des types en uniforme passent et repassent inlassablement devant moi à une allure d'escargot, un dossier à la main, sans même me regarder. On voit souvent les
mêmes repasser, preuve qu'ils ne se soucient pas d'optimiser leur temps. L'heure
tourne, très très vite. Il reste 5 minutes avant le décollage.

Je me dis que ces types sont des croisement de fonctionnaires de préfecture française avec des marines américains.

Je discute avec une charmante jeune fille qui arrive un peu plus tard, en se rongeant les ongles, et dont le vol est à la même heure que
moi.

- Quel crime avez-vous donc commis ? Me demande-t-elle sur le ton de la plaisanterie

- Je suis un musicien français...

- Ho.

- Heuu... Et vous?

- Ma grand-mère est Arabe.

- Ha.

- On n'aura pas notre vol, hein ? 

Je regarde la pendule

- Argh.

On vient la chercher en premier - à ce point je me dis que le fait de leur signaler que "j'étais là avant elle" ne mènera à rien. Elle disparait dans un bureau. Se passe encore 5 minutes puis on m'appelle depuis un autre bureau. Tiens, mon avion doit être en train de partir... À moins qu'il soit retardé ? Espoir...

S'ensuit alors un interrogatoire de dingues, pendant lequel le type me fait répéter 3 fois la même chose en essayant de me faire tomber dans divers pièges, façon Colombo. Le but étant certainement de me faire avouer des trucs, mais vu que je dis la vérité, il n'y arrive pas. Je m'abstiens de l'insulter et de lui
balancer son écran dans la figure, j'ai sans doute bien fait.

Au bout d'un temps fou (30 minutes ?) il me dit "bon, et bien remplissez cette fiche, et repassez au guichet". Quoi, c'est tout ?

Furieux, je lui dis : - Mais... Je viens de rater l'avion, je n'ai plus de raisons d'aller là-bas, je ne dois y rester que deux jours !

- Et alors ?

- Et alors le contact qui doit venir me chercher ne me trouvera pas, et il ne reviendra pas me chercher car le chemin est trop long !

- Ah. Tant pis, si vous changez d'avis, revenez nous voir avec la fiche.

Pas un mot d'excuse. Il me rend mes papiers, mais il y manque ma feuille de route avec le numéro de téléphone des personnes à
contacter. Je lui demande et il me dit de patienter dehors pendant qu'il la
cherche. 15 minutes plus tard (!) le type du guichet du début me demande ce que
je fais là. J'explique. Un type entre dans le bureau et questionne le gars, puis disparaît 5 minutes. Il revient.

- Désolé, on n’a pas retrouvé votre papier

- Hein ?

- Et bien oui, votre papier ne se trouve nulle part

- Mais vous lui avez donné tout à l'heure dans le bureau

- Oui, et bien il n'y est plus

(La bave me monte à la bouche)

- C'est possible de perdre une feuille de papier dans un bureau avec une seule personne?

- Je ne sais pas, mais il ne s'y trouve pas

- Vous avez regardé dans la poubelle?

- Nous n'avons pas de poubelle. Au revoir.

- Mais... Comment je fais moi ?

- Au revoir, monsieur, j'ai du travail

Vous avez peut-être vous aussi joué à Doom. Imaginez qu'à ce moment dans ma tête un John miniature saute sur le type, une tronçonneuse à la main, et retapisse le carrelage avec ses entrailles.

Dans la vraie vie, je tourne les talons en serrant les poings. Me voilà donc seul à Toronto pour 3 jours, sans but, sans amis à
contacter, sans moyen d'informer les gens du festival qu'il n'était pas utile d'aller me chercher à l’'aéroport. Vive la carte Visa internationale.

Merci beaucoup, et adieu.

Quelles sont les choses à faire et à éviter pour que l'arrivée aux Etats-Unis et la rencontre avec les douaniers américains se passent pour le mieux ?

Dire qu'on est un touriste, qu'on n'a pas d'autre ambition que de visiter des musées et manger des hot-dogs tièdes.
  • Annick Goudin

    Arrêtez de taper sur les douaniers américains, souvent d'ailleurs issus des minorités black ou latinos ! Soyez sympa, vous aurez plus de chances qu'ils le soient aussi. Pour ma part, je vais souvent à Los Angeles, ma fille y vit. A cause de problèmes de dos qui m'empêchent de rester debout plus de 5 mn , je demande à la compagnie aérienne une assistance avec une chaise roulante. Les douaniers et le personnel américain sont beaucoup plus sympas que les Français, qui n'hésitent pas à me demander de me déshabiller pour enlever ma ceinture lombaire... N'hésitez pas à aller aux usa, l'Ouest est une merveille de nature ! Et les vrais gens sont beaucoup moins arrogants que les touristes français, surtout quand ils sont en groupe...
  • Marielle Villermet Maurice

    Et bien moi je boycotte les États-Unis tout simplement... Ils n'ont de leçon à donner a personne et n'ont qu'à balayer devant leur porte pour des centaines de choses ! Ils veulent relancer le tourisme et annoncent d'emblée une taxe d'entrée dans le pays : ils se fichent de la tête des gens ou quoi ?
  • Michel

    Que ce soit en France, aux Etats-Unis au ailleurs, il n'y a rien de pire qu'un c.. Sous une casquette, si ce n'est un c.. Derrière un guichet... Alors quand ils cumulent les deux ! Heureusement qu'il y a aussi des employés souriants et sympathiques, mais il ont du mal à faire oublier les premiers !
  • Josiane Enouf

    Quelques mois après septembre 2001 nous avons transité par Chicago pour nour rendre au Mexique ; les américains font vraiment du zèle ; je fais beaucoup de photos en voyage et l'ère du numérique ne faisait que commencer ; j'avais donc 24 pellicules dans mon sac photo ; le douanier américain, en gants blancs, a ouvert et vérifié les 24 pellicules ; j'ai pris cela avec humour mais n'en pensais pas moins ; pour les bagages j'ai vu des scènes incroyables de valises renversées après avoir été fouillées et refermées à coup de pieds ; c'est un peu exagéré tout de même et pourtant il faut savoir se taire.
    Nos douanes sont plus laxistes je vous l'assure ; on entre en France plutôt librement.
    Effectivement il faut bien préparer son passage aux U. S. A
  • Carlos Catarino

    Je trouve que cette histoire est possible et pas seulement aux usa.
    Je trouve que cette "sécurité " exagérée est surtout depuis le 11/09/2001. Avant cette date il était plus facile entrer aux usa qu'au Canada. Quant a la protection de métiers c'est une bonne chose, si la France avait une aussi bonne protection des siens il y aurait certainement moins de soucis pour les artisans
  • Flore Bené

    Les tracasseries d'un musicien français à la douane américaine ont une raison bien précise, que tout musicien devrait connaître avant d'aller jouer aux us: les Etats-Unis et le lobby des producteurs de musique y ont instauré des régles drastiques et hyper-protectionnistes à l'égard des musiciens étrangers. Un musicien qui vient jouer dans un spectacle aux usa doit être enregistré sous un n° d'objet de production de spectacle -comme ici maintenant d'ailleurs- ; Le producteur du spectacle aux usa paie aux Syndicats us de Producteurs des droits qui sont le double de ce qu'il paierait pour un musicien américain (en gros: puisque le musicien étranger vient, comme dans le sketch, "manger le pain" d'un musicien américain, le producteur "doit" une compensation équivalente aux Etats-Unis d'Amérique... )Donc les réponses à l'officier de la douane, c'était exactement ce qu'il ne fallait pas dire: travail dissimulé, etc etc. Çà pouvait même se passer plus mal, carrément en taule. Pour deux jours, heureusement ils ont du penser que çà ne valait pas le coup... Et voilà pourquoi les musiciens et groupes français ne tournent pas aux usa... Pas forcemment faute de talent...
  • Flore Bené

    Et j'ai oublié un truc: votre "papier" avec le nom et les contacts des organisateurs n'a certainement pas été mis à la poubelle ; je parierais plutôt qu'il a servi à quelques tracasseries administratives envers les organisateurs du festival suite à votre passage manqué en douane... Ceci dit, ceux-ci auraient du vous briefer avant... Et faire les choses dans les régles...
  • Francoise Stewart

    Merci pour ce récit, plein d'humour. C'était très drôle par moment je vous situais très bien. C'est un peu incroyable, mais je n'en doute pas. L'absurde malheureusement existe.
    Là ou je ne comprends plus c'est le papier perdu, il fallait faire une plainte en bonne et due forme contre l'employé zélé qui a commencé ce meli-mélo. Surtout, vous étiez au Canada ou les droits de la personne sont si importants. Beaucoup de places pour améliorations dans l'organisation du voyage de votre part, Il faut maintenant faire des doubles des billets de voyage et des numéros de cartes de crédit et du passeport en cas de vol ou de pertes ainsi que pour les adresses et téléphones. J'en glisse un exemplaire dans ma poche ou mon sac à main et un dans le sac de voyage ou la valise. Mais, c'est exceptionnel, autant de pépins; en général, il y a beaucoup de gens aimables et qui comprennent Meilleure chance la prochaine fois, il ne faut pas généraliser, ce sont de beaux pays à visiter et aussi pour y vivre, les gens y sont juste des gens comme partout, des bons, des moins bons, et des épatants. Aussi. Il faut définitivement signaler ces faits à qui de droit au département des douanes et à celle de la compagnie de l'aéroport. Vous étiez en droit à avoir une compensation en bons pour un repas au moins ou une collation en attendant d'être re acheminé sur votre destination. D'autrepart vous pouvez avoir de l'aide pour une ligne gratuite accès au téléphone pour avertir vos collègues et amis et le directeur de votre groupe de musique de vos imprévus et du retard à cause de l'avion manqué. Vous auriez du repartir sur un autre vol, et surtout reprendre vos contacts, ne pas accepter l'explication reçue au poste de douane. Calmement, faire respecter vos droits de voyageur, demander à haute voix ferme des explications, demander à voir le responsable, le gars en charge cette journée là et demander une fouille systématique, Ce papier ne s'est pas volatilisé. Vous aviez du temps devant vous, donc vous attendez votre papier, J'espère que vous avez redemandé de refaire une vérification. Surtout, maintenant, il faut remplir une fiche pour plaintes et: Envoyez la plainte même si on trouve votre feuille. Il y avait négligences et fautes professionnelles. J'ai vécu il y a un an une situation semblable et je suis arrivée à avoir ces quelques avantages en attendant le prochain vol
  • Gerald Ruiz

    Oui, qd on entre aux us par le Canada, l'immigration us (ins) est dans l'aéroport canadien. Cela dit, je suis entré plus de 100 fois aux usa, j'y ai vécu pendant des années, Français, né en Algérie, je n'ai jamais rencontré de problème avec la police d'immigration. Il suffit de ne pas prendre les gens de haut - cette arrogance française que le monde entier reconnaît...
    J'ai une seule fois vécu ce genre "d'interrogatoire": venant de Montréal, j'étais étudiant en stage non rémunéré dans le New Jersey, mais sans papier le stipulant. On m'a interrogé dans un bureau de l'ins, très gentiment car je ne m'énervais pas et que je disais la vérité. Les officiers en charge ont tout fait pour que je ne rate pas mon avion. J'ai embarqué juste avant le décollage.
    Un conseil avant de passer l'immigration aux usa: oubliez que vous êtes français, restez humble et poli, car vous allez dans un pays qui vous reçoit, et si vous êtes touriste dites que vous allez visiter et demeurer à l'hôtel. Il ne se passera rien du tout. Dans tous les autres cas, mettez-vous en conformité avec la loi.
  • Céline

    Perso, je trouve qu'il faut être particulièrement stupide pour se rendre dans n'importe quel pays hors de l'ue et ne pas se préoccuper des formalités.
    Ce n'est pas seulement aux usa.
    En tout cas moi j'ai souvenir de la rapidité avec laquelle on est passé aux différents guichets. En France ce ne se serait pas passer comme ça. Là où on a mis 1h on aurait mis 3...
    Quand tout est préparé, tout se passe bien.
  • Lucie

    Il est vrai que le coup du papier perdu est un peu abusé ! Raté son avion est rageant ! Ceci dit, il est vrai que aller a un festival et ne pas savoir si on est payé ou pas, et en plus n'avoir pris aucune info officielle sur le festival est un peu gros... Je comprend pourquoi le douanier était suspicieux
  • Jean-Christophe Delap.

    Merci pour ce témoignage, je pense que je vais y réfléchir à deux fois avant d'aller voir les amis que j'ai la-bas
  • Henri Minto

    Il y a 15 ans j'ai fait un voyage magnifique de 15 jours dans 6 états. J'ai gardé un bon souvenir des états unis pour le coté spectaculaire (grand canyon parcs nationaux) mais au vu des difficultés à y venir, à la froideur des villes sans âme et des américains souvent imbus, je préfaire consacrer ma retraitre à d'autres pays plus chaleureux. La France est le plus beau pays du monde et nous sommes particulièrement gâtés en qualité d'Européen par des pays magnifiques comme l'Italie, l'Autriche la Novège etc.. Votre histoire ne fait que conforter mon opinion
  • Jacques

    Les amerloques, ces cow-boys sans culture ont peur d, avoir peur. En général, ce sont des gens mal éduqués, qui se prennent pour tout et surtout la fin du monde. Si vous croyez que les douaniers sont stupides, il faut avoir affaire à un de leur grotesque policiers
  • Elizabeth Mari

    Toronto aux usa ?
  • Charles Andier

    Merci pour ce récit très bien écrit ! Incroyable histoire quand même, mais on dit que la douane australienne est pire
 

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