Marine Le Pen : patronne d'un RN historique à l'Assemblée, quelle position face à Macron ?

LE PEN. Marine Le Pen a été élue présidente des députés RN à l'Assemblée nationale. Pour mener son groupe d'élus, elle n'entend pas s'opposer systématiquement aux lois proposées par le gouvernement d'Emmanuel Macron.

[Mise à jour le 23 juin à 23h16] Seule candidate en lice, Marine Le Pen a été élue par les députés du Rassemblement national pour diriger leur groupe à l'Assemblée nationale, ce jeudi. C'est donc sans surprise que la cheffe de file du parti d'extrême droite a vu ses homologues l'acclamer pour valider sa présence à la tête d'une historique équipe de 89 députés au total. Le groupe en a profité pour faire son entrée au Palais Bourbon. Pour la fille de Jean-Marie Le Pen, ex-président du seul groupe FN de l'histoire à l'Assemblée en 1986, cette arrivée en masse dans l'hémicycle est une nouvelle étape de franchie dans l'ambition de la formation d'extrême droite de conquérir le pouvoir. Après être devenue présidente du FN en 2011, avoir entrepris sa stratégie de dédiabolisation, avoir atteint le 2e tour de la présidentielle en 2017 puis en 2022, la quinquagénaire est à présent largement entourée d'élus de son bord politique à l'Assemblée nationale, elle qui est installée sur les bancs de l'Assemblée depuis 2017.

Quelle est la position de Marine Le Pen face à la politique d'Emmanuel Macron ?

A la tête du premier parti d'opposition à La République en Marche et ses alliés, Marine Le Pen et les élus RN sont forcément courtisés par la majorité présidentielle qui cherche des réserves de voix pour faire passer ses textes à l'Assemblée nationale. Fin de non-recevoir opposée par la dauphine d'Emmanuel Macron quant à l'idée d'un gouvernement d'union nationale. "Je pense que la situation ne le justifie pas", a-t-elle expliqué, à l'issue de son entretien avec le chef de l'Etat, mardi. Cependant, la députée du Pas-de-Calais a "rappelé au chef de l'État que le groupe de 89 députés que j'ai l'honneur de présider est un groupe dans l'opposition mais qui ne souhaite pas être dans l'obstruction systématique."

Marine Le Pen va quitter la présidence du Rassemblement national

Alors que s'ouvre un quinquennat qui s'annonce particulièrement agité, Marine Le Pen va abandonner l'une de ses casquettes : celle de présidente du Rassemblement national. Depuis septembre 2021, la fonction est occupée par intérim par Jordan Bardella. Mais le jeune député européen est fortement pressenti pour prendre officiellement la suite, même si Louis Alliot serait également sur les rangs. Après 11 ans dans ce rôle, Marine Le Pen va passer le relai. "Je ne reprendrai pas la tête du RN. Je me concentrerai sur la présidence de ce très grand groupe", a-t-elle elle-même affirmé. Un congrès se tiendra à l'automne pour désigner l'identité de son successeur. Mais la fille du fondateur du parti devrait garder une influence certaine au sein de sa famille politique.

Président du Rassemblement national jusqu'en septembre, Jordan Bardella a exprimé son souhait de rester à ce poste. Sur France Inter, a évoqué la possibilité d'organiser un vote en interne pour statuer sur le poste. "Je proposerai aux adhérents de poursuivre le chemin qui a été tracé depuis maintenant un an et qui, je crois, d'après les résultats a plutôt bien fonctionné", a-t-il affirmé. Si une éventuelle candidature de Louis Aliot à la présidence du RN venait à être officialisée, l'ancien député a assuré que la présence de plusieurs candidats serait "sain pour la démocratie au sein du mouvement" tout en évoquant "le respect et l'amitié mutuels" entre le maire de Perpignan et lui-même.

Quelles fonctions Marine Le Pen vise-t-elle à l'Assemblée nationale ?

Si Marine Le Pen martèle que le RN représente le premier groupe d'opposition avec ces 89 députés, l'ancienne candidate à la présidentielle convoite plusieurs postes essentiels à l'Assemblée nationale. Première fonction clé au fonctionnement de l'hémicycle : la présidence de la commission des Finances. Alors que la concurrence s'annonce féroce avec La France insoumise (LFI), l'obtention de ce poste est hautement symbolique. "Ce serait une nouvelle preuve de notre capacité à gouverner", a indiqué un député frontiste à Capital. Le règlement de l'Assemblée stipule que le président de la commission des Finances peut notamment lever le secret fiscal pour obtenir des informations confidentielles. En revanche, aucune règle écrite n'octroie automatiquement ce poste à un groupe issu de l'opposition. C'est l'usage qui veut que l'élu soit un opposant. La candidature de Jean-Philippe Tanguy, directeur adjoint de la campagne présidentielle de Marine Le Pen, a été officiellement retenue. D'autant plus qu'à 36 ans, il vient d'être élu député dans la Somme et possède un profil susceptible de "normaliser" le parti. 

L'ambition du Rassemblement national ne s'arrête pas là. Le parti d'extrême droite envisage de postuler pour l'un des six postes de vice-président de l'Assemblée nationale. Ce dernier est chargé de diriger certaines séances en cas d'absence du titulaire du perchoir. Là aussi, le symbole serait fort pour montrer que le parti, présidé par Jordan Bardella, est en capacité de gouverner. Sébastien Chenu, député du Nord, a été désigné pour candidater au poste. Proche conseiller de Marine Le Pen, il a été réélu lors des dernières élections législatives. Son expérience a donc fait la différence. 

Dernier poste lorgné par la cheffe de file du RN : la commission des Lois. Et la députée de Gironde, Edwige Diaz, s'y verrait bien. "Mais si Marine Le Pen a besoin de moi pour un rôle différent, j'irai ! De toute façon, elle sait parfaitement qui désigner et à quel poste", a-t-elle affirmé auprès de l'hebdomadaire.