Bernadette Chirac : avec Jacques Chirac, un couple complexe lié par une histoire d'amour et de rancunes
Longtemps perçue comme la femme de l'ombre de Jacques Chirac, Bernadette Chirac est morte le 5 juin 2026 à l'âge de 93 ans. Avec elle disparaît une figure majeure de la vie politique française, mais aussi le dernier visage d'un couple présidentiel aussi soudé qu'ambivalent, traversé pendant plus de soixante ans par l'amour, la loyauté, les tensions et les blessures.
Dans l'imaginaire collectif, Bernadette Chirac aura souvent été résumée à un rôle : celui d'épouse de président. Pourtant, derrière cette image, s'est construit un lien beaucoup plus complexe avec Jacques Chirac, fait d'attachement profond mais aussi de rancunes assumées, de piques publiques et de désaccords intimes, jusqu'à former l'un des couples les plus commentés de la Ve République.
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Un couple né à Sciences-Po
Tout commence à Sciences-Po dans les années 1950. Bernadette Chodron de Courcel, issue de la grande bourgeoisie catholique, rencontre un étudiant ambitieux, Jacques Chirac. Très vite, une relation se noue, portée par une énergie commune et une volonté de réussir. Ils se marient en 1956. Deux filles naîtront de cette union : Laurence en 1958 et Claude en 1962. À cette époque, Bernadette Chirac entre dans un rôle classique pour sa génération, soutenir la carrière de son mari, suivre ses déplacements, élever les enfants, et accompagner l'ascension politique d'un homme qui deviendra président de la République en 1995. Mais très tôt, leur relation échappe au modèle du couple politique lisse. Entre admiration, dépendance et frustrations, un équilibre instable s'installe.
Au fil des années, la relation entre Bernadette et Jacques Chirac se fragilise sous le poids des infidélités du futur président. Connues, commentées, parfois publiques, elles deviennent un élément structurel du couple. Bernadette Chirac ne s'en est jamais cachée totalement. Avec le temps, elle évoquera un mélange de douleur, de résignation et de lucidité. " Au début, j'ai eu beaucoup de chagrin. Puis après, je m'y suis faite ", dira-t-elle, résumant une forme d'acceptation contrainte.
Lors de sa dernière apparition publique, lors de l'hommage rendu à Simone Veil en mai 2017, on avait déjà découvert une Bernadette Chirac amoindrie, se déplaçant et tenant debout assez difficilement. Le résultat d'une dégradation entamée depuis déjà plusieurs mois. "Depuis la disparition de Laurence (la fille aînée du couple Chirac, décédé en 2016, ndlr.), Madame Chirac n'est plus la femme que les Français ont connue", expliquait au Parisien un intime il y a quelques semaines. Ces dernieres années, alors que la santé de son mari avait encore un peu plus décliné, Bernadette Chirac était décrite comme "muette", "réfugiée dans la paix du silence".
Depuis 2018, Bernadette Chirac ne prenait plus part à l'opération Pièces jaunes, qui l'avait rendue si populaire auprès du grand public. Cette année-là, elle a aussi quitté une autre de ses fonctions au sein du conseil d'administration du groupe LVMH. Signe que le temps n'est plus aux mondanités, seuls Emmanuel Macron et son épouse Brigitte ont été autorisés à se rendre à son domicile pour se recueillir sur la dépouille de Jacques Chirac en 2019. Protégée par sa famille, Bernadette Chirac serait préservée du monde extérieur et toute visite superflue, tout effort inutile, lui seraient désormais épargnés.
Le mystère Bernadette Chirac
Malgré un engagement public de plusieurs décennies, malgré les interviews données ici et là pendant des années, malgré une biographie étoffée à chaque information et à chaque anecdote, Bernadette Chirac est toujours restée un mystère pour les commentateurs de la vie politique en France. L'ancienne Première dame a évidemment compté plus que tout dans l'ascension politique de son époux, et elle demeurait son pilier le plus précieux quand l'ancien chef de l'Etat était au crépuscule de sa vie. Mais Bernadette Chirac n'aura pourtant jamais été la femme dévouée et effacée que certains ont voulu façonner.
Un ouvrage, "Bernadette Chirac, les secrets d'une conquête", publié en février 2019 aux éditions Fayard, a décrit ce rôle qu'elle a joué dans l'ombre du pouvoir pendant des décennies, puis dans le huis-clos d'un appartement parisien ces dernières années. Epouse de Jacques Chirac pendant plus de 60 ans, Bernadette Chirac aura, par sa famille et sa fortune, contribué à l'ascension de son mari, l'aura épaulé à la mairie de Paris comme à l'Elysée, mais n'aura jamais caché son ambition politique, dans le fief chiraquien de Corrèze. Ces dernières années, elle ne faisait plus non plus vraiment mystère des infidélités de son mari avec lequel elle échangeait régulièrement quelques amabilités, en privé comme en public.
Des infidélités dès le début de leur relation
On découvre ainsi dans le livre du biographe Erwan L'Elouet quelques confessions sur des moments marquants de la vie de Bernadette Chirac. A commencer par la manière dont elle parviendra à détourner Jacques Chirac d'une aventure sentimentale dans sa jeunesse, alors qu'ils étaient fiancés. "L'étudiant de Sciences Po, dont elle est tombée amoureuse, est parti pour les États-Unis et veut se fiancer avec une jeune Américaine…", rappelle aussi l'auteur au Figaro. "Bernadette se ligue alors avec sa future belle-mère pour faire revenir le jeune Jacques. C'est encore Marie-Louise Chirac qui, face aux entorses conjugales de son fils, conseille à Bernadette de serrer les dents et lui rappelle, si besoin : "On ne divorce pas chez les Chirac".
Les infidélités, supposées ou avérées, de Jacques Chirac poursuivront le couple durant toute sa carrière. Plusieurs journalistes politiques témoigneront en filigrane des aventures du ministre, maire de Paris puis chef de l'Etat. Jacques Chirac se verra même affublé d'un surnom peu flatteur sur cette capacité à séduire et à "consommer" ses relations en une vitesse record, dit-on. Ce surnom, "5 minutes douche comprise", sera même abondamment utilisé jusque sur les plateaux de télévision pour s'amuser de la vie sentimentale débridée de l'intéressé. Dans son livre "Bernadette Chirac, les secrets d'une conquête", le journaliste Erwan L'Éléouet rappelle une relation avec "une journaliste du Figaro" dans les années 70 qui se serait même "installée dans la durée", avec "des sentiments et des attentions qu'il n'a[vait] plus pour Bernadette", "des poèmes enflammés", une virée "la boutique Pierre Cardin du faubourg Saint-Honoré afin de lui acheter un pull" et même "un appartement pour vivre cette romance à l'abri des regards indiscrets". Cette relation qui a bien failli changer le destin de Jacques Chirac et de son couple fera l'objet d'un livre, "Jacques et Jacqueline" (Robert Laffont) en 2016.
Bernadette Chirac était bien évidemment au courant de ces écarts et les commentera avec fatalité dans sa biographie : "Au début, j'ai eu beaucoup de chagrin. Puis après, je m'y suis faite. Je me suis dit que c'était la règle et qu'il fallait la subir avec autant de dignité que possible". Elle assurera aussi dans le documentaire "Mémoires d'une femme libre", en 2016, qu'elle aurait "aussi pu en faire autant". "Si j'avais rencontré un beau sportif, un beau musicien ou un beau navigateur... Mais je ne l'ai pas fait. Il faut dire la vérité, j'étais quand même très amoureuse de mon mari", avouait alors Bernadette Chirac.
Une longue série de vacheries
Dans le couple Bernadette - Jacques Chirac, il y avait aussi ces vacheries lancées parfois directement face aux médias quand ils n'étaient pas rapportées des coulisses par ces derniers. Des piques et autres commentaires acerbes qui ont même été compilés dans un livre en 2015 : "Bernadette et Jacques", de Candice Nedelec (Stock). Face aux "Vous me prenez pour une conne !", lancés par une Bernadette Chirac blessée par ses infidélités, Jacques Chirac répondait "Si vous n'êtes pas contente, demandez le divorce" et autres "Vous m'emmerdez" ! Mais la femme du président de la République ne s'en laissait pas compter, lâchant à son mari en 1995 un "Vous auriez pu être meilleur" après une allocution ou n'hésitant pas, dans une émission de Thierry Ardisson, à se lâcher à propos de son mariage devant plusieurs millions de téléspectateurs : "J'aurais pu en épouser un autre".
Cette tension latente entre Bernadette et Jacques Chirac apparaîtra au grand jour après leur départ de l'Elysée. La presse s'amusera de ce couple de retraités se prenant régulièrement le bec en coulisses, mais aussi face caméra. Tout le monde se rappellera notamment de cet extrait de l'émission Le Petit Journal de Canal+, en 2009, quand Bernadette Chirac, excédée de voir son mari se mettre en quatre pour céder sa place à la députée Sophie Dessus, interrompra son discours au sein du musée de Sarran, en Corrèze, pour le rappeler à l'ordre devant tout l'auditoire.
Des désaccords politiques et amicaux
Ces tensions entre Bernadette et Jacques Chirac seront exacerbées par des désaccords politiques, mais aussi amicaux. Le plus connu est celui qui concerne Nicolas Sarkozy, l'ancien protégé du couple. En 2005, quand ce dernier devient favori de la présidentielle, une guerre commence avec Jacques Chirac. Elle fera des victimes, comme Dominique de Villepin, dont la rivalité avec Nicolas Sarkozy atteindra son paroxysme lors de l'affaire Clearstream. Si Jacques Chirac se sent trahi par Nicolas Sarkozy dès 1995 et son soutien à Edouard Balladur, Bernadette Chirac, elle, conservera sa profonde affection pour celui qui deviendra bientôt président de la République à son tour. Affichant régulièrement son mépris pour les chiraquiens pur-jus, comme Villepin ou encore Alain Juppé, la femme du président de la République soutiendra Nicolas Sarkozy jusqu'à son élection en 2007. Et en 2012, quand Jacques Chirac donnera des signaux en faveur de François Hollande, Bernadette n'hésitera pas à invoquer "l'humour corrézien", un "moment d'égarement", voire, en filigrane, une certaine forme de sénilité, pour mieux défendre son favori.
Il faut dire que Bernadette Chirac est aussi un "homme politique" comme les autres. Ce qui immanquablement pouvait être source de conflit avec un fauve comme Jacques Chirac. Elle refusait toute forme de soumission, comme elle le résumait en 2001, dans son ouvrage "Conversation", co-écrit avec Patrick de Carolis (Plon) : "Je fais absolument ce que je veux, tout le temps et partout". Conseillère municipale de Sarran de 1971 à 2014, conseillère générale de la Corrèze de 1979 à 2015, première femme à y siéger, Bernadette Chirac va d'ailleurs toute sa carrière multiplier les initiatives, souvent sans consulter l'Elysée. Elle sera dépeinte par l'ancien maire de Brive-la-Gaillarde, Bernard Murat, comme le "meilleur homme politique de la Corrèze".
LVMH, une humiliation pour Jacques Chirac
Bernadette Chirac aura aussi de nombreuses responsabilités dans des oeuvres caritatives, dont la plus célèbre reste l'opération Pièces jaunes. Elle devient présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France et reprend en main ce projet dès 1994, avec le succès qu'on connaît. Et même après le départ de Jacques Chirac de l'Elysée et sa lente éclipse, cette envie d'entreprendre restera très forte. Il faut ainsi se souvenir quand, en 2010, Bernadette Chirac a rejoint le conseil d'administration de LVMH, le groupe de luxe de Bernard Arnault. Un ennemi juré de François Pinault, pourtant intime de Jacques Chirac. Ce camouflet infligé par sa propre femme aurait fait "pleurer" l'ancien président.
C'est encore Candice Nedelec, dans "Bernadette et Jacques", qui livre cette anecdote. L'impétueuse Madame Chirac aurait annoncé sa volonté de rejoindre le conseil d'administration de LVMH lors d'un séjour du couple chez... François Pinault. L'annonce aurait même été faite en plein dîner avec le patron de PPR (Pinault-Printemps-Redoute, devenu Kering), à quelques jours de Pâques. De quoi agacer son hôte comme son mari, qui auraient tenté de l'en dissuader. Et c'est par la presse que François Pinault et Jacques Chirac apprendront quelques semaines plus tard la nomination de Bernadette Chirac au sein du conseil de LVMH. Jacques Chirac aurait alors appelé le milliardaire "en pleurs, désolé, en lui demandant de lui conserver son amitié. Ce qui est terrible", écrit Candice Nedelec dans son livre.
Des attaques violentes contre un mari déclinant
L'animosité de Bernadette Chirac contre son mari s'est encore faite plus visible et plus violente dernières années. Fin 2012, un article de "M", le magazine du Monde, rapportait que l'ancienne Première dame n'hésitait plus à rabrouer en public son époux déclinant. Dans l'article, signé de la grand reporter Béatrice Gurrey, la propriétaire d'un hôtel renommé au Maroc racontait un échange cruel dans le restaurant de l'établissement. Alors que les Badinter étaient présents à des tables voisines, comme les avocats Richard Malka et Gilles August, le patron de France Inter Philippe Val, l'animateur Marc Olivier Fogiel ou encore la journaliste Audrey Pulvar, l'ancienne Première dame n'aurait pas hésité à rabaisser l'ancien chef de l'Etat. "Elisabeth et Robert Badinter ont mieux à faire ce soir que de dîner avec vous... Vous n'êtes que le bruissement des ailes d'un insecte", aurait lâché plusieurs fois Bernadette Chirac au beau milieu du restaurant, profitant malicieusement de la surdité de Jacques Chirac pour se faire entendre.
Dans le huis-clos de la rue de Tournon, c'est parfois Jacques Chirac, agacé de voir Bernadette jouer les mondaines, qui se montrait désagréable avec son épouse, comme l'a rapporté le Point notamment. "C'est lamentable, vous sortez encore demain ! Mais, enfin, c'est effrayant, vous n'êtes jamais là, vous me laissez seul [...]. Savez-vous que votre devoir serait de rester auprès de moi et vous occuper de moi ?" Les médias évoquaient à cette même époque le contrôle permanent que Bernadette Chirac imposait à son époux, dont elle disait au passage devoir subir les "multiples dérapages" ou "les blagues salaces", assurant à qui voulait l'entendre que l'homme n'avait "plus de surmoi" (Le Monde) ou encore qu'il lui donnait des "coups de canne" quand il était en colère (Europe 1). C'est sans doute un proche de Jacques Chirac qui donnait le mieux le sentiment des amis de l'ancien président sur sa compagne, dans le Canard Enchaîné : "Bernie est une méchante. Une vraie méchante".
Dans "Président, la nuit vient de tomber", publié en octobre 2017 au Cherche Midi, le journaliste Arnaud Ardoin donne la parole à Daniel Le Conte, grand ami de Jaques Chirac et l'homme à tout faire de l'ancien président, décédé quelques semaines plus tôt. Ce dernier y décrit l'ambiance dégradée entre Bernadette Chirac et son mari jusque dans l'appartement la rue de Tournon, où ils se sont retirés. "C'est un étrange ballet que de voir se croiser le président et sa femme Bernadette, qui donne des maux de tête à l'homme de maison aux côtés des Chirac depuis sept ans", écrit ainsi Arnaud Ardoin. "Cela fait des mois qu'ils ne prennent plus leur repas ensemble ou alors rarement. Bernadette se couche tard, alors elle prend son petit déjeuner vers midi dans sa chambre, quand le président déjeune, lui, habituellement vers midi et demi. Chacun vit sa vie, depuis longtemps d'ailleurs. La mission délicate de Daniel ou de l'homme de maison est que le couple reste le minimum de temps ensemble, car très vite l'ambiance devient électrique".
"Une relation très forte", malgré tout
De l'amour et des vacheries, un soutien indéfectible et des trahisons. C'est le subtil cocktail qui cimentait le couple Chirac pendant toutes ces années. C'est aussi tout le mystère de cette relation amour-haine si difficile à cerner. Car jamais la séparation n'aura été envisagée dans ce duo qui a traversé les âges et les tempêtes. "Aurait-il envisagé de divorcer ? On l'a beaucoup dit. Moi j'ai du mal à le croire, parce que je pense que c'est un homme qui aimait passionnément les femmes. Mais qu'il avait pourtant noué avec Bernadette une relation très forte", résumé aujourd'hui l'écrivain Jean-Luc Barré, qui a épaulé jacques Chirac dans la rédaction de ses mémoires et qui a publié "Ici, c'est Chirac" (Fayard) au lendemain de sa mort. Une relation "très forte" personnellement, mais aussi politiquement. "Mon mari est toujours revenu au point fixe. De toute façon, je l'ai plusieurs fois mis en garde. 'Le jour où Napoléon a abandonné Joséphine, il a tout perdu'", aurait déclaré un jour Bernadette Chirac, selon l'ouvrage "Sexus Politicus" (Albin Michel) des journalistes Christophe Dubois et Christophe Deloire, sorti en 2006.
En dépit de ces démonstrations verbales cinglantes, Bernadette Chirac n'a jamais elle non plus abandonné son mari. Preuve d'une femme particulièrement investie dans le destin de son époux : on se souvient qu'en 2016, quand Jacques Chirac avait été hospitalisé pour de graves problèmes respiratoires et que les rumeurs sur sa mort s'étaient accumulées, Bernadette Chirac avait fini par être admise à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à son tour. Son gendre, Frédéric Salat-Baroux, avait fait savoir que l'épouse de l'ancien président avait besoin de repos et que son admission avait été décidée en bonne intelligence avec les médecins pour qu'elle puisse "souffler et récupérer un peu". Bernadette Chirac était selon lui "profondément marquée par le décès de sa fille aînée Laurence et épuisée depuis quelques jours à la suite de l'infection pulmonaire de son mari".
"Je ne survivrai pas à la mort de ma fille et à celle de mon mari"
Lors de ses dernières prises de parole, de plus en plus rares, Bernadette Chirac se montrait toujours " inquiète " concernant l'état de santé de son mari, mais tenait aussi très régulièrement des propos élogieux, voire affectueux. À Télé Star, en 2012, elle assurait que, " tous les matins que Dieu fait ", l'ancien président de la République continuait à souligner " la chance formidable " qu'il avait eue de l'épouser. " Cela dure depuis l'Élysée, c'en est absolument comique ", ironisait l'ancienne Première dame, ajoutant immédiatement : " Tant qu'il continue à le faire, je suis heureuse car cela veut dire qu'il a le moral ".
En 2016, dans Nice-Matin, elle louait " un homme extraordinaire qui a eu une réussite exemplaire, qui a fait tellement de choses pour tellement de gens ", avant d'ajouter, mélancolique : " C'est un homme apaisé. Moi aussi… Mais je suis toujours inquiète du jour où il va disparaître ".
Dans un livre publié en 2019, Les secrets d'une conquête, sont également évoqués les derniers mois de la vie de Bernadette Chirac, le plus souvent chez elle à Paris, auprès de son époux, les visites de leur fille Claude venant ponctuer la monotonie du quotidien. Dans l'ouvrage, ses ultimes confidences sur sa relation avec son mari sont particulièrement éloquentes : " Je ne survivrai pas à la mort de ma fille et à celle de mon mari coup sur coup ". En 2001, dans un livre coécrit avec Patrick de Carolis, elle confiait déjà : " La mort est un sujet qu'on évite d'aborder avec mon mari. Une chose est sûre, j'espère que je partirai la première, sinon je ne sais pas comment je survivrai. Je ne pourrai pas résister. J'admire beaucoup les femmes qui sont capables d'assumer, car je suis finalement très dépendante ".
Toute l'ambiguïté de Bernadette Chirac est résumée en quelques mots. Elle aura finalement survécu sept ans à la mort de son époux, avant de s'éteindre à son tour en 2026, après une vie plus discrète, largement recentrée sur ses proches.
Biographie express de Bernadette Chirac
Agée de 93 ans, Bernadette Thérèse Marie Chodron de Courcel est née le 18 mai 1933 et morte le 5 juin 2026. Elle est issue d'une famille bourgeoise catholique. Son père Jean-Louis Chodron de Courcel a été directeur commercial des manufactures "Jean-Félix Bapterosses et Cie". Sa mère, Marguerite de Brondeau d'Urtières, est issue d'une bonne famille et sera décrite comme "dure" par sa propre fille. Bernadette Chirac a une sœur, Catherine, née en 1946 et un frère, Jérôme, né en 1948. L'illustre famille Chodron (qui a donné des industriels, des diplomates et autres militaires) fera profiter de son riche patrimoine à Jacques Chirac.
La jeunesse de Bernadette Chirac est d'emblée marquée par la politique. Après l'obtention de son baccalauréat, elle intègre Sciences Po en 1951, à 18 ans, où elle rencontre Jacques Chirac. Elle l'épouse à 23 ans, en 1956, malgré les réticences de ses parents. Ils auront ensemble trois filles, Laurence née en 1958, Claude Chirac née en 1962, et Anh Dao Traxel, adoptée en 1979.
Bernadette Chirac démarre en politique en 1971 à la demande de son mari, préférant jusqu'alors épauler celui-ci dans le lancement de sa carrière. Elle est ainsi élue conseillère de la commune de Sarran en Corrèze. Elle devient ensuite adjointe au maire en 1977 puis conseillère générale de la Corrèze en 1979, fonction qu'elle occupait encore jusqu'en 2015.
En parallèle, Bernadette Chirac continue de soutenir Jacques Chirac, lorsque son mari accède à la mairie de Paris en 1977, Bernadette Chirac s'investit progressivement dans plusieurs actions caritatives et associatives, notamment au sein de l'association Le Pont Neuf à partir de 1990. Sa notoriété auprès des Français s'accroît véritablement grâce à l'opération Pièces Jaunes, dont elle devient la présidente en 1994 sous l'égide de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. L'année suivante, l'élection de Jacques Chirac à la présidence de la République la propulse au rang de Première dame. D'abord discrète à l'Élysée, elle s'affirme peu à peu comme une conseillère écoutée de son époux. Au fil des années, son franc-parler et son implication dans les affaires publiques renforcent son influence au sein du pouvoir.
Après la retraite politique de son mari en 2007, Bernadette Chirac reste toutefois, un temps, présente en tant qu'élue corrézienne, prenant régulièrement part aux débats de société, notamment en apportant son soutien à Nicolas Sarkozy lors des élections présidentielles. En 2007, elle devient la présidente de la fondation Claude-Pompidou. En 2010, elle entre au conseil d'administration de LVMH, qu'elle quittera en mars 2019.
La santé de Bernadette Chirac était décrite comme déclinante ces dernières année. Hospitalisée à plusieurs reprises depuis la 2016 et la mort de son époux, qui l'avaient considérablement affaiblie, elle a été vue en fauteuil roulant en juin 2018, lors de l'inauguration de l'Avenue Jacques et Bernadette Chirac, à Brive, puis en mars 2019, lors défilé Chanel organisé au Grand Palais. Son biographe Erwan L'Éléouet la décrivait récemment dans Le Figaro comme une femme "fatiguée, fragile". En 2017, Bernadette Chirac a quitté la présidence de la Fondation des hôpitaux de Paris, l'organisme qui organise les Pièces Jaunes. Elle n'est guère apparue en public depuis.