"Sur les routes
du Sud"
Dès le poste-frontière, Pierre et Valérie
ont un aperçu de la gentillesse thaïe auprès
des douaniers éméchés. Tandis qu'ils remontent
vers le Nord, et que les temples bouddhiques succèdent aux
minarets, ils découvrent le culte qu'on voue ici à
Bouddha, la langue subtile des Thaïlandais, et ces deux mots
magiques : "maï pet".
Au petit poste-frontière de Wang Prajan, l'officier thaïlandais
qui nous reçoit empeste le mauvais whisky. Derrière
lui, quatre de ses collègues attablés, discutent un
verre à la main. "Celui-ci est malais, c'est un collègue
qui travaille de l'autre côté. C'est un ami, il est
venu nous rendre visite" nous dit l'officier.
Avec ses gestes un peu gauches et ses yeux rougis par l'alcool,
ce dernier, en dépit de sourires répétés,
ne nous inspire guère confiance. Mais en fin de compte, il
parle distinctement, son ton est amical et il a tôt fait de
nous indiquer les démarches à suivre. Nous en profitons
même pour apprendre nos premiers mots de thaïlandais.
Une langue délicate à appréhender où
l'intonation de la voix donne autant de sens que les syllabes prononcées.
En nous éloignant du poste-frontière, les premières
écritures thaïs font leur apparition. Une écriture
proche de celle que nous avions vu en Inde du Sud. Des lettres aux
formes arrondies et subtiles, et qui souvent s'affublent de petits
ronds ou d'accents non moins délicats. Et bien que les lettres
soient clairement détachées les unes des autres, nous
devons sans cesse nous arrêter aux pieds des panneaux de direction
pour prendre le temps de comparer, lettre après lettre, les
noms inscrits sur notre carte avec ceux que nous avons sous les
yeux.
Les premiers paysages qui s'offrent à nous sont magnifiques.
Des montagnes de calcaire au profil découpé surgissent
au milieu d'une végétation abondante. Aux bords des
routes, on aperçoit des rizières. Au loin, on distingue
des femmes aux chapeaux pointus. Le dos courbé, les pieds
dans l'eau, elles repiquent de jeunes pousses de riz. Les mêmes
gestes se répètent depuis des millénaires.
La culture du riz débuta dans la région il y a 6000
ans.
Les écritures en arabe, les minarets coiffés d'un
croissant de lune, les femmes portant de petits bonnets en laine
cachant leur chevelure, les hommes en sarong.... Les premiers villages
que nous traversons évoquent la Malaisie. La majorité
des habitants de la région sont musulmans, 5% de la population
thaïlandaise au total. La répartition des rôles
entre chinois et musulmans est la même que celle qui prévaut
chez les voisins : aux premiers les commerces et la vie urbaine,
aux seconds, la pêche, l'agriculture et les campagnes.
Mais en remontant vers le nord, l'impression de découvrir
un nouveau pays s'accentue. Les mosquées laissent place aux
temples bouddhiques. Au petit matin, on aperçoit des moines
en robe safran et au crâne rasé, déambulant
dans les rues, une écuelle à la main. Ils ne mangent
que ce que les habitants leur offrent, et pour un bouddhiste, donner
de la nourriture à un moine est un bon moyen pour acquérir
des mérites. Alors, c'est les bras chargés de nourriture
que les moines rentrent au temple.
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A l'intérieur des temples, les statues du Bouddha se comptent
par centaines. La plupart sont recouvertes de feuilles d'or posées
par les fidèles. Parfois, les feuilles sont tellement nombreuses
qu'on peine à distinguer les détails des statues.
Cette profusion d'images du sage indien est saisissante. Il y en
a partout. Et les thaïlandais semblent leur accorder beaucoup
de pouvoirs. Certains se font d'ailleurs confectionner de petits
pendentifs, dans lesquels ils enferment des représentations
du sage. Et dire que ce dernier ne voulait pas qu'on lui rende de
culte...
Dans les marchés de fruits et légumes, nous goûtons
la cuisine thaïlandaise. Nous apprenons à saluer en
joignant nos deux mains, et surtout, nous apprenons les mots magiques
"maï pet" (sans piment) qui nous permettent d'apprécier
toute la finesse de la citronnelle, du lait de coco, ou de la sauce
de poisson, sans avoir le palais en feu. Souvent, les marchandes
nous invitent à goûter leurs produits : de la salade
de papaye verte, des raviolis de légumes à la vapeur
ou des saucisses de porc. Parfois, on nous invite même à
partager un repas. Les contacts sont faciles, les regards bienveillants,
les rires souvent au rendez-vous. Nous découvrons la gentillesse
des thaïlandais. Et chaque sourire donné est aussitôt
rendu.
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