Trump : un show et des moqueries à l'Otan, des accusations lourdes aux USA

Trump : un show et des moqueries à l'Otan, des accusations lourdes aux USA TRUMP - Le président des Etats-Unis a interpellé Emmanuel Macron, face caméra, dans un échange musclé au sommet de l'Otan. Moqué pour sa légèreté lors de cette réunion, Donald Trump doit aussi composer avec d'autres attaques, plus sérieuses, dans son pays.

Donald Trump, qui s'apprête à lancer une nouvelle campagne en vue de sa réélection, s'est sans doute fait une raison : il devra, en parallèle des meetings, composer avec la procédure de destitution, qui vient de franchir une nouvelle étape. A l'issue des premières auditions publiques, les démocrates ont produit un rapport d'enquête de 300 pages que la commission du Renseignement de la Chambre des représentants a rendu public ce mardi 3 décembre.

Un rapport fournissant des "preuves accablantes" de la "conduite inappropriée" de Trump, dans l'affaire ukrainienne, selon les termes des élus de l'opposition. Donald Trump est accusé d'avoir "placé ses intérêts personnels et politiques au-dessus des intérêts nationaux, cherché à miner l'intégrité du processus électoral américain et mis en danger la sécurité nationale". Les démocrates rappellent également dans ce rapport que "les pères fondateurs [de la Constitution ndlr] ont prescrit un remède quand un chef de l'exécutif place ses intérêts personnels au-dessus de ceux du pays : la destitution". Comme attendu, les républicains ont dénoncé de leur côté un rapport de "frustrations" et des "divagations de bas étage", sans aucun fondement.

Donald Trump face à un procès

Suite à cette enquête préliminaire, c'est désormais à la commission judiciaire de la Chambre de reprendre le dossier et de fournir à son tour une enquête. Quatre experts en droit constitutionnel, trois démocrates et un républicain, vont être auditionnés dès ce mercredi 4 décembre, afin de débattre des accusations qui pèsent sur le président Donald Trump. Ils discuteront notamment des chefs d'accusations d'"abus de pouvoir", "corruption", "entrave à la bonne marche du Congrès" et "entrave à la justice", puis rédigeront un ensemble d'articles qui sera soumis au vote de la Chambre des représentants. Un vote à majorité simple, qui devrait se conclure à la faveur des démocrates, majoritaires au sein de cette assemblée. Le cas échéant, la procédure de destitution sera alors officiellement lancée et le procès pourra s'ouvrir au Sénat. Pour aboutir, la mesure d'impeachment devra recueillir les deux tiers des voix, soit 67 des 100 voix du Sénat, où les républicains sont majoritaires avec 53 sièges, contre 45 démocrates et 2 indépendants.

Débat tendu à l'Otan avec Emmanuel Macron

Malmené par ses opposants dans son pays, le chef de l'Etat américain est apparu ces dernières heures fragilisé au sommet de l'Otan, ses alliés ayant manifestement du mal à se faire à la légèreté exprimée par la diplomatie américaine sur les dossiers syriens et turcs. Présent au sommet de l'Organisation ce mardi à Londres, il a rencontré plusieurs de ses homologues. Un rassemblement de chefs d'Etat destiné à faire la démonstration de l'unité internationale de l'Otan, mais qui a plutôt illustré les profondes divisions entre les pays. Donald Trump et Emmanuel Macron se sont rencontrés lors de ce sommet politique, et ont pu exprimé un consensus sur certains sujets comme la lutte contre le terrorisme ou les relations à entretenir avec la Russie, rapporte Politico. Toutefois, les deux présidents se sont également opposés sur certains sujets. Lorsque Trump a ironisé sur le rapatriement des soldats de l'Etat Islamique issus de l'Europe, Emmanuel Macron lui a rétorqué qu'il fallait être "sérieux" et que les priorités de l'Otan devaient être reformulées. Le plus urgent, aux yeux du président français, est de combattre les islamistes sur place en Syrie, ce à quoi Trump a répondu, cinglant : "Voilà pourquoi c'est un politicien génial : c'est une des meilleures non-réponses que j'ai jamais entendues !"

Trudeau, Johnson et Macron : des moqueries sur Donald Trump ?

Emmanuel Macron n'est manifestement pas le seul à avoir un regard critique sur les positionnements ou l'attitude de Donald Trump : une vidéo a fait le tour des réseaux, sur laquelle on peut voir Justin Trudeau, Boris Johnson, Emmanuel Macron et Mark Rute discuter à Buckingham Palace, en présence de la princesse Anne. Manifestement amusés, les chefs d'Etat se seraient "moqué" de Donald Trump, estime le Point, ironisant sur le retard d'Emmanuel Macron après la conférence de presse de sa rencontre avec Donald Trump. Une conférence de presse qui a dépassé la durée prévue, le tout pour une discussion "hors sujet" selon le Premier ministre canadien. Ce dernier a déclaré, sourire aux lèvres : "Les membres de son équipe avaient la mâchoire qui se décrochait !" Si le nom de Donald Trump n'est pas mentionné clairement, le contexte laisse peu de doutes quant à l'identité de celui dont discutent les chefs d'Etat.

Tout comprendre à la procédure de destitution

Les démocrates ont lancé très officiellement la procédure en vue de la destitution de Donald Trump mardi 24 septembre 2019. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants - aux mains des démocrates - avait pris la parole très solennellement devant les médias. "Le président doit être tenu pour responsable de ses actes. Personne n'est au-dessus de la loi", avait-elle déclaré, jugeant que Donald Trump avait "trahi son serment de président, compromis la sécurité nationale et l'intégrité des élections". Une enquête est donc ouverte, avec au coeur du processus, les soupçons portés sur Donald Trump, accusé d'avoir fait pression sur le président ukrainien pour qu'il lui transmette des informations compromettantes sur le fils de Joe Biden, son principal concurrent démocrate pour 2020 (voir plus bas). On fait le point en trois questions sur la procédure lancée en vue de la destitution de Donald Trump.

La procédure de destitution a-t-elle une chance d'aboutir ?

En réalité, il très très peu probable que Donald Trump ne termine pas son mandat à la Maison-Blanche. Les mises en accusation ont donc été approuvées par une majorité à la Chambre des représentants. Mais c'est dans cette affaire au Sénat qu'il revient de trancher, en se prononçant sur les accusations qui visent le chef de l'Etat in fine. Donald Trump ne serait destitué que si les deux tiers des sénateurs se prononcent pour son "impeachement". Or, les Républicains sont majoritaires dans cette chambre. Si les 47 sénateurs démocrates se prononcent pour la destitution, il leur faudra convaincre 20 élus conservateurs de faire de même. Sauf nouvelles énormes révélations compromettantes pour Donald Trump, les républicains ne voteront pas pour démettre le président de leur camp de ses fonctions, à quelques mois des présidentielles... 

Pourquoi les démocrates jouent-ils gros ?

La processus enclenché va propulser l'affaire en une des médias américains et générer un feuilleton sur encore plusieurs mois. Et le protagoniste principal en est Donald Trump : la presse va faire le point sur les accusations, mais aussi relayer les points de défense du président. Une manière d'offrir à Donald Trump - et à ses véhémences contre ses adversaires - une longue couverture médiatique, alors que les démocrates seront lancés dans la course à l'investiture de leur candidat pour les présidentielles. La bataille juridique va monopoliser le débat public désormais, et c'est peut-être un mauvais calcul pour les opposants politiques au président.

Quelles sont les accusations qui porte la procédure de destitution ?

L'aile gauche du parti démocrate a finalement convaincu Nancy Pelosi parce que les accusations peuvent se présenter très clairement à l'opinion publique : Donald Trump est tout simplement soupçonné d'avoir recherché l'aide d'un gouvernement étranger pour écarter un rival aux élections présidentielles. "L'idée qu'un président en exercice utilise l'aide militaire des États-Unis pour faire pression et extorquer au président d'un autre pays des informations calomnieuses sur un adversaire politique est insupportable" a appuyé la députée démocrate du Michigan, Elissa Slotkin.

Le fils de Joe Biden, Hunter Biden, a été accusé de corruption lorsqu'il était membre du conseil d'administration d'une société gazière ukrainienne. Son père avait poussé à la démission d'un procureur ukrainien qui enquêtait sur le dossier, lorsqu'il était vice-président des Etats-Unis. Le départ de ce procureur, célèbre pour des faits de corruption et polémiques, est présenté par des défenseurs de Donald Trump comme une manière pour Joe Biden de couvrir son fils.

Biographie courte de Donald Trump 

Donald Trump est un magnat américain de renom. Il naît dans une famille aisée, d'un père d'ascendance allemande et d'une mère originaire d'Ecosse. A l'âge de 13 ans, il est enrôlé dans l'académie militaire de New York afin de canaliser son énergie débordante. Il sort de l'université de Pennsylvanie en 1968 avec un diplôme de sciences économiques et intègre la prospère entreprise de construction de son père.

En 1971, Donald Trump reprend le flambeau et transforme le nom de la compagnie en "Trump Organization". C'est le début d'une ascension hors du commun dans le domaine de la promotion immobilière. Trump possède à son actif la construction de centaines de tours, notamment le Trump World Tower, l'immeuble d'habitation le plus grand au monde. Avec la réussite vient la fortune, et Donald Trump est aujourd'hui l'un des hommes les plus riches des Etats-Unis. Il est également impliqué dans l'univers du show-business et participe depuis 1993 à l'émission de téléréalité "L'apprenti", dans laquelle les participants entrent en compétition pour obtenir un emploi dans la Trump Organization.

Donald Trump épouse Ivana Trump (une ancienne championne de ski originaire de Tchécoslovaquie) en 1977, puis convole en secondes noces avec Marla Maples. Il est aujourd'hui marié à Melania Knauss. De ses trois mariages sont nés cinq enfants. Républicain de conviction, Donald Trump ne cache pas ses ambitions politiques. Il remporte la course à la présidentielle des Etats-Unis en novembre 2016. Donald Trump devient ainsi le 45ème président américain.

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