Macron à Amiens : Ruffin, Whirlpool... Retour sur une visite mouvementée

Macron à Amiens : Ruffin, Whirlpool... Retour sur une visite mouvementée MACRON - Ils sont 163 à être au chômage suite au fiasco de la reprise de l'usine Whirlpool à Amiens. Soutenus par le député François Ruffin, les ex-salariés de Whirlpool attendaient Emmanuel Macron de pied ferme.

[Mis à jour le 22 novembre 2019 à 15h27] Emmanuel Macron était en déplacement à Amiens, dont il est originaire, ces jeudi et vendredi. Ce vendredi matin, le président de la République rencontrait les ex-salariés de l'usine Whirlpool, lors d'une table ronde, alors que ces derniers l'attendaient de pied ferme afin de lui exprimer leur mécontentement. Des échanges emprunts de tensions ont éclaté avec le chef de l'Etat. Une discussion dont Emmanuel Macron avait pris l'initiative : "C'est moi qui ai demandé à les voir. Parce que je suis venu en campagne à un moment où ils avaient peur pour leur avenir. (...) Et comme eux, j'y croyais. Comme eux, j'ai été déçu," avait-il déclaré auprès du Courrier Picard.

Echange tendu entre Macron et Ruffin

Le député La France insoumise de la Somme François Ruffin était présent lors de la table ronde du chef de l'Etat avec les ex-salariés de Whirlpool. "François Ruffin est à notre côté depuis le début. C'est le seul", a déclaré une ex-salariée de l'usine à son sujet. "Venir il y a deux ans pour dire qu'ils seront repris, c'est nous prendre pour des cons, et revenir deux ans après pour dire qu'il est déçu, c'est nous prendre pour des cons une deuxième fois", a déclaré le parlementaire, ancien journaliste. Selon lui, avec un suivi de terrain, plutôt qu'uniquement en se tenant au courant à distance, l'Etat aurait pu se rendre compte du problème de la reprise par WN beaucoup plus tôt, et réagir en conséquence.

François Ruffin s'est exprimé en ces termes : "La responsabilité de Macron et de l'Elysée est de ne pas avoir suivi le dossier WN. S'ils l'avaient fait, ils auraient pu voir bien plus vite qu'il y avait un problème". Des propos vifs ont fusé entre le député et le président de la République. Emmanuel Macron a déclaré qu'il était "faux de dire que rien n'a été fait" par l'Etat, et a mentionné des "comités de suivi". La réponse de Ruffin ? "Mensonge !" A la fin de cette discussion musclée, François Ruffin assène à Emmanuel Macron : "Monsieur le président, vous grandiriez l'Etat à admettre que vous avez merdé ".

Emmanuel Macron s'était rendu à Amiens entre les deux tours des élections présidentielles, puis une deuxième fois en octobre 2017. A ces occasions, il avait rencontré les salariés de l'usine Whirlpool, et leur avait demandé de "faire confiance" au repreneur, WN. Celui-ci a échoué à assurer la suite et avait dû mettre la clé sous la porte l'été dernier, malgré les aides de l'Etat. Le second repreneur, Ageco, a conservé 44 salariés sur 160. En conséquence de la fermeture de l'usine Whirlpool, 163 personnes sont désormais au chômage.

La France "trop négative" ?

Ce jeudi, alors qu'il rencontrait des étudiants à l'université de Picardie Jules Verne, Emmanuel Macron a eu des propos qui ont fait réagir Jean-Luc Mélenchon, en affirmant que "notre pays est trop négatif sur lui-même, dans les commentaires qu'on a en permanence". Sur BFMTV, Jean-Luc Mélenchon a quant à lui estimé que "le président, une fois de plus, aurait mieux fait de se taire", avant de développer son propos : "Je crois que le peuple français n'est pas aussi négatif qu'il le dit, parce que s'il était négatif, il ne bosserait pas comme il le fait. Et il faut jamais oublier que si toute la maison tourne, c'est parce qu'il y en a qui travaillent dur alors qu'ils sont mal payés et mal traités." Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, semble partager ce point de vue, mentionnant un décalage entre le président de la République et le quotidien de la plupart des Français : "Emmanuel Macron ne vit pas dans le même monde que nous. Mais pour la majorité de ceux qui vivent dans ce pays, les temps sont durs," a-t-il estimé.

Emmanuel Macron a exhorté les jeunes à "être quand même positifs et avancer". Selon lui, quand "on a des difficultés, on les affronte. Est-ce qu'elles sont impossibles à affronter ? Pas du tout ! Est-ce que les choses vont moins bien qu'il y a 20 ans sur tous les sujets ? Faux !". Sur la question de la précarité et des aides de l'Etat, il déclare : " Je sais, les 5 euros d'APL, je le traîne comme un boulet ". Une décision qui avait effectivement suscité une vive polémique au début du quinquennat du président, qui a reconnu que cela "ne faisait pas partie des [s]es engagements de campagne"", avant de rappeler la suppression de 217 euros de cotisation à la sécurité sociale étudiante.

Le dossier de l'usine Whirlpool : résumé

Le 24 janvier 2017, la société Whirlpool annonce sa prochaine délocalisation en Pologne, et de nombreux candidats à la présidentielle se rendent sur les lieux dans les mois qui suivent, notamment Emmanuel Macron. Le 12 septembre 2017 est signé l'accord de reprise par WN, une entreprise dirigée par Nicolas Decayeux. Le 1er juin 2018, la transition a lieu : Whirlpool quitte Amiens et WN prend possession des lieux. Un an plus tard, WN est placé en redressement judiciaire suite à un audit. En juillet 2019, un nouvel audit révèle 179000 euros de dépenses injustifiées. Dans la continuité des événements, le tribunal du commerce valide le 30 juillet 2019 la reprise partielle de l'entreprise par Ageco Agencement, qui aura lieu en août.

Autour du même sujet