Voltaire : un libertin et un féministe ? Qui fut vraiment ce grand philosophe des Lumières ?

Voltaire : un libertin et un féministe ? Qui fut vraiment ce grand philosophe des Lumières ? BIOGRAPHIE VOLTAIRE - Grand polémiste de son temps et humaniste convaincu, Voltaire a consacré sa vie et son œuvre à combattre l'intolérance et le fanatisme. On le dit indigné, esprit éclairé, mais aussi libertin ou encore, selon certains, féministe.

"Je n'ai que deux jours à vivre, mais je les emploierai à rendre les ennemis de la raison ridicules." Jusqu'à ses derniers jours, passés au Château de Ferney, où il rédige ces mots adressés à son ami Charles-Augustin de Ferriol d'Argental, Voltaire n'aura eu de cesse de combattre l'"Infâme" : l'intolérance et le fanatisme religieux, comme décrits par Frédéric II dans une lettre envoyée au philosophe. L'un de ses coups les plus célèbres portés à l'Infâme reste d'ailleurs la publication de son Dictionnaire philosophique, en juillet 1764, qui déclenche un véritable scandale. L'ouvrage vise à prendre le contre-pied de l'Encyclopédie, dans laquelle Voltaire a signé des articles, mais dont il reproche les longueurs et les "compromissions de pensée", comme le souligne Gerhardt Stenger dans la préface du Dictionnaire.

Parmi les entrées retenues par le philosophe, on trouve notamment celle consacrée à la femme, qui a ensuite disparu des rééditions actuelles. "En général elle est bien moins forte que l'homme, moins grande, moins capable de longs travaux; son sang est aqueux, sa chair moins compacte, ses cheveux plus longs, ses membres plus arrondis, les bras moins musculeux, la bouche plus petite, les fesses plus relevées, les hanches plus écartées, le ventre plus large", peut-on d'abord y lire. Plus loin, Voltaire poursuit, en s'appuyant sur ces caractéristiques physiques : "Il n'est pas étonnant qu'en tout pays l'homme se soit rendu maître de la femme, tout étant fondé sur la force. Il a d'ordinaire beaucoup de supériorité par celle du corps et même de l'esprit. On a vu des femmes très savantes comme il en fut de guerrières; mais il n'y en a jamais eu d'inventrices."

La vision de Voltaire sur le sexe féminin ne peut pas, cependant, être résumée à cette définition qui, au XXIe siècle, apparaît comme misogyne. Paradoxalement, le philosophe est aussi l'auteur du pamphlet satirique Femmes, soyez soumises à vos maris, où il fait dire à son personnage féminin, la maréchale de Grancey : "Parce qu'un homme a le menton couvert d'un vilain poil rude, qu'il est obligé de tondre de fort près, et que mon menton est né rasé, il faudra que je lui obéisse très-humblement ? Je sais bien qu'en général les hommes ont les muscles plus forts que les nôtres, et qu'ils peuvent donner un coup de poing mieux appliqué : j'ai peur que ce ne soit là l'origine de leur supériorité.

Au paragraphe suivant, l'héroïne affirme également : "Ils prétendent avoir aussi la tête mieux organisée, et, en conséquence, ils se vantent d'être plus capables de gouverner ; mais je leur montrerai des reines qui valent bien des rois." Ou encore : "Certainement la nature ne l'a pas dit ; elle nous a fait des organes différents de ceux des hommes ; mais en nous rendant nécessaires les uns aux autres, elle n'a pas prétendu que l'union formât un esclavage." Des revendications qui trouveraient parfaitement leur place aujourd'hui. Loin de la fiction, Voltaire a d'ailleurs eu une longue relation avec Emilie du Châtelet, une femme "savante", selon le terme consacré à l'époque, que le philosophe a encouragé à poursuivre ses recherches scientifiques. Difficile, alors, d'imaginer que ce dernier la considérait comme inférieure à lui.

Biographie courte de Voltaire - Philosophe, auteur dramatique, poète, historien et polémiste hors pair, l'homme incarne "l'esprit français" de l'époque. Voltaire, de son vrai nom François-Marie Arouet, voit le jour le 21 novembre 1694, à Paris. Il est le dernier fils d'un notaire parisien. Le jeune garçon va au collège des Jésuites Louis-le-Grand et fait de brillantes études de rhétorique et philosophie. Il se destine à une carrière littéraire, contre la volonté de son père qui pense qu'il ne pourra pas vivre de ses écrits. Il fréquente les salons littéraires et la haute société parisienne. C'est en 1717 qu'il prend le nom de Voltaire, une anagramme de son nom : AROVET LJ (Le Jeune), le U et V, J et I se confondaient à cette époque. Son talent d'écriture lui permit de parcourir presque tous les genres : la comédie, la tragédie, le pamphlet, le journalisme, le conte philosophique (Candide ou Zadig), l'ouvrage historique, le discours, la critique littéraire…

Pourquoi Voltaire a-t-il été emprisonné et exilé ?

Accusé à tort d'avoir rédigé des pamphlets contre le régent Philippe III d'Orléans, Voltaire est emprisonné à la Bastille en 1717. Il y reste onze mois et met à profit ce temps pour écrire sa première pièce, "Œdipe". Cette dernière, jouée quelques mois après sa sortie de prison, rencontre un petit succès. En 1726, Voltaire est à nouveau envoyé à la Bastille suite à une altercation avec le Chevalier de Rohan. Il est libéré contre la promesse de s'exiler en Angleterre. Il quitte la France et s'installe outre-Manche. Là-bas, il découvre les théories d'Isaac Newton et la philosophie de John Locke qui l'influencent fortement. Voltaire est marqué par la grande liberté d'opinion dont jouissent les Anglais. Il forme le vœu de tout faire pour réformer la société française au niveau social et judiciaire. De retour à Paris en 1729, il fait jouer ses deux tragédies Brutus (1730) et Zaïre (1732), qui connaissent un grand succès.

Quelles sont les œuvres de Voltaire ?

À quarante ans, Voltaire connaît un prestige considérable. Fortuné, il gagne de l'argent grâce à l'amitié de banquiers qui lui ont appris à investir et à spéculer. Cette assise financière lui permet de pouvoir quitter la France du jour au lendemain, au cas où ses écrits sont condamnés. Dans ses œuvres, Voltaire utilise l'humour et l'ironie pour dénoncer le pouvoir du roi, de l'Eglise et des juges et pour critiquer les abus sociaux. En 1734, il est contraint de quitter la capitale suite à la publication sans autorisation des "Lettres philosophiques". Cette satire des mœurs et des institutions françaises fait scandale. Il se réfugie en Lorraine chez la marquise du Châtelet. Leur liaison dure quinze années. Tout au long de sa vie, à cause de la censure, Voltaire publie des dizaines d'écrits de façon anonyme.

Le philosophe s'intéresse aussi aux sciences. Il concourt pour un prix de l'Académie des sciences et, en 1738, s'emploie à vulgariser les "Éléments de la philosophie de Newton". Voltaire, qui cherchait ardemment à entrer à l'Académie française, y est élu en 1746. Il quitte la demeure de Mme du Châtelet et retourne à Paris où il mène une vie de courtisan. Les intrigues de la Cour lui inspirent "Memnon, histoire orientale" (1747), une première version de "Zadig". Mais son ironie mordante et son imprudence lui valent d'être disgracié. En 1750, Voltaire se rend à Berlin. Il y reste trois ans au cours desquels le roi Frédéric II lui verse une pension de 20 000 livres. Les soupers entre le roi et le philosophe sont restés célèbres. Une querelle avec Maupertuis (président de l'Académie de Berlin) le pousse à quitter la cour et à s'installer en Suisse avec sa maîtresse Mme Denis. Il est alors âgé de soixante ans. Il emménage en 1755 aux "Délices" à côté de Genève, et y invite ses amis (académiciens, savants, comédiens, ambassadeurs…).

Principales œuvres de Voltaire

Œdipe (1718)
La Henriade (1723)
Zaïre (1732)
Lettres philosophiques (1734)
Eléments de la philosophie de Newton (1738)
Zadig ou la Destinée (1748)
Micromégas (1752)
Candide ou l'Optimisme (1759)
Traité sur la tolérance (1763)
Dictionnaire philosophique (1764)
L'Ingénu (1767)

Pourquoi Voltaire a-t-il écrit Candide ?

Par sa riche correspondance (plus de 6 000 lettres), Voltaire continue d'être en relation avec de nombreuses personnes influentes en France et en Europe. Il a également de nombreux ennemis comme Jean-Jacques Rousseau. En janvier 1759, il achève l'un de ses chefs-d'œuvre, "Candide ou l'Optimiste". Rééditée vingt fois du vivant de Voltaire, Candide est l'un des plus grands succès de la littérature française. Voltaire use de beaucoup d'ironie dans cette œuvre, jusque dans son titre : il s'agit d'une prétendue traduction d'écrits du "Docteur Ralph" qui n'est autre que Voltaire lui-même. L'ouvrage qui est en réalité un conte philosophique raconte l'histoire du jeune Candide, un personnage dont le nom traduit à la fois la naïveté et l'innocence. Un beau jour, ce dernier est chassé de sa demeure, le château de Thunder-ten-tronckh en Westphalie où il menait une vie heureuse et idyllique, pour avoir embrassé Cunégonde, la fille du baron. Bani de ce paradis, la vie de Candide bascule. Contrairement à la philosophie de l'optimisme que lui avait inculqué le personnage de Pangloss, son précepteur, Candide se rend rapidement compte que le monde qui l'entoure n'est pas un monde parfait. Confronté aux réalités du monde les plus cruelles, le personnage s'apprête à traverser d'atroces épreuves.

À travers Candide, Voltaire critique la société de son temps et dénonce les maux qui la ronge, notamment le fanatisme religieux, l’esclavage, la violence, la cruauté des hommes ou encore l'absurdité de la guerre. Le passage des personnages dans la ville utopique d'Eldorado, pays merveilleux où tout n'est que richesse et paix n'a d'ailleurs d'autre but que de faire réfléchir le lecteur sur la société européenne de son époque. Revêtant une véritable portée philosophique, l'oeuvre de Voltaire aboutit sur une leçon morale. S'il est vrai que le monde ne peut être parfait, il faut selon lui "cultiver notre jardin". En d'autres termes pour mener une vie heureuse, il faut entretenir notre bonheur en privilégiant une vie modeste, fondée sur le travail. Jugée scandaleuse dans sa manière peu flatteuse de représenter la société, l'oeuvre de Voltaire fut interdite dans de nombreux pays. Toutefois, et malgré sa condamnation, Candide connaîtra un grand succès auprès du public

Pourquoi Voltaire est un philosophe des Lumières ?

Écrivain engagé Voltaire combat l'obscurantisme. Désireux de prodiguer le savoir à tous et de lutter contre toutes formes de préjugés, il est une figure emblématique des Lumières, un courant philosophique et littéraire du XVIIIème siècle prônant le combat contre l'ignorance par la diffusion du savoir. N'hésitant pas à critiquer les travers de la société de l'époque, Voltaire et les Lumières remettent en cause la monarchie absolue, la religion, ainsi que les inégalités de la société. L'oeuvre principale de l'auteur, Candide, s'inscrit d'ailleurs dans le mouvement littéraire et philosophique des Lumières traitant des sujets tels que le bonheur, le fatalisme, la tolérance, la connaissance et la liberté. L'Affaire Calas qui débute en 1761 constitue également une étape importante dans le combat de Voltaire contre le fanatisme et l'intolérance religieuse. Plaidant pour l'égalité, il écrit en 1763 son Traité sur la tolérance qui permet la révision du procès et la réhabilitation de Calas, exécuté en 1761. Principal philosophe des Lumières, Voltaire exercera une influence considérable sur son temps en vouant ses écrits et ses interventions au service de la liberté de penser, de la tolérance et de la justice.

Pourquoi Voltaire est enterré au Panthéon ?

Les combats de Voltaire contre les restrictions de la liberté individuelle lui confèrent une immense popularité. Lorsqu'il revient à Paris en 1778, le peuple de la capitale lui réserve un accueil chaleureux et le porte en triomphe pour aller assister à la sixième représentation de sa dernière pièce "Irène". En avril de cette même année, il devient franc-maçon. Affaibli par la maladie, Voltaire meurt le 30 mai 1778 à Paris, à l'âge de 83 ans. Le curé de Saint-Sulpice refusant de l'inhumer, il est enterré à l'abbaye de Scellières (près de Troyes), grâce à l'intervention de son neveu. Ses cendres furent transférées au Panthéon le 11 juillet 1791, après une grande cérémonie sans la participation du clergé. Les œuvres de Voltaire dénoncent la guerre, l'intolérance religieuse, l'injustice politique et sociale qui régnaient au XVIIIe siècle. On sent y souffler le vent annonciateur de la Révolution française de 1789.

Voir aussi : le quiz sur Voltaire

Voltaire : dates clés

21 novembre 1694 : Naissance de Voltaire
François-Marie Arouet alias Voltaire est le dernier fils d’un notaire parisien. Après le collège des Jésuites Louis-le-Grand, il fait de brillantes études de rhétorique et de philosophie. Le jeune homme choisit rapidement à une carrière littéraire.
16 mai 1717 : Voltaire embastillé
Francois-Marie Arouet, 23 ans, dont les écrits satiriques s’en prennent à la vie intime de Philippe d'Orléans, est envoyé à la Bastille pour outrage au Régent. Il y restera 11 mois. Il y entreprendra l’écriture de "Œdipe" et prendra le pseudonyme de Voltaire. A sa sortie le succès de sa tragédie marquera le début de sa reconnaissance littéraire.
1726 : Deuxième séjour à la Bastille
Lors d'une dispute avec le chevalier de Rohan-Chabot, Voltaire a ce mot d'esprit : " Mon nom, je le commence, et vous finissez le vôtre ". Pour éviter un duel entre les deux hommes, la puissante famille du chevalier le fait emprisonner sur une lettre de cachet. Voltaire est libéré contre la promesse de s’exiler en Angleterre. Outre-Manche, il découvre la grande liberté d'opinion dont jouissent les Anglais et se fixe comme but de tout faire pour réformer de la société française au niveau social et judiciaire.
1734 : Ses écrits provocateurs le poussent à fuir
Voltaire fait publier les « Lettres philosophiques » en 1734. Cette satire des mœurs et des institutions françaises fait scandale et est condamnée par la censure. Le philosophe s'enfuit de Paris et se réfugie en Lorraine chez la marquise du Châtelet. A cause de cette censure, Voltaire publiera des dizaines d’écrits de façon anonyme.
1747 : La vie de courtisan
Grâce à diverses amitiés, Voltaire est invité à Versailles. Il devient courtisan et découvre les intrigues de la Cour de Louis XV. Ces dernières lui inspirent « Memnon, histoire orientale » (1747), une première version de Zadig. Mais son ironie mordante lui vaudra d’être disgracié. Il lui faut alors trouver un autre protecteur.
1750 : A la cour de Frédéric II
En 1750, Voltaire accepte l'invitation du roi de Prusse Frédéric II. Il reste trois ans à Berlin, durant lesquels le roi lui verse une pension de 20 000 livres. Les soupers entre le roi et l'homme de lettres sont restés célèbres. C'est à cette époque qu'il écrit "le Siècle de Louis XIV" (1752) et le conte philosophique "Micromégas". Une querelle avec Maupertuis le contraint à quitter la cour et à s’installer en Suisse. Il est alors âgé de soixante ans. En 1759, il achève l’un de ses chefs-d’œuvre, « Candide ou l’Optimiste ».
9 mars 1765 : Réhabilitation de Jean Calas
Trois ans exactement après son procès, la famille Calas, soutenue par Voltaire, obtient la réhabilitation de Jean. Soupçonné d’avoir tué son fils, le protestant Jean Calas avait été supplicié et mis à mort sur fond d’intolérance religieuse. Afin de parvenir à la révision du procès, Voltaire avait publié en 1763 l’ouvrage "Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas" tandis que la famille avait obtenu un entretien à Versailles auprès de Louis XV. Le capitoul, c’est-à-dire l’officier municipal de Toulouse, qui avait largement contribué à monter les fausses accusations contre Calas, est destitué.
juillet 1766 : Le Chevalier de la Barre est exécuté
Le chevalier de La Barre a le poing coupé, la langue arrachée avant de se faire décapiter et d’être jeté au bûcher. Il paye ainsi un blasphème qui a consisté en une mutilation de crucifix, acte qu’il n’a d’ailleurs certainement pas commis. En effet, le jeune homme de dix-neuf ans possédait ce jour là un solide alibi. Mais les preuves sont ailleurs : il ne s’est pas dévêtu la tête au passage d’une procession et possède trois ouvrages interdits, dont le "Dictionnaire philosophique" de Voltaire. Ce dernier, comme l’ensemble des Lumières, dénoncera cette accusation, au point qu’il devra fuir pour échapper à une arrestation. Son ouvrage brûlera d’ailleurs avec le chevalier sur le bûcher. Symbole de l’intolérance religieuse et de la défaillance de la justice du XVIIIème siècle, cette affaire est l’un des dernier procès pour blasphème en France. La Révolution approche et elle réhabilitera de La Barre en 1793.
1778 : A la veille de sa mort, Voltaire jouit d'une grande popularité
Par ses combats contre toute restriction de la liberté individuelle, Voltaire a acquis une immense popularité. Lorsqu'il revient à Paris en 1778 et assiste à la représentation de sa dernière tragédie, « Irène », le peuple de la capitale l'acclame. Le grand défenseur de la tolérance et la justice s'éteint le 30 mai 1778 à Paris et est enterré à l'abbaye de Scellières (près de Troyes), grâce à l’intervention de son neveu.
11 juillet 1791 : Voltaire au Panthéon
Treize ans après sa mort (30 mai 1778), la dépouille de Voltaire est transférée au Panthéon. Une foule immense accompagne le cortège composé d'acteurs, d'ouvriers, de membres de l'Assemblée nationale, de magistrats, etc. Le clergé ne participe pas à la cérémonie. Après avoir été exposé à la Bastille, symbole de la révolution survenue deux ans auparavant, le cercueil de Voltaire est conduit au Panthéon. L'épitaphe porte ces mots: "Il combattit les athées et les fanatiques. Il inspira la tolérance, il réclama les droits de l'homme contre la servitude de la féodalité. Poète, historien, philosophe, il agrandit l'esprit humain, et lui apprit à être libre."