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"Les fils du ciel"
Au hasard des rues
de Malacca (Malaisie), Pierre et Valérie multiplient les
rencontres surprenantes. Raymond, un drôle de commerçant,
quatre vieilles dames qui les invitent à une partie de mah-jong
ou des chanteurs de karaoké qui s'éclatent dans un
temple.
"Mon nom est Sing Heong Thong, mais appelez moi Raymond,
c'est comme ça que mes amis m'appellent". Située
près du plus ancien temple chinois de la ville, la boutique
de Raymond ressemble à une caverne d'Ali Baba. Des statues
de toutes les couleurs sont installées au fond de la boutique.
Un grand personnage, à la longue barbe noire et au regard
sévère, nous menace avec son épée. Cachée
derrière, une déesse de la miséricorde nous
sourit amicalement. Tandis qu'au dessus de la mêlée,
un énorme bouddha au sourire satisfait, exhibe son imposante
bedaine.
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En fouillant, nous découvrons des bougies de couleur rouge,
"la couleur qui porte chance" précise Raymond,
des centaines de paquets d'encens, et tout un tas d'objets en papier
: des liasses de faux billets, des canettes de Guinness, des voitures
miniatures, des téléphones portables, des paquets
de cigarettes. "Ces objets servent d'offrandes. On les brûle
au temple pour les offrir à un ancêtre" nous
explique Raymond en voyant nos airs amusés. Nous restons
quelques heures avec lui, il nous apprend à faire des additions
avec un boulier, nous explique le fonctionnement du calendrier chinois,
nous parle de l'histoire des chinois de Malaisie. Et quand nous
évoquons notre voyage, Raymond nous écoute avec intérêt,
lui qui ne prend qu'un seul jour de vacances par an, à l'occasion
du nouvel an chinois...
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Un peu plus loin dans la rue, une porte en bois ornée de
deux dragons marque l'entrée du temple de Cheng Hoon Teng.
A l'intérieur, des moines et des nonnes chantent au rythme
du gong. Des fidèles allument des encens et prient les mains
jointes en balançant légèrement leur corps.
Près de l'entrée, des jeunes brûlent des objets
en papier, tandis qu'une famille offre des morceaux de porcs, des
nouilles et des ufs au dieu tigre, le dieu qui chasse la malchance.
Dans un coin, une femme remue un paquet de baguettes de bois. Au
moment où une des baguettes sort du lot, elle sort de sa
poche deux morceaux de bois rouge, qu'elle jette aussitôt
par terre. Apparemment les deux morceaux de bois lui ont donné
un signe favorable, car elle se rend immédiatement à
un comptoir, où une dame lui tend un petit bout de papier
en échange de sa baguette. Curieux, nous nous approchons
et apprenons qu'elle vient de poser une question aux dieux et que
leur réponse est inscrite sur ce petit bout de papier.
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En sortant du temple, en passant devant une maison, nous apercevons
quatre vieilles dames installées autour d'une table. Elles
nous invitent à entrer. De gros dominos blancs ornés
de sigles chinois sont posés au centre de la table. Une partie
de mah-jong est en cours. Les joueuses sont concentrées,
les gestes sont rapides. A chaque début de partie, nous assistons
à un véritable ballet de mains et de dominos, et des
murailles de dominos se font et se défont sous nos yeux.
De temps en temps, la partie s'interrompt quand une des joueuses
place quatre "dragons" devant elle. Les autres sortent
de l'argent et paient leur dû.
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A la fin de la journée, nous nous retrouvons attablés
dans une petite ruelle pour déguster un canard laqué.
Le repas terminé, le serveur nous invite à nous rendre
au premier étage du restaurant. Là-haut, nous découvrons
une piste de danse, parquet en bois, lumière tamisée,
petite boule lumineuse accrochée au plafond. Quelques couples
de vieux chinois dansent sur de la musique disco et du cha-cha-cha.
Les danseurs et les danseuses ont le pas assuré de ceux qui
ont répété de nombreuses fois. Nous restons
un moment, le temps d'effectuer quelques pas de danse. Et en repartant,
nous avons le droit à de grands sourires et à d'amicaux
gestes d'au revoir.
Sur le chemin du retour, un temple attire notre attention. A l'entrée,
des spectateurs sont confortablement installés dans des chaises.
Placée devant eux, une télé diffuse un clip.
Derrière la télé, une chanteuse, micro à
la main, scrute un petit écran posé devant elle. A
côté d'elle, d'autres attendent leur tour, vidéo-disc
à la main. Ce soir, le temple s'est transformé en
salle de karaoké. Nous prenons place parmi le public. On
se couchera plus tard.
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