Greta Thunberg : Bernard Pivot crée la polémique... et s'explique

Greta Thunberg : Bernard Pivot crée la polémique... et s'explique Le journaliste et écrivain Bernard Pivot s'est emparé du sujet d'actualité lié à l'intervention de Greta Thunberg à l'ONU avec un tweet polémique. Il s'en est expliqué.

[Mis à jour le 25 septembre 2019 à 11h10] Que ce soit dans les journaux, sur les plateaux de télévision ou sur Twitter, Greta Thunberg déchaîne les passions depuis son intervention forte ce lundi, lors du sommet de l'ONU sur le climat à New York. Invitée à s'exprimer, la jeune activiste s'en est vivement prise aux chefs d'Etats présents ce jour-là et à leur politique environnementale, leur passant un véritable un savon. Les réactions ont été nombreuses, qu'elles soient critiques envers Greta Thunberg ou qu'elles aillent dans le sens de la jeune suédoise de 16 ans. Mais un commentaire apparaît un peu plus en décalage, celui de Bernard Pivot.

Sur Twitter, l'écrivain et journaliste, célèbre pour avoir animé la mythique émission littéraire "Apostrophes" sur Antenne 2, s'est fendu d'un message remarqué ce mercredi matin. "Dans ma génération, les garçons recherchaient les petites Suédoises qui avaient la réputation d'être moins coincées que les petites Françaises. J'imagine notre étonnement, notre trouille, si nous avions approché une Greta Thunberg...", écrit l'homme de 84 ans. Naturellement, un flot de commentaires de désapprobations, venant parfois de personnalités politiques, est apparu, invitant notamment Bernard Pivot à supprimer son tweet.

"Dans ma génération, il n'y avait pas de jeunes filles comme ça"

Rien n'y a fait, le fameux message est toujours en ligne. Et pour cause, non seulement l'homme de lettres a confirmé auprès de Libération avoir bien écrit ce texte, mais il s'en est aussi expliqué et a défendu tout sexisme de sa part. "Ce que je veux dire, c'est que je connais beaucoup de gens qui ne sont pas autistes, et qui n'auraient pas le cran l'audace de monter à la tribune de l'ONU, comme Greta Thunberg l'a fait", a jugé Bernard Pivot dans un premier temps, avant de rentrer dans le vif du sujet : "Dans ma génération, on courait plutôt les petites Anglaises ou les petites Suédoises, à tort ou à raison… J'imaginais l'adolescent que j'étais se retrouver en face de cette jeune fille. J'aurais été déboussolé, j'aurais eu la trouille. Elle aurait été Française, Allemande ou Australienne, ç'aurait été la même chose. Cette jeune de 16 ans est d'une maturité, d'une violence étonnante. Dans ma génération, il n'y avait pas de jeunes filles, ou même de jeunes garçons, comme ça". Une explication qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui a le mérite d'éclaircir quelque peu les mots de Bernard Pivot, qui n'a aucune intention de supprimer son tweet.

Discours à l'ONU de Greta Thunberg

La soixantaine de chefs d'Etats rassemblés ce lundi au sommet de l'ONU pour le climat s'en souviendront. Greta Thunberg, invitée à s'exprimer pour la première fois aux Nations unies, n'a pas fait dans la demi-mesure en s'adressant à eux. C'est un véritable savon que l'activiste suédoise, connu désormais depuis des mois pour son combat actif contre le dérèglement climatique, a passé à Emmanuel Macron et consorts, dans un discours à mi-chemin entre l'émotion et la colère. "Vous nous avez laissés tomber", a-t-elle regretté, le regard noir et sévère. Et de bousculer un peu plus, du haut de ses seize ans, les grands de ce monde : "Nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en sortir comme ça. Le monde se réveille, et le changement arrive, que cela vous plaise ou non".

Greta Thunberg a également pointé du doigt le fait qu'à son âge, c'est à l'école qu'elle devrait être, et non pas à New York en train de défendre la cause écologiste. "Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses", a lancé l'adolescente. "Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s'effondrent, nous sommes au début d'une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c'est d'argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle", s'est-elle justifiée.

Le discours de Greta Thunberg a été diffusé sur YouTube et traduit par le journal Le Monde

Une plainte de Gerta Thunberg contre la France et 4 autres pays

Greta Thunberg a fait coup double en terme de communication puisqu'une plainte a été déposée ce lundi même par une quinzaine de jeunes activistes d'une douzaine de pays, âgés de 8 à 17 ans, devant le Comité des droits de l'enfant des Nations unies. Le motif : l'inaction des pays les plus pollueurs face à la crise climatique, qui a déjà démarré. Cette inaction constitue, selon les plaignants, une violation des droits des enfants qui auront à subir les conséquences du réchauffement dans le futur et pour certains les subissent déjà. Les pays visés sont des pays fortement industrialisés qui ont ratifié la Convention internationale des droits de l'enfant. Ils sont au nombre de cinq : le Brésil, l'Argentine, mais aussi, en Europe, la Turquie, l'Allemagne et la France.

On ne sait pas encore quel sera l'avenir de cette plainte de Greta Thunberg et de ses amis, mais elle semble à première vue étayée juridiquement : l'ONU permet en effet à des enfants de faire directement appel à ses juridictions si un pays membre ayant ratifié le Protocole ne fait pas respecter lesdits droits de l'enfant ou ne prend pas des mesures en cas de violations de ces derniers.

Greta Thunberg, égérie de la lutte pour le climat

Greta Thunberg est une militante écologiste suédoise. Elle a commencé à attirer l'attention des médias en août 2018, lorsqu'elle lance un mouvement de grève scolaire et de grève étudiante pour le climat. Le mouvement est reconduit hebdomadairement et est suivi par de plus en plus de jeunes à travers différents pays. Il a donné lieu à une importante manifestation dans plusieurs grandes villes le 15 mars dernier.

Son mouvement, son âge et ses convictions ont fait de Greta Thunberg une personnalité très médiatisée voire une Devenue une égérie de la lutte contre le changement climatique. Elle a depuis été invitée à de nombreux événements internationaux. En décembre 2018, elle a par exemple pris la parole à la COP24, le sommet des Nations Unies sur les changements climatiques. En janvier 2019, elle s'est rendue au forum économique mondial de Davos et en avril, elle est intervenue au Parlement européen puis au Parlement britannique, avant le Parlement français cet été et l'ONU à la rentrée. Greta Thunberg est notamment encadrée dans ses opérations de communication par son père acteur et sa mère chanteuse d'opéra, deux célébrités classées à gauche en Suède, ainsi que par plusieurs professionnels de la communication. 

Greta Thunberg à l'Assemblée nationale cet été

Greta Thunberg s'est rendue à l'Assemblée nationale, en France, le mardi 23 juillet dernier. Après avoir été reçue par le vice-président de l'Assemblée nationale, elle a participé à un débat dans la salle Victor Hugo. La militante écologiste suédoise a prononcé un discours de trente minutes, lors duquel elle a enjoint les députés présents à "faire quelque chose". "Le pire, c'est de faire semblant d'agir", a-t-elle regretté. Greta Thunberg assiste ensuite à la séance des questions au gouvernement, où il est question du CETA. Cette invitation de Greta Thunberg est l'œuvre d'un collectif de parlementaires nommé "Pour le climat, accélérons", lancé par Matthieu Orphelin, ex-député LREM. Le collectif transpartisan est composé de 162 députés, de Génération.s aux Républicains. "J'ai reçu de nombreuses invitations pour m'exprimer devant des Parlements" et "j'ai dû décliner beaucoup", mais "cette fois, cela semblait être un bon timing pour la France", avait précisé Greta Thunberg avant sa venue.

Greta Thunberg s'est adressée aux députés qui voulaient bien l'entendre, dans la salle Victor-Hugo, située au sous-sol de l'hémicycle. L'activiste écologiste suédoise n'a pas manqué d'interpeller les élus. "J'ai entendu beaucoup d'entre vous nous remercier de vous donner de l'espoir pour le futur. Plutôt que de louer ce que nous faisons, essayez, vous, de faire quelque chose", a-t-elle lancé à l'adresse des députés, assurant que "le pire, c'est de faire semblant d'agir". Plus généralement, l'adolescente a de nouveau alerté sur les risques encourus avec le réchauffement climatique si les dirigeants et les décideurs mondiaux ne changent pas de cap, selon elle. Greta Thunberg a aussi assisté à la séance des questions au gouvernement, lors de laquelle a été discuté et voté le CETA, le traité polémique entre le Canada et l'Union européenne, dont les conséquences sont jugées néfastes pour l'environnement par certains militants écologistes. Ce n'est pas la première fois qu'une personnalité vient à l'Assemblée pour parler d'écologie. En 2016, pour défendre la cause des canards de gavage, les Verts avaient fait appel à... Pamela Anderson.

Greta Thunberg face aux critiques

La venue de Greta Thunberg à l'Assemblée nationale ne s'est pas faite sans critiques. Majoritairement venues de la droite et de l'extrême-droite, dont certains élus avaient décidé de boycotter son intervention, les attaques ont été nombreuses. "Gourou apocalyptique" pour Guillaume Larrivée (LR), "prophétesse en culottes courtes" pour Julien Aubert (LR), "escroquerie intellectuelle" pour Sébastien Chenu (RN)... La jeune suédoise de 16 ans en a pris pour son grade.

Avant même la venue de Greta Thunberg à l'Assemblée nationale et encore bien après, les voix de personnalités politiques françaises, dont plusieurs députés, se sont élevées contre la jeune écologiste. Guillaume Larrivé, candidat à la présidence des Républicains, a estimé que "pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n'avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifique [et] de courage politique". Sur Twitter, le député LR Julien Aubert lui a emboîté le pas en postant un message hostile à Greta Thunberg : "Je respecte la liberté de penser… mais ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culottes courtes". L'élu est même allé jusqu'à qualifier l'adolescente de "Prix Nobel de la peur", l'associant au "greenbusiness".

Sébastien Chenu, député Rassemblement national du Nord, a demandé avec ironie : "Si je dis que je ne veux pas aller me prosterner devant Greta Thunberg, cette enfant de 16 ans invitée à l'Assemblée devant la représentation nationale, je sors (encore ?) du politiquement correct ?". Dans le parti de la majorité, La République en marche, certains ont exprimé leurs doutes. "Pourrait-on mettre autant à l'honneur les scientifiques, les personnes qui agissent depuis des années pour la planète. Utiliser le manichéisme du Bien contre le Mal est bien trop simple pour agir dans un monde complexe" avait écrit Bénédicte Peyrol, député LREM de l'Allier. Même la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa a déclaré avoir "une petite réserve" sur le mode d'action de Greta Thunberg, expliquant sur RMC qu'elle "plaide pour le droit des petites filles d'aller à l'école" et que par conséquent, elle estime "à titre personnel" que ce n'est pas "un bon modèle pour les enfants de dire qu'on peut se déscolariser pour se consacrer à une cause même si elle est importante".

Greta Thunberg est aussi critiquée pour sa prétendue proximité avec un industriel suédois, soupçonné de greenwashing ou pour ses déplacements à travers la planète coûteux en carbone. Des déplacements que son entourage assure compenser.

Article le plus lu - Attaque à la préfecture de police : de nouvelles révélations › Voir les actualités

Autour du même sujet

Greta Thunberg : Bernard Pivot crée la polémique... et s'explique

Sommaire Discours de Greta Thunberg à l'ONU (vidéo) Plainte de Greta Thunberg Qui est Greta Thunberg ? Greta Thunberg à l'Assemblée nationale Greta Thunberg face aux critiques [Mis à jour le 25 septembre 2019 à 11h10]...

Je gère mes abonnements push