Quelle est l'histoire ou la situation qui vous a fait le plus rire durant vos vacances à l'étranger ? Racontez nous vos fous rire. Participez
Manoeuvres au port Dominique Agosta, La Crau Dans quel pays et à quelle époque se passe votre histoire ? Port de Bonifacio - Corse
Racontez-nous cette histoire drôle. Manoeuvrer un bateau dans un port est un moment fort où la tension des équipages non avertis est toujours extrême. L'enjeu est d'importance : ne rien casser, ne pas être ridicule, ne pas céder à la pression des regards attentifs des futurs voisins de ponton, ni à leurs éventuelles remarques toujours incisives et professionnelles. Pour réussir la manœuvre, il faut An - ti - ci - per ! Avant même d'entrer dans le port, un briefing s'impose à tous les membres de l'équipage : le déroulement des opérations est passé en boucle, les rôles sont répartis, un pour tous, tous pour un... jusqu'au cri fédérateur un tantinet animal fermant la séance d'auto-motivation. Puis, chacun, à son poste dans une concentration quasi religieuse, calme sa respiration qui se fait alors profonde et ample, un œil sur l'horizon, l'autre vers les spectateurs avertis. Le bateau s'approche lentement vers l'emplacement qui lui est réservé. Les futurs voisins, droits comme des I sur leur propre bateau dans une posture des plus stable, sont aux aguets, prêt à protéger leur bien le plus cher du moment, une gaffe serrée dans leurs mains. Leurs regards s'apparentent alors à celui des rugbymen de Nouvelle-Zélande pendant leur HAKA. Le bateau vire, ronfle, tangue, écume. Des cris contenus résonnent comme des ordres explicites de la part de certains membres de l'équipage, pendant que d'autres courent d'un pas léger de la poupe à la proue pour s'assurer du bon déroulement des opérations et que chacun est à son poste. Les coques se rapprochent, se frôlent, se frottent doucement et se repoussent poliment. Le bateau manœuvrant joue des hanches en reculant lentement pour faire sa place toujours trop étroite vers les bites d'amarrage. Puis, une voix partant du quai se fait entendre : "Lancez un bout !". Un silence - qui pour certains paraît une éternité - s'ensuit. Des regards furtifs mais soutenus s'échangent entre les membres de l'équipage. "Un quoi ?" "Une corde, non de Dieu !". Et là, c'est la panique. Les bouts d'amarrage ont été oubliés. Les visages se ferment, les teints halés masquent l'émotivité, l'hyperactivité cache les tremblements. Des cordages volent de toute part en provenance de divers points du bateau destination l'équipier arrière dont les membres inférieurs se retrouvent rapidement enchevêtrés. Dans un mouvement rapide presque automatique, il en attrape un au hasard et le lance vers l'homme de quai, en même temps qu'il s'aperçoit l'avoir expédié dans sa totalité sans en n'avoir gardé un des bouts. La tension est alors à son comble. Les remarques commencent à fuser : "C'est tout ce que vous avez comme cordage ?", "Un appontage, ça se prépare...", "Attention vous allez bugner le quai !", "Tirez !", "Poussez !", "Plus vite devant !", "Moins vite derrière !", sans compter les mouettes rieuses toujours nombreuses dans les ports... Je me suis entendu dire alors à mon futur voisin de quai, sur un ton posé, les pieds dans mon tas de cordage, le corps droit et digne, les yeux dans les yeux : "Vous partez quand, vous ?". Je n'ai pas eu de réponse, notre échange ayant pris fin lorsque le bateau a enfin rejoint la terre ferme dans un choc assez léger me faisant perdre tout aussi légèrement l'équilibre.
Comment avez-vous réagi ? Ce sont des moments éprouvant mais dont chaque seconde restera imprimée pour longtemps dans ma mémoire, déclenchant alors un léger sourire presque nostalgique...