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Stupéfiante création urbaine, le Machu Picchu sculpte la
roche de ses murailles, ses terrasses, ses gigantesques rampes
et ses multiples temples dédiés au dieu Soleil. De son nom
quechua "vieille montagne", ce site précolombien caché à 130
km de Cusco, l'ancienne capitale des Incas au Pérou, est encore
une énigme.
Surplombant de 800 mètres la rivière de Vilcanota, l'Urubamba,
il est de style classique Inca, avec plus de 200 constructions
en murs de pierres parfaitement ajustées, et a pu accueillir
environ 1 200 personnes. Etabli dans un site particulièrement
difficile d'accès, entouré de falaises profondes, dissimulé
à la vue des étrangers depuis la vallée, accessible seulement
par un étroit chemin, sa position stratégique a longtemps
celé son existence, lui conférant une part de mystère qui
n'est toujours pas élucidée.
La
cité secrète des Incas
Les historiens et archéologues s'accordent sur le fait que
le site fut construit par l'Inca Pachacutec, le plus grand
dirigeant du Tahuantinsuyo, qui gouverna de 1438 à 1471. L'Empire
Inca était alors le plus grand et le plus étendu sur le continent
américain, avec un territoire d'une surface gigantesque :
3 000 000 km². La ville de Cusco était
le centre impérial des Incas. Dans cette société très hiérarchisée,
toutes les terres appartenaient au soleil, à l'Inca et à l'Etat.
L'unité était préservée grâce à une langue commune,
le Quechua, des principes moraux forts et une grande culture.
Il semble que la ville de Machu Picchu n'était pas une cité
traditionnelle, mais plutôt une forteresse utilisée comme
palais secondaire ou comme refuge de l'aristocratie Inca.
C'est la raison pour laquelle sa situation stratégique fut
choisie avec un si grand discernement. Son importance religieuse
est aussi soulignée par le caractère éminemment sacré de la
montagne sur laquelle elle se trouve. Le Machu Picchu était
en effet un lieu privilégié pour l'observation du mouvement
des étoiles et du soleil.
Habitée jusqu'à l'invasion ibérique de 1532, le Machu
Picchu ne fut jamais décelée par les Espagnols.
La ville fut redécouverte par Hiram Bingham, un historien
de Yale, en 1911. L'action de cet archéologue est cependant
largement critiquée, avec d'importants soupçons de
pillage du site.
Une
ville organisée
Le prodige du Machu Picchu est d'arriver à établir un équilibre
architectonique dans un endroit si abrupt et si difficile
d'accès. La construction de la ville a nécessité
une incroyable planification, tenant compte du relief particulièrement
escarpé des montagnes. Le résultat offre une architecture
en cascades, aux multiples paliers, escaliers et sources d'eau.
Composée de deux secteurs, l'un agricole et l'autre urbain,
la ville se parcourt autour d'une centaine de terrasses andines,
disposant pour certaines de plus de 100 marches. De nombreux
étangs et sources, appelés "Pacchas", sont taillés
dans la pierre et interconnectés par des canaux et tuyaux
d'écoulement percés dans la roche.
La zone agraire comprend les terre-pleins de culture, dans
la partie orientale de la ville, dont les deux fonctions étaient
l'exploitation agricole et la retenue des érosions produites
par la pluie.
Le secteur urbain est clairement séparé par un grand mur.
Il comporte en son centre une grande place publique, ainsi
que des places mineures. Il est composé d'enceintes de formes
et de tailles distinctes, organisées en forme de quartier,
aux fonctions spécifiques bien définies. Par exemple,
un secteur était réservé au dépôt des récoltes, à la fabrication
de la chicha (bière de mais) ou aux logements.
Une
ville dédiée au Soleil
La multitude de temples atteste du caractère religieux du
Machu Picchu. La vallée de l'Urumbamba était considérée comme
sacrée, et le Machu Picchu semble apparaître comme un
lieu de pèlerinage. Tout semble édifié par rapport au dieu
principal des Incas, le Soleil. Les fenêtres des maisons,
par exemple, sont orientées par rapport à la course de l'astre
flamboyant. Les principaux édifices religieux témoignent
de l'importance de la relation des Incas avec le ciel et les
astres.
Le temple du soleil : construction semi-circulaire,
c'est un complexe très protégé et seulement utilisé par les
prêtres. Il constituait l'observatoire solaire le plus important
de Machu Picchu, où l'on pouvait mesurer le solstice
d'hiver avec précision.
Le palais de la Nusta, qui était probablement la demeure
du Willaq Huma (Haut prêtre), était étroitement
lié au temple.
L'Intiwatana : son nom signifie "lieu où l'on s'amarre
au soleil". Il est situé sur la colline sacrée, formée de
diverses terrasses andines, et possède deux fonctions : la
mesure du temps et la prière. Une pierre autel est
la pièce la plus importante du système complexe de mesures
astronomiques déterminant les dates de début et de fin des
campagnes agricoles. C'est un monolithe sculpté et poli sur
plusieurs plans orienté vers de nord-ouest/sud-est, dont les
sommets sont dirigés vers les quatre points cardinaux. Pendant
l'Inti Raymi, le 24 juin, un triangle et deux cercles concentriques
apparaissent sur l'Intihuantana. Il semble que les incas disposaient
de connaissances profondes en astronomie et en physique. Certains
astronomes affirment que cet endroit permettait l'observation
des Pléiades et des constellations telles que la croix du
Sud, Spica, Alfa Centauro, Vega, Deneb et Altar.
La place sacrée ou place principale, au pied de l'Intiwatana,
accueillait les cérémonies populaires.
Le temple principal, long de plus de 11 mètres,
se situe au nord de la place carrée, ainsi que le temple
des trois fenêtres, dont les pierres taillées représentent
les 3 niveaux du monde andin : l'Hanan-pacha, le ciel, le
Kay-Pacha, la terre, et le Ukju-Pacha, le sous-sol, ou la
vie intérieure.
16 sources liturgiques ont été recensées sur le site.
Ces jets d'eau appelés "paqchas" constituent
un ensemble de puits et d'étangs complexe, approvisionné
par une source située à plus d'un kilomètre. L'eau était d'ailleurs
considérée comme une déité spéciale, et on lui rendait un
culte.
Ville ordinaire, repli stratégique ou sanctuaire religieux,
le Machu Picchu conserve son secret. Dans les hauteurs de
la Cordillère, il semble poursuivre en solitaire son
dialogue intime avec les astres.
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