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"Le pays aux 32 000 monastères"
Au petit matin, les moines bouddhistes sortent dans la ville
pour entamer leur mission : l'aumône. Pierre et Valérie
les ont suivi pendant une journée.
La nuit dernière, nous avons garé notre voiture aux
abords d'un temple bouddhiste. En Thaïlande, chaque ville,
chaque village, en compte au moins un. L'endroit était calme,
à l'écart de la route. Quand nous sommes arrivés,
il faisait déjà nuit noire, mais dans la pénombre,
on distinguait encore les toits pentus des temples.
Au petit matin, les cloches du temple nous ont réveillées.
Et puis un par un, nous avons vu les moines sortir dans la rue.
Ils partaient pour leur tournée quotidienne d'aumône.
On aurait dit des ouvriers, partant pour l'usine. Intrigués,
nous les avons suivis.
Après avoir franchi un petit pont, nous sommes arrivés
dans un marché. Apparemment, chaque moine avait une tactique
déjà bien établie. Tandis que la plupart déambulaient
entre les étals, d'autres attendaient patiemment en discutant.
A l'écart, un vieux moine était assis sur un banc,
les offrandes déjà collectées, posées
à ses pieds. Et sur le canal qui longeait le marché,
un moine passait de maison en maison, confortablement installé
dans sa barque.
En même temps qu'ils achetaient des provisions, la plupart
des gens faisaient un don aux moines en s'agenouillant et en joignant
leurs mains. En échange de quoi, le moine récitait
une petite prière à leur attention. Sur le perron
de sa maison, une vieille dame avait installé une petite
table avec des encens et des icônes religieuses, et au centre,
de petits sacs de légumes. Les moines, apparemment habitués
à la générosité de cette dame, faisaient
tous un détour pour récupérer un des petits
sacs.
Dans le bouddhisme Theravada, ou bouddhisme du "petit véhicule",
seuls les moines ont la capacité d'atteindre le nibanna (ou
nirvana en sanscrit), cet état qui ne connaît plus
la souffrance et qui marque le terme du cycle des renaissances.
En nourrissant les moines,
en faisant des donations aux temples et en accomplissant leurs devoirs
religieux, la plupart des thaïlandais espèrent améliorer
leur sort et acquérir du Mérite pour leurs vies futures.
Du coup, l'acquisition de Mérite (tham bun) est une activité
sociale et religieuse centrale en Thaïlande.
Un jour, alors que nous visitions un temple, nous avons croisé
une dame qui nous a invité à nous rendre dans le réfectoire
des moines. Cette dame et toute sa famille, frères, cousins,
oncles, nièces,... étaient venus au temple préparer
le repas des moines. Ce jour-là, le patriarche de la famille
fêtait ces 70 ans.
Sur le parquet en bois laqué qui faisait office de réfectoire,
des dizaines et des dizaines de moines étaient assis en tailleur.
A l'autre bout de la salle, toute la famille s'agitait : surveiller
la soupe, laver les herbes, le soja, préparer les bols, faire
le service, aller chercher les glaces pour le dessert,... A la fin
du repas, toute la famille a été reçue par
le supérieur du monastère, qui leur a offert une petite
médaille, de celles que les thaïlandais aiment porter
à leur cou, assurés qu'elles leur apportent protection
et chance.
Après ce copieux repas, on s'est installé devant
l'entrée principale du temple. On a passé un bon moment
au bord de la route à observer les voitures passer. A chaque
passage, les conducteurs lâchaient leur volant pour joindre
leur main en signe de prière. Après quoi, ils donnaient
tous un petit coup de klaxon, comme pour s'assurer que leur geste
n'était pas passé inaperçu.
Au coin de la rue, alors qu'on se désaltérait dans
une échoppe, une dame est venue acheter deux sodas. Mais
plutôt que de les boire, elle est rentrée chez elle,
et les a placé au pied de sa maison aux esprits. En Thaïlande,
chaque maison, chaque bâtiment se doit d'avoir une maison
des esprits. C'est l'endroit où résident les esprits
du lieu. Et pour être certain que les esprits ne vagabondent
pas n'importe où et n'importe quand, les gens leur font des
offrandes : des fruits, des encens, des fleurs... Ces petites constructions,
de la taille d'une cage à oiseaux, sont des répliques
en miniature des temples bouddhistes. Mais quoi de plus normal dans
un pays qui comptent plus de 32 000 monastères.
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