Bernard Tapie : condamné à cinq ans de prison avec sursis, quel est son état de santé ?

Bernard Tapie : condamné à cinq ans de prison avec sursis, quel est son état de santé ? Dans l'affaire des écoutes, l'homme d'affaires Bernard Tapie a été condamné à cinq ans de prison avec sursis alors que ce dernier est de nouveau hospitalisé.

[Mis à jour le 2 juin 2021 à 14h50] Absent de son procès en appel dans l'affaire qui l'oppose au Crédit Lyonnais en raison d'une nouvelle hospitalisation, Bernard Tapie a été condamné ce 2 juin par le parquet général à 5 ans de prison avec sursis et 300000 euros d'amende pour complicité d'escroquerie et détournement de fonds publics. Le ministère public a par ailleurs demandé 3 ans dont 2 avec sursis et 100000 euros d'amende pour Stéphane Richard, patron d'Orange et à l'époque directeur de cabinet de la ministre de l'Economie Christine Lagarde, poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics. Mardi, l'Etat et l'entité chargée de gérer le passif du Crédit Lyonnais avaient demandé près de 600 millions d'euros en réparation.

Ce procès a donc vu son dénouement sans Bernard Tapie. Malade depuis plusieurs mois, ce dernier a été hospitalisé dans un état "très préoccupant", selon les informations communiquées par son fils. L'annonce de son hospitalisation a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, de la part de ses détracteurs comme de ses amis. "Dans cette épreuve supplémentaire que traverse mon ami Bernard Tapie, je lui apporte mon soutien fidèle, mon amitié totale et ma solidarité", a par exemple écrit Renaud Muselier, président de la Région Sud sur Twitter, ce jeudi 27 mai. Samia Ghali, la maire adjointe de Marseille, touchée par la dégradation de l'état de santé de son "fidèle ami", a écrit de son côté : "Depuis Marseille, nous t'envoyons l'amour et la force que tu as toujours su nous donner dans les bons comme dans les mauvais moments."

Pour autant, malgré les nouvelles inquiétantes confiées jeudi matin par Laurent Tapie, le fils de Bernard Tapie, l'un des proches de l'homme d'affaires a assuré à l'AFP que son hospitalisation n'était "en aucun cas (…) une entrée en soins palliatifs et [que] son pronostic vital à court terme n'est pas engagé". "Suite aux informations dans les médias sur son état de santé, sa famille tient à préciser que Bernard Tapie est actuellement en train de préparer une série d'interventions médicales (chimiothérapie, immunothérapie, cryogénie, radiothérapie, chirurgie) qui vont avoir lieu dans les prochains jours," a précisé ce membre de la famille de Bernard Tapie.

Bernard Tapie de nouveau hospitalisé

Son fils Laurent Tapie indiquait en effet plus tôt que son père avait subi "une nouvelle opération chirurgicale" et se trouvait dans un état "très préoccupant", estimant même, sur BFMTV, que "les chances statistiques à ce stade-là sont épouvantables". Il est aussi revenu sur la longue maladie de son père et sa combativité face à celle-ci, déclarant que Bernard Tapie "a toujours déjoué les statistiques", mais qu'"il n'est pas un surhomme". Détaillant lui aussi les difficultés traversées actuellement par l'ex-homme d'affaires, il a déclaré : "De nouvelles tumeurs sont apparues. Aujourd'hui, il en a une au cerveau soignée par radiothérapie, deux dans les reins, dans l'abdomen, il en a un peu partout de petites taille. Il a de la chimiothérapie, de l'immunothérapie." "Sur le fait de se battre, oui, il est hors normes, mais (...) il est extrêmement fatigué," a ajouté Laurent Tapie.

Le procès de Bernard Tapie se poursuit sans lui

Cette nouvelle hospitalisation intervient alors que le procès en appel de Bernard Tapie pour l'affaire de l'arbitrage en 2008 a repris le 10 mai. Il s'est rendu lui-même à l'audience à plusieurs reprises avant que son état de santé ne nécessite son hospitalisation, car cette affaire représente pour lui "le combat d'une vie", selon les mots de son avocat Me Hervé Temime. Bien décidé à être présent à son procès, Bernard Tapie aurait même refusé de "prendre de traitements extrêmement intrusifs pour avoir toute sa tête, être réactif lors des débats, il s'était préparé," selon son fils Laurent Tapie. Ses avocats avaient d'ailleurs demandé un renvoi de l'audience afin que leur client puisse être présent mais la justice a refusé, estimant que cela contreviendrait au délai raisonnable pour une décision de justice, indiquant qu'un renvoi ne serait possible, au plus tôt, qu'en avril 2022.

Pour Laurent Tapie, ce refus d'un renvoi n'est pas acceptable, quelles que soient les deux raisons avancées par les juges : "[L'argument] du temps, de dire que le prochain calendrier disponible c'est avril 2022, ce n'est pas un argument recevable. Si la justice est lente, c'est le problème de la justice, ce n'est pas aux gens malades de subir les conséquences des lenteurs de la justice. Le deuxième argument c'est de dire que sa présence n'est pas indispensable puisque j'ai pu prendre connaissance de tous ses arguments de défense, développés lors de la première instance. C'est invraisemblable, si on fait un deuxième procès, c'est pour qu'il y ait un deuxième procès, avec les protagonistes, les échanges, les débats contradictoires à nouveau. Si c'est pour dire qu'on reprend les déclarations du premier c'est pas la peine de faire quoi que ce soit. C'est inquiétant et alarmant car ça veut dire qu'elle a déjà pris sa décision, dans un sens ou un autre."

En conséquence, ni Bernard Tapie ni ses avocats ne sont présents au procès actuellement. Bernard Tapie refuse effectivement que ses avocats le représentent en son absence, désirant s'exprimer lui-même. "Si vous pensez que je suis absent de ce procès le coeur léger, vous vous trompez. Je suis totalement frustré," a déclaré son avocat Me Temime sur le plateau de C à vous, sur France 5. La justice poursuit donc son cours, ce que déplore aussi l'avocat du co-prévenu : "Les droits de la défense de Me Lantourne seraient gravement atteints si l'audience devait se poursuivre hors la présence de M. Tapie".

Sur France 5, l'avocat de Bernard Tapie, Me Temime a déclarait au sujet du procès : "Il restait 8 jours, 10 jours d'audience. On aurait dû permettre à cet homme d'aller jusqu'au bout du combat de sa vie. [Ce procès] devait être renvoyé. Il devait l'être en droit et aussi en respectant les principes d'humanité qu'une bonne justice se doit d'adopter". En outre, Me Temime a demandé une expertise au sujet de la santé de son client, indiquant qu'il suit de nouveaux traitements qui "sont susceptibles de lui permettre de participer à un nouveau procès à une date relativement proche." Cette expertise médicale a été refusée par la cour d'appel de Paris, ce qui s'explique, selon Laurent Petit, car "la décision était prise d'aller au bout du procès sans donner de report," quoi que fasse la défense. Concernant le renvoi de l'audience, les avocats de Bernard Tapie ont déposé un pourvoi en cassation.

Le cancer de Bernard Tapie très médiatisé

La maladie de l'homme d'affaires a été révélé il y a plusieurs années. Sa famille et lui-même ont plusieurs fois donné des informations sur son état de santé et les traitements qui lui ont été administrés. Depuis des mois, les chaînes de télévision relaient des indiscrétions sur l'évolution de son cancer. Le 26 mai, dans son émission sur Cnews, le journaliste Pascal Praud, proche de Bernard Tapie, s'est montré alarmiste. Selon lui, l'ancien ministre "souffre de nouvelles tumeurs aux reins et au cerveau". "Les professeurs de médecine lui disent qu'il faut soigner ça tout de suite. Il a assisté à la première semaine du procès. Et pour la deuxième semaine, il veut sauver sa peau. Donc il veut subir ces traitements et demande un report de son audience. Que fait cette justice ? Elle dit non. Elle refuse le report", a-t-il lancé, sans donner de précisions sur ce qui a motivé la décision de la Cour.

L'ancien président de l'OM fait de ce procès une affaire personnelle et souhaite se défendre lui même pour "le combat d'une vie", selon les mots de son avocat, Me Hervé Temime. Malgré les arguments de sa défense, le parquet général, qui a pointé une "situation très difficile", a ordonné la poursuite des débats, indiquant qu'aucun renvoi ne serait alors possible avant avril 2022. La présidente a souligné que Bernard Tapie avait été entendu pendant l'instruction et lors du procès.

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Bernard Tapie lutte contre un cancer depuis quelques années

Selon les informations que l'homme d'affaires a lui-même rendues publiques ces dernières années et ces derniers mois, sa maladie touchant son estomac et son oesophage se serait métastasée en touchant aussi ses poumons et ses cordes vocales ces derniers mois. Les thérapies qui lui ont été octroyées ont endommagé ces dernières, ce qui l'a rendu "presque aphone" avaut-il indiqué lui-même au média belge Soir Mag il y a quelques mois. Son traitement n'empêcherait pas au cancer de resurgir : la maladie "peut connaitre des rémissions partielles, même une rémission totale momentanée, mais il repartira à un moment ou un autre", avait déjà affirmé l'ancien ministre à l'automne. Pour son avocat, manifestement inquiet, le traitement que suit actuellement Bernard Tapie "est le dernier combat de sa vie", avait-il précisé à BFMTV le 6 octobre.

L'homme d'affaires suivait à l'automne dernier un traitement expérimental, en Belgique. Auprès de Soir Mag, il avait indiqué que cette nouvelle thérapie lui permettait alors de lutter de manière efficace contre sa maladie, mais au prix d'une affaiblissement considérable. "Le traitement a des résultats très significatifs quant à leur efficacité sur la tumeur, mais la difficulté, c'est d'arriver à en supporter les conséquences. [...] Je me sens donc actuellement beaucoup plus mal", avait-il fait savoir.

De nombreux commentaires de Bernard Tapie sur son cancer

Début septembre, invité au concours d'éloquence des avocats du barreau de Paris, Bernard Tapie avait ému et impressionné son auditoire par un pamphlet consacré à la nécessité de rester le plus actif possible face à la maladie. La voix raillée, il lançait : "Contrairement à ce que l'on dit, le moral, etc... Vos cellules cancéreuses s'en foutent. Elles ont un ennemi, c'est votre énergie ! Car c'est l'énergie qui donne la puissance à votre système immunitaire. Et comment on trouve l'énergie ? En se bougeant ! En se remuant ! Et si vous êtes au lit du matin au soir, en vous disant : 'Je ne peux pas me lever', vous êtes mort !"

L'an dernier, il avait interpellé par sa voix sur le plateau de CNews. Alors qu'il était invité pour commenter les résultats des élections européennes, il était apparu fatigué, et presque aphone. Il avait alors confié quelques informations peu rassurantes sur l'état de sa maladie : "Ça ne va pas bien", avait-il concédé, en rendant public son second cancer. L'ancien ministre de la Ville a aussi fait savoir qu'il avait dû "recommencer la chimio, la radiothérapie". Au début du mois de juillet 2019, Bernard Tapie n'avait pas pu assister à son verdict dans l'affaire du Crédit lyonnais, apparemment trop affaibli. Après avoir été relaxé dans cette même affaire, il avait fait preuve d'auto-dérision sur sa maladie. "Je n'ai qu'une seule réflexion : mon cancer vient d'en prendre un sale coup dans la gueule ! C'est bien la preuve qu'il faut toujours, toujours, se battre jusqu'au bout", avait-il déclaré à La Provence. "C'est ma plus belle chimio !", aurait-il aussi lancé à ses proches, selon BFMTV, à cette époque. Quelques jours plus tard, le Parquet de Paris annonçait avoir fait appel de la relaxe générale concernant le procès.

Quand Bernard Tapie ironisait sur sa mort annoncée dans Le Monde

Bernard Tapie avait aussi choisi l'humour pour répondre à la publication d'un article du Monde, signalant son décès jeudi 31 octobre 2019. Une nécrologie intitulée "La mort de Bernard Tapie, l'homme aux mille vies", avait été publiée sur Internet par erreur. L'article, écrit par les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme avait été dépublié moins de 20 minutes après sa mise en ligne.

La rédaction des nécrologies de personnages publiques est une pratique courante dans les rédactions des grands médias, mais l'homme d'affaires étant malade, l'erreur du Monde avait d'autant plus été mal accueillie. Le quotidien avait présenté ses excuses.  Bernard Tapie avait quant à lui réagi à cette malheureuse publication. À Franz-Olivier Giesbert, ancien directeur du Point qui a pu le contacter, il avait répondu avec humour : "Je viens d'avoir Bernard Tapie au téléphone. Il m'a dit en plaisantant : 'L'annonce de ma mort par Le Monde est, comme disait Mark Twain, 'très exagérée''".

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